Alors que les conflits au Moyen-Orient font grimper les tensions énergétiques, une autre réalité se dessine en Europe : les grandes compagnies pétrolières engrangent des profits records. En France, où TotalEnergies domine le secteur, la question des “profits de guerre” s’impose de plus en plus dans le débat public.
Des profits qui explosent pendant que les factures grimpent
Sur les réseaux sociaux, la députée Aurélie Trouvé dénonce cette situation sans détour : « Total, la multinationale du pétrole et particulièrement ses grands actionnaires, sont des grands profiteurs de la guerre ».
Une accusation qui vise directement les logiques économiques à l’œuvre, où la hausse des prix énergétiques devient une source d’enrichissement.
« C’est en effet un milliard de bénéfices par pure spéculation sur la flambée des prix », déclare la députée, qui porte une proposition de loi visant à nationaliser les activités pétrolières de Total en France.
Selon une étude commandée par Greenpeace Allemagne, les compagnies pétrolières actives dans l’Union européenne génèrent en moyenne 81,4 millions d’euros de surprofits chaque jour depuis le début du conflit en Iran. À l’échelle du mois de mars 2026, cela équivaut à environ 2,5 milliards d’euros supplémentaires par rapport aux mois précédents.
La France est particulièrement concernée, avec 11,6 millions d’euros de profits supplémentaires quotidiens. Cette hausse est notamment liée au diesel, dont la marge a augmenté de 0,149 euro par litre. Le rapport souligne que les prix à la pompe augmentent bien plus vite que le coût du pétrole brut, révélant des marges en forte expansion.
Greenpeace France dénonce un déséquilibre majeur. Sa chargée de campagne, Sarah Roussel, résume : « Alors que des personnes meurent au Moyen-Orient et que des millions en Europe ont du mal à faire face à l’augmentation des prix du carburant, les gouvernements laissent les compagnies pétrolières se remplir les poches ». TotalEnergies ne paie en effet aucun impôt en France.
Taxer les superprofits : une piste déjà testée
Pour Greenpeace, taxer davantage les entreprises polluantes et les ultra-riches est une condition clé pour financer la transition écologique mondiale. L’ONG appelle à mettre en place une taxation renforcée et durable des profits issus des énergies fossiles, afin de réduire les factures énergétiques des ménages les plus vulnérables et d’accélérer le développement d’énergies renouvelables à la fois sûres et accessibles.
Des solutions existent déjà. Entre 2022 et 2023, en Espagne, une taxe sur les superprofits des énergéticiens et des banques a permis de financer l’une des politiques sociales les plus ambitieuses d’Europe. Cette mesure a rapporté environ 5,6 milliards d’euros, permettant de soutenir un large éventail de politiques sociales et d’amortir le choc de l’inflation énergétique.
Ce modèle pourrait être étendu à l’échelle européenne. Après avoir instauré en 2022 une « contribution temporaire de solidarité » pour capter une partie des profits exceptionnels des entreprises énergétiques à la suite de la guerre en Ukraine, l’Union européenne envisage aujourd’hui de réactiver ce type de mécanisme face à la nouvelle flambée des prix liée au conflit au Moyen-Orient.
Au début du mois, l’Espagne, aux côtés de l’Autriche, de l’Allemagne, de l’Italie et du Portugal, a plaidé pour l’instauration d’un dispositif similaire au niveau européen, afin notamment de financer des aides destinées aux consommateurs confrontés à la hausse des prix de l’énergie.
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