A Cambo-les-bains, Marienia est un projet de logements porté par Bouygues immobilier. Depuis 12 ans, les basques luttent de toutes les façons possibles pour préserver 3,7 ha de « terres agricoles rarissimes » sur le territoire. Preuve de leur fertilité, ils y ont récemment cultivé pommes de terre, piments, tournesols et courges.
Des terres fertiles en sursis
A l’entrée du village de Cambo-les-bains, un projet de logements porté par Bouygues immobilier menace de bétonner 3,7 ha de terres agricoles exceptionnelles sur le Pays basque. Depuis 12 ans, élus d’oppositions (Nahi Dugun Herria), paysans (Lurzaindia) et habitants ont uni leurs forces pour faire barrage aux bulldozers dans les tribunaux, et sur le terrain.
« Les citoyens et les élus comprennent qu’il faut consommer de moins en moins de foncier, qu’il faut le préserver pour l’alimentation des populations. C’est un outil de travail pour les paysans. Et ce projet de Marienia est un non-sens », explique l’élue d’opposition Argitxu Hiriart-urruty, de la liste Nahi Dugun Herria, pour La Relève et La Peste
A mi-chemin entre le littoral et l’intérieur du pays basque, ces terres agricoles sont rarissimes sur le secteur. Alors que le Pays basque extrêmement vallonné est peu propice aux activités de maraîchage, ces terres ont un potentiel agronomique énorme et moins de 10% de pentes. Une caractéristique rare dans le village, dont les trois quarts des terres agricoles sont en pente.

Les terres agricoles de Marienia – Crédit : Laurie Debove
La détermination des basques a permis qu’il reste intact. Occupation du Conseil municipal, manifestations, journées d’actions sur le terrain et recours juridiques, tous les moyens sont utilisés pour marteler l’importance de préserver ces terres fertiles. Pourtant, le tribunal ne reconnait pas la vocation agricole des terres, suite au changement de PLU.
« Au niveau du PLU, on a été définitivement déboutés, de manière très rageante. Pour la partie adverse, il n’y a pas d’exploitation agricole à Marienia. Or, un paysan y fait pâturer ses brebis, il utilise même leur lait pour faire de l’Ossau Iraty (un fromage traditionnel à l’Appellation d’origine contrôlée (AOC), ndlr), c’est une négation de la réalité », s’agace Martine Bouchet du CADE, qui s’occupe du volet juridique depuis 2019.

Pancarte avec écrit « Ne touchez pas à Marienia ! » en basque – Crédit : Laurie Debove
Le CADE va attaquer le permis de construire devant le Conseil d’État. Un autre collectif, Ostia, a lui mené plusieurs actions symboliques, comme verser de la terre sur une vieille maquette du projet dans une agence Bouygues. Dans une première décision, le tribunal de Bayonne réclame 500€ avec sursis pour chaque inculpé, et 10 700€ de dommages et intérêts. Les 4 personnes visées ont fait appel.
En mai 2025, les différents collectifs ont planté des piments, du maïs, des courgettes, du tournesol et des pommes de terre. Malgré un été très sec, tout a poussé sans aucun apport extérieur : ni fumier, ni engrais, ni irrigation.
« Grâce à la fertilisation des sols avec les troupeaux, ces terres sont d’une fertilité incroyable. Nous avons récolté 4 tonnes de patates ! Les autres cultures ont été saccagées par des soutiens du projet immobilier, mais les plantations ont permis de fédérer autour de la lutte. OSTIA se bat pour défendre les terres agricoles et les terres nourricières de plusieurs villages du pays basque », explique Jeanine Beyrie, de Ostia, pour La Relève et La Peste

Une manifestation à Cambo le 22 octobre 2022
Le problème de l’étalement urbain
La lutte de Cambo-les-Bains est typique des enjeux autour du foncier dans le Pays basque : région touristique, prix élevés, déficit en logements sociaux. Prises en étau entre les meublés touristiques, les résidences secondaires et l’augmentation de la population locale, les terres agricoles sont souvent les premières à être détruites pour créer de nouveaux biens immobiliers.
Ville réputée pour ses thermes, Cambo abrite environ 6 700 habitants, pour 15 000 curistes par an. Le taux de logement social y est d’environ 7%, bien moins que les 25 % prévus par la législation SRU.
« Cette situation est le résultat de la politique de cette mairie, qui est aux manettes depuis 30 ans et qui n’a rien fait ! », accuse Argitxu Hiriart-urruty. « A Cambo, on a beaucoup de centres de soins vides qui peuvent être réhabilités. Les 25% de logements sociaux, s’il y avait eu une volonté politique, ils auraient pu déjà les faire. Sur les six dernières années, il n’y a rien eu. »

Manifestation au conseil municipal – Crédit : Ostia
Parmi les bâtiments en attente de réhabilitation : Beaulieu et ses annexes sur 4 hectares, plus que Marienia, fermé depuis 2013. Au-delà de préserver des terres agricoles, limiter l’étalement urbain est aussi un enjeu écologique. La construction incessante de bâtiments est loin d’être neutre : 68 % de la consommation d’espaces est à destination de l’habitat. En France, les opérations de moins de 8 logements par hectare sont responsables de 51 % de la consommation d’espaces.
C’est pourquoi des nouvelles législations mises en vigueur ces dernières années visent à limiter l’étalement urbain, comme l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) des sols d’ici à 2050.
« Certainement qu’aujourd’hui, ce PLU ne passerait plus du tout », explique Martine. « Récemment, les élus ont voté un Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT), qui stipule qu’il faut savoir revenir en arrière sur des projets déjà pourtant bien engagés. »
Comme celui de Bouygues à Marienia ? Plus que les décisions de justice, les résultats des prochaines élections municipales pourraient peut-être sauver les terres agricoles. « D’autant plus que le promoteur a toujours dit qu’il n’irait pas contre l’avis d’une municipalité », précise Argitxu.
En 2020, la liste Nahi Dugun Herria avait manqué de peu la majorité, en récoltant 47% des voix. Six ans plus tard, les élections municipales de mars seront déterminantes pour le devenir des terres agricoles.
Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.