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En France, ces collectivités protègent l’eau potable des pesticides et des PFAS

Accompagnement des agriculteurs en bio, développement de circuits courts, rachat de terrains autour des captages d’eau potable, lutte contre les PFAS et les mégabassines, ces territoires sont pionniers pour protéger l’eau potable.

Pour les élections municipales, La Relève et La Peste a listé quelques initiatives mises en œuvre à travers la France pour protéger ce bien commun qu’est la ressource en eau. Les communes sont en effet responsables de la gestion de l’eau potable, cette compétence pouvant être assurée par les intercommunalités (métropoles, communautés urbaines, communautés d'agglomération et communautés de communes).

Réduire les pesticides au niveau des zones de captage

Protéger les aires de captages d’eau potable est essentielle pour préserver la qualité de l’eau. De plus en plus de programmes visant à accompagner les agriculteurs vers des pratiques plus vertueuses essaiment à travers le pays, avec des résultats positifs.

La Communauté d’agglomération de Lens-Liévin (CALL) a protégé le champ captant de la commune de Wingles, qui approvisionne 20 % des besoins du territoire en eau, en acquérant 12 hectares de parcelle (sur les 30 du champ captant) en 2018 et en les confiant à deux agriculteurs qui se sont engagés à se convertir au bio. Ils ont obtenu la labellisation AB en 2022.

« Un phénomène de dénitrification naturelle s’opère au niveau de cette aire de captage, ce qui en fait une ressource de bonne qualité », essentielle à protéger, souligne Gaétan Boyer, directeur eau et réseaux de la CALL, pour La Relève et La Peste.

Alors que le territoire fait les frais d’un passé industriel polluant et de pratiques agricoles intensives en intrants, la CALL va plus loin et signe en 2024 un contrat d’action pour la ressource en eau avec l’État, l’Agence de l’Eau Artois-Picardie et la Chambre d’agriculture. Il vise à protéger l’Aire d’Alimentation de Captage (AAC) qui représente 180 km² pour une durée de six ans minimum.

21 exploitants – soit 2 000 hectares – se sont engagés pour limiter les intrants et bénéficient de l’aide d’un ingénieur agronome. Les exploitants sont récompensés financièrement par le biais de paiements pour services environnementaux (PSE) pour les pratiques vertueuses qu’ils mettent en place.

« La finalité n’est pas nécessairement que les agriculteurs passent en bio, qui a un cahier des charges strict, mais plutôt de les accompagner vers des pratiques qui ne perturbent pas la qualité de l’eau, ni aujourd’hui ni demain. Il s’agit davantage de culture à bas niveau d’intrants », précise Gaétan Boyer.

Un bureau d’études externe à la CALL est chargé de réaliser des prélèvements et de dresser un premier bilan de ce dispositif. « Nous travaillons main dans la main avec les agriculteurs. Nous avançons pas à pas en les écoutant et en réfléchissant ensemble à la façon dont ils peuvent vivre de leur exploitation », complète Pierre Sénéchal, vice-président eau et assainissement de la CALL, pour La Relève et La Peste.

L’agglomération de Lens-Liévin rassemble 36 communes et 250 000 habitants. Elle est l’une des 3 agglomérations du Pôle Métropolitain de l’Artois, un ensemble urbain de 640 000 habitants, 8ème métropole de France derrière Paris, Lyon, Lille, Marseille, Bordeaux, Toulouse et Nantes.

Assurer des débouchés aux agriculteurs qui protègent l’eau

La question des débouchés est au cœur de l’initiative Terres de sources mise en œuvre par la collectivité Eau du Bassin Rennais initiée en 2015 et renforcée en 2020 grâce au programme d’investissement France 2030.

« Alors que la Bretagne est confrontée au problème de l’érosion, ainsi qu’à la pollution aux nitrates et aux herbicides, nous avons réfléchi au levier économique comme moyen d’engagement des agriculteurs dans la transition agroécologique », raconte Laurent Géneau, directeur général de la collectivité Eau du Bassin Rennais, pour La Relève et La Pste.

Le but : accompagner financièrement et techniquement les agriculteurs dans l’aménagement de leurs bassins versants, la réduction des engrais et des pesticides de synthèse, tout en leur offrant des perspectives économiques.

« Nous visons deux types de débouchés : la restauration collective, notamment les cantines, et la distribution de produits labellisés Terres de Sources dans les magasins du Bassin Rennais, en essayant d’expliquer aux usagers qu’en achetant ces produits-là, ils accompagnent des agriculteurs qui protègent l’eau », détaille le directeur général.

Il existe deux labels Terre de Source : un pour les fermes bio et un second pour les fermes conventionnelles engagées dans une démarche de progrès. Un marché public de prestation de service « protection des ressources en eau » a été ouvert permettant aux seuls agriculteurs présents sur les aires de captage de répondre, et une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) a été créée pour la revente de produits Terres de Sources.

Actuellement, 133 agriculteurs, dont 70 % en agriculture biologique, sont engagés dans ce programme Terres de Sources, soit 8 000 hectares (sur les 150 000 hectares que compte le territoire).

« Pour les agriculteurs conventionnels, l’indice de fréquence de phytosanitaires (indicateur de suivi de l’utilisation des pesticides à l’échelle d’une exploitation agricole ou d’un groupe d’exploitations, ndlr) a baissé de 30 % en trois ans », souligne Laurent Géneau.

Pour y parvenir, Terres de sources accompagne aussi le développement de nouvelles cultures, comme le sarrasin, le chanvre ou les légumineuses. Ailleurs en France, d’autres initiatives fondées sur les paiements pour services environnementaux sont déployées, comme celles mises en œuvre par Eau de Paris, la communauté urbaine Grand Besançon Métropole (GBM) ou l’Agglomération de La Rochelle.

Le territoire Terres de Sources

Lutter contre les PFAS et la pollution industrielle

Protéger l’eau, c’est aussi lutter contre les PFAS (polluants éternels) et la pollution industrielle. La métropole de Lyon, la régie Eau publique du Grand Lyon et le Syndicat mixte d’eau potable Rhône-Sud ont mis en œuvre en 2024 un plan d’actions d’urgence visant à restaurer la qualité de l’eau distribuée dans quatre communes qui ne recevaient pas une eau conforme en raison de leur teneur élevée en PFAS.

La qualité de l’eau a pu être restaurée à Marcy-l’Étoile notamment grâce à la mise en place d’une interconnexion entre les réseaux d’eau potable de la régie et du syndicat dans le but d’« amener un apport d’eau du réseau principal de la Métropole de Lyon afin de diluer l’eau distribuée par le syndicat Rhône Sud, dont le taux de PFAS est supérieur à la norme », est-il expliqué dans un communiqué.

La Métropole de Lyon, la régie Eau Publique du Grand Lyon et le Syndicat Rhône-Sud entendent également faire établir la responsabilité des industriels à l’origine de la pollution massive aux PFAS dans la région, en assignant en mars 2024 les sociétés Arkema et Daikin devant le tribunal judiciaire de Lyon.

Le 2 août 2024, le juge des référés a ordonné qu’une expertise soit réalisée par d’un collège d’experts indépendants, la procédure pouvant prendre plusieurs années. Début février, c’est une action collective au civil, portée par près de 200 riverains, accompagnés par quatre associations (dont Notre affaire à tous), qui souhaite faire la lumière sur la responsabilité des deux industriels.

Lutter contre l’accaparement de l’eau

Protéger l’eau, c’est aussi lutter contre son accaparement. La commune de Melle s’est fait connaître pour son soutien au mouvement d’opposition aux mégabassines, ces grands réservoirs artificiels d’eau utilisés pour l’irrigation agricole, alimentés par pompage de l’eau dans une nappe ou une rivière, symboles de maladaptation au changement climatique.

Lors de la manifestation du 25 mars 2023 à Sainte-Soline, la commune a apporté son soutien en servant de « base arrière » et en juillet 2024, elle a accueilli le « Village de l’eau », grand rassemblement organisé par divers collectifs, tels que le Collectif Bassines Non Merci, proposant débats et tables rondes autour de la défense de l’eau.

Le maire de Melle, Sylvain Griffault, issu d’une liste citoyenne, qui soutient publiquement le mouvement antibassine, fait régulièrement les frais de ses prises de position. Récemment, la marie a déposé plainte à la suite de menaces de mort par voie d’affichage, en pleine campagne pour les élections municipales, alors que le maire sortant est candidat à sa réélection.

Ces territoires nous démontrent qu’il est possible d’accompagner les agriculteurs pour protéger l’eau potable, en pensant sa gestion comme un bien commun.

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Charlene Catalifaud

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