Ce 12 février, la proposition de loi pour protéger l’eau potable du député Jean-Claude Raux (Loire-Atlantique) est discutée à l’Assemblée nationale. L’occasion de faire le bilan du programme d’aides agricoles mis en place par la Régie publique Eau de Paris en 2020, qui a permis de réduire de 77 % l’utilisation des pesticides au niveau de ses aires d’alimentation de captage de l’eau.
Ce dispositif montre que l’ambition de cette proposition de loi d’interdire d’ici à 2030 l’utilisation de pesticides de synthèse et d’engrais azotés minéraux au sein des zones de captage associées à des points de prélèvement sensibles est possible.
« Avec Eau de Paris, nous avons mis en place un système très vertueux qui fonctionne très bien », s’enthousiasme Dan Lert, président d’Eau de Paris et adjoint à la Maire de Paris en charge de la transition écologique, du plan climat, de l’eau et de l’énergie, auprès de La Relève et La Peste.
L’équivalent de l’utilisation de 55 tonnes de substances actives de pesticides a pu être évité au niveau des zones de captage.
Une mutualisation des pratiques
Au total, 123 agriculteurs – avec une surface de près de 20 000 hectares – se sont engagés avec Eau de Paris. Les surfaces d’agriculture biologique ont été multipliées par quatre, avec un impact direct sur la qualité de l’eau.
« L’ampleur des pics de pollution par les pesticides, leurs métabolites ou encore les nitrates a été divisée par deux au niveau des zones de captage, c’est extrêmement significatif », indique Dan Lert.
Les agriculteurs bénéficient d’un appui financier de 150 à 450 euros par hectare et par an.
« Nous nous engageons dans la durée avec les agriculteurs avec à la fois un accompagnement technique et un accompagnement financier », précise Dan Lert. « Nous les aidons à la conversion mais aussi au maintien de l’agriculture biologique, pour que les résultats tiennent dans la durée. Nous pouvons mettre en place des aides d’urgence en cas de difficulté. »
L’accompagnement technique s’appuie sur des chargés de mission Agriculture et Territoire d’Eau de Paris, qui délivrent des conseils individuels et collectifs et favorisent la mutualisation des expériences et des nouvelles pratiques en organisant des rencontres entre agriculteurs et avec d’autres acteurs locaux.
« Le dispositif s’adapte aux différents types d’exploitation (élevage, culture céréalière…), en prenant en compte les spécificités de chacun », insiste le président d’Eau de Paris.
« Passer de l’agriculture conventionnelle à une agriculture bio ou à bas niveau d’intrants requiert un accompagnement au jour le jour. »
Une alimentation de meilleure qualité
Au-delà de la transition agro-écologique elle-même, « nous accompagnons aussi les exploitants en faisant le lien avec l’alimentation de la ville de Paris et en développant des circuits courts. C’est ainsi que les lentilles du Pays d’Othe se retrouvent dans les cantines scolaires du 11e arrondissement de Paris », illustre Dan Lert.
« L’objectif est aussi d’assurer aux agriculteurs des débouchés durables et rémunérateurs, notamment dans la restauration scolaire. »
Ce programme de paiement pour services environnementaux (PSE), validé par la Commission européenne, a bénéficié d’un budget de 47 millions d’euros, financé à 80 % par l’Agence de l’eau Seine-Normandie.
« Les 20 % restants, ce sont les Parisiens qui les paient à travers leur facture d’eau », détaille Dan Lert. « La politique de protection des ressources en eau menée par Eau de Paris représente sur leur facture seulement 4 centimes d’euro au m3. C’est moins d’1 % du prix de l’eau. »
Selon un rapport de la mission d’information du Sénat sur la gestion durable de l’eau de 2023, le coût du traitement de l’eau est au moins trois fois supérieur à celui des actions de prévention.
« On assiste à une explosion du coût des traitements, qui est supporté uniquement par les usagers », déplore Dan Lert, regrettant que le principe du pollueur-payeur ne soit pas appliqué.
« Il est inacceptable que les collectivités paient pour les pollutions immenses causées par les industriels qui fabriquent des molécules dont ils connaissent la toxicité depuis des années. »*
90 % des exploitants satisfaits des conseils reçus
L’ambition d’Eau de Paris est de protéger à terme 40 000 hectares et de renforcer le soutien financier aux agriculteurs, avec toujours l’appui de l’Agence de l’eau Seine-Normandie.
« Nous estimons que cette deuxième partie du programme nécessitera un budget allant jusqu’à 70 millions d’euros », note Dan Lert.
« Les résultats de notre programme d’aide actuel montrent qu’il est très important d’amplifier ce dispositif. C’est évidemment une politique de très long terme que nous avons mise en place, mais qui produit déjà des effets à court terme. »
Reflet du succès du dispositif, aucun des agriculteurs passés en bio n’a fait marche arrière en opérant une « déconversion ». De plus, « 90 % des exploitations engagées dans le PSE trouvent les conseils qu’on leur donne adaptés aux objectifs à atteindre », rapporte le président d’Eau de Paris.
Des PSE ont été mis en place ailleurs en France, comme dans le Doubs, où la communauté urbaine Grand Besançon Métropole (GBM) a accompagné 27 agriculteurs pour les aider à instaurer des pratiques préservant l’eau.
*Eau de Paris a déposé une plainte contre X auprès du Tribunal judiciaire de Paris en mars 2025 pour établir la responsabilité des producteurs des polluants éternels (PFAS) qui contaminent l’eau. L’instruction est en cours.
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