Le deuxième tour des municipales viennent de se clôturer. Les observateurs politiques restent circonspects face à des résultats contrastés. Et pour cause, « la vague RN » tant annoncée dans les médias dominants n’a pas eu lieu, bien que le parti fasciste ait réussi à prendre des petites et moyennes municipalités. Malgré un appareil médiatique et financier à son service, le RN ne remporte aucune grande ville. Comme durant les législatives 2024, le rempart citoyen a tenu bon face à l’extrême droite.
Des résultats contrastés
Au soir du résultat définitif des municipales 2026, chaque parti y est allé de son mot pour se féliciter d’une « percée ». Qu’en est-il vraiment ? « La droite » dans son ensemble caracole en tête avec 1245 communes de plus de 3 500 habitants remportées, contre 802 pour « la gauche », selon un recensement de LeMonde. Les cartes de France affichent des résultats disparates, suite aux nombreux partis ayant présenté des listes cette année.
Mais ce qui était particulièrement attendu, c’étaient les résultats du RN. Sur 405 listes présentées, le RN a remporté 63 mairies (15,56%). Totalement absent des municipalités en 2008, le RN continue donc sa progression après avoir obtenu 11 mairies en 2014, et 13 en 2020. Mais c’est une avancée amère, malgré les fanfaronnades de Jordan Bardella, puisque le RN n’a remporté aucune des grandes villes qu’il convoitait.
A Toulon, la députée Laure Lavalette, proche de Marine Le Pen, n’a pas réussi à s’imposer face à la maire sortante de droite, Josée Massi. En cause : les traumatismes laissés par la gestion catastrophique du Front National, de 1995 à 2001. Echec cuisant également à Marseille face au maire sortant Benoît Payan (PS), grâce au désistement de LFI dans l’entre deux-tours.
Même leur lot de consolation est dérisoire : la victoire de leur allié (UDR) Éric Ciotti, à Nice, contre le macroniste Estrosi, ancien LR, ne va pas changer grand chose dans une ville déjà habituée à la répression. Les villes phares sur la scène nationale que sont Paris, Lyon et Marseille ont ainsi été remportées par des alliances de la gauche.
De son côté LFI a convaincu les villes aux populations précaires, comme Roubaix (qui était à droite) et Vénissieux, Saint-Fons et Vaulx-en-Velin dans la Métropole de Lyon, Creil (Oise) ou La Courneuve (Seine-Saint-Denis), qui étaient déjà considérées à gauche. La Réunion, Le Tampon et Saint-Paul sont également devenues « insoumises ». Fait notable, LFI a remporté, lui, une victoire éclatante dans une ville de 149 000 habitants, grâce à l’élection de Bally Bagayoko à Saint-Denis dès le premier tour, face au socialiste sortant Mathieu Hanotin.
De leur côté, les Listes Citoyennes et Participatives (LCP) progressistes et écologiques ont fait des scores plus qu’honorables avec 156 communes remportées au total sur 682 listes présentées (22,87%), contre 66 en 2020, selon les données de Fréquence Commune. Une avancée majeure, bien plus importante que celle du RN, qui prouve que lorsque les citoyens s’emparent de la démocratie participative, ils s’y engagent vraiment et obtiennent des avancées concrètes sur les territoires comme à Rezé, Blois (fusion), Penne, Saint-André-lez-Lille, Plaisance du Touch, Quimper.

Infographie LeMonde. Désaveu pour les écologistes et les macronistes. LR peut revendiquer d’être le parti qui a remporté « le plus grand nombre de voix et d’élus ».
Un rempart citoyen toujours efficace
C’est d’ailleurs la plus grande leçon des municipales 2026. Avec un taux d’absentéisme élevé (42,18% au second tour), les français ne considèrent plus le vote comme un devoir civique, mais plutôt comme une stratégie politique pouvant créer la surprise au dernier moment. De nombreuses villes ont ainsi été interdites d’accès au RN au deuxième tour, quand le premier tour le donnait favori.
Exemple le plus emblématique : Nîmes, l’une des villes ardemment convoitées par le RN. Le candidat RN Julien Sanchez, alors qu’il avait fini en tête au premier tour, a perdu face au nouveau maire communiste Vincent Bouget. Comme d’autres, il a bénéficié d’une mobilisation de dernière minute destinée à bloquer l’extrême droite.
« La mobilisation qu’on a contribué à mettre en place a permis à la gauche de gagner dans plusieurs villes », confirme Floraine du mouvement citoyen Victoire Populaires, pour La Relève et La Peste. « Nîmes bien sûr, mais aussi Blanc-Mesnil qui est un magnifique exemple d’espoir car la droite avait pactisée avec l’extrême droite, et a perdu quand même. »
Des fois, c’est la mobilisation d’un petit groupe de personnes seulement qui a fait la différence. A Rosny-sous-Bois, un groupe intergénérationnel (trentenaires, cinquantenaires et soixantenaires) a tout donné : appels, e-mails et porte-à-porte ! Unis par leur déception commune de la manière dont les partis politiques mobilisent (« beaucoup de blabla et peu d’actions »), ils ont ressenti dans cette campagne « un sentiment d’utilité très fort », couronné par une victoire, à 200 voix près !
« La mobilisation citoyenne permet de faire pencher la balance sans être dans le sérail d’un seul parti, mais plutôt en se rejoignant dans les valeurs, les idées, et les méthodes d’action », explique Floraine. « Nous avions 4 jours pour changer la donne dans une soixantaine de villes indécises au second tour, et une vingtaine ont basculées à gauche. »
Chaque voix compte, comme l’a vécu la ville de Tournefeuille : une seule voix a fait la différence pour le maire sortant socialiste Frédéric Parre, qui s’est imposé d’extrême justesse face à son principal concurrent le centriste Laurent Soulié.
La gauche a-t-elle tellement l’habitude de se battre qu’elle en oublie de célébrer ses victoires ? Alors que se concrétise dans de nombreuses communes un « vote utile » de droite, qui peut aller vers LR comme le RN, les progressistes feraient mieux de s’asseoir autour d’une table pour parler de ce qui les rassemble, plutôt que ce qui les divise.
La demi-teinte de l’extrême droite malgré un soutien médiatique et financier
Surtout, là où le rempart citoyen a prouvé sa force et sa vigueur, c’est par sa combattivité malgré le peu de moyens qu’il possède, à l’inverse de l’extrême droite. En effet, la progression rampante des idées fascistes a d’abord été permise par leur propagation dans des médias aux mains de milliardaires, système Bolloré en tête. En Wallonie, où le cordon sanitaire médiatique est de mise, l’extrême droite ne progresse pas.
Et Bolloré n’est pas le seul milliardaire qui tente d’influencer le paysage politique du pays. Le milliardaire Pierre-Edouard Stérin, exilé fiscal en Belgique, a alloué au moins 150 millions d’euros au projet Périclès. Il visait à faire remporter plus de 1000 villes à l’extrême droite, dont 300 au RN ! Il a été mis en échec par des citoyens déterminés à ne pas laisser un milliardaire dicter la politique de la France, alors que celui-ci prévoit de ne jamais revenir au pays mais plutôt d’aller aux Etats-Unis.
Si le RN a réussi à conquérir de nombreuses villes moyennes dans ses zones de force, la réalité de son influence, et de celle de l’extrême droite, ne sera véritablement dévoilée qu’au mois de septembre, lors des élections sénatoriales. Or, des villes stratégiques ont été protégées avec succès par le rempart citoyen : notamment Marseille, Aubagne et Vitrolles.
Bien que le RN ait remporté 3 121 élus municipaux, le fait qu’il n’ait aucune grande ville ne lui permettra pas d’avoir le poids espéré pour créer facilement un groupe au Sénat (10 sénateurs minimum). Et pourtant, le RN avait même dédié un directeur de campagne au projet ! Ils vont devoir redoubler d’influence et de promesses pour tenter de remporter des séduire les élus municipaux. Les LCP, elles, ont remporté 2 640 élus majoritaires au total, sans l’aide d’aucun milliardaire, ni détourner aucun fond public.
Sans minimiser la progression du néofascisme, l’omniprésence médiatique des idées d’extrême droite et du RN, y compris quand il peine à remplir ses objectifs, n’est pas forcément le reflet de la réalité. Ainsi, lorsque le parti a annoncé prévoir 650 listes aux municipales, cela a fait les gros titres en novembre 2025. Au moment de la clôture des listes, seuls quelques médias, notamment La Relève et La Peste, a pris le temps d’en faire le décompte précis. Il n’était en vérité que de 405.
Ce que les médias des milliardaires tentent d’étouffer avec leur refrain oppressant, c’est l’espoir de millions de citoyens. Comme durant les législatives 2024, leur résilience a une fois de plus prouvé son efficacité. Le rempart citoyen a encore de beaux jours devant lui, et c’est une leçon majeure à un an du scrutin présidentiel. Ce n’est pas parce que les fachos hurlent plus fort qu’ils sont plus nombreux.
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