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Golfe de Gascogne : la pêche de nouveau suspendue pour protéger les dauphins

Depuis la mise en place des fermetures spatiotemporelles, les chiffres sont sans appel. Entre décembre 2024 et mars 2025, la mortalité des dauphins a chuté d’environ 60 %.

À partir du 22 janvier et pour un mois, la fermeture spatio-temporelle de certaines pratiques de pêche sera effective pour la 3ème année consécutive dans le Golfe de Gascogne. Cette mesure a fait baisser la mortalité des dauphins, mais son avenir après 2026 reste incertain.

Chaque hiver, les plages de l’Atlantique se transforment en cimetière marin.  Des dauphins communs et des marsouins y sont retrouvés échoués après s’être pris dans des engins de pêche.

Le phénomène n’a rien d’anecdotique. Selon l’Observatoire Pelagis (CNRS), entre 5 000 et 10 000 dauphins meurent chaque année dans le golfe de Gascogne par capture dite “accessoire”. Depuis que des études existent, le cumul atteint environ 120 000 individus.

Face à l’inaction de l’État, les associations ont imposé, par le droit, une première mesure : la fermeture spatiotemporelle de certaines pêcheries à risque, du 22 janvier au 20 février, reconduite trois hivers de suite (de 2023 à 2026). Une mesure minimale, mais efficace.

L’arrêté qui encadre cette fermeture doit prendre fin cette année, mais pourrait être prolongé à la demande de plusieurs associations. Tandis que cette reconduction est en discussion, France Nature Environnement (FNE) a engagé le 22 janvier un recours en responsabilité contre l’État devant le tribunal administratif de Paris, dénonçant une gestion jugée insuffisante de la protection des cétacés.

L’ONG réclame des mesures structurelles et un plan national d’action. “Tous ces dauphins morts représentent un préjudice écologique”, explique Élodie Martinié-Cousty, membre du directoire du Réseau Océan, Mers et Littoraux de FNE.

Situés en haut de la chaîne alimentaire, les cétacés jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes marins. Leur déclin pourrait entraîner des pertes écologiques considérables. D’autant que le marsouin commun est déjà dans un état de conservation critique.

Une mortalité diminuée de 60 %

Depuis la mise en place des fermetures spatiotemporelles, les chiffres sont sans appel. Entre décembre 2024 et mars 2025, la mortalité des dauphins a chuté d’environ 60 %.

“À l’origine, la proposition la plus ambitieuse, c’était trois mois l’hiver et un mois l’été. Le gouvernement a tranché en ne donnant qu’un seul mois”, rappelle toutefois Romain Ecorchard, coordinateur des actions de protection de l’environnement chez FNE.

Pour les scientifiques du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), la fermeture reste pourtant insuffisante. Les seuils de mortalité compatibles avec la conservation des populations – le Potential Biological Removal (PBR) – ne sont pas atteints.

“Cette troisième année doit nous permettre de valider la réduction des mortalités, mais on n’arrive pas au PBR”, confirme Élodie Martinié-Cousty à La Relève et la Peste.

Des solutions techniques contestées

Caméras embarquées, observateurs à bord… Ces dispositifs, souvent brandis comme alternatives, peinent à convaincre. Les pingers – de petits boîtiers fixés aux filets qui émettent des sons pour éloigner les dauphins – ne seraient pas une garantie suffisante.

Les retours d’expériences montrent que les dauphins continuent à être capturés malgré cette utilisation”, explique Romain Ecorchard à La Relève et la Peste.

Les caméras, elles, “servent à mieux connaître scientifiquement les mortalités”, mais restent largement refusées par les pêcheurs.

Le paradoxe est criant. La majorité du golfe de Gascogne est classée Natura 2000, censé protéger habitats et espèces. Dans les faits, la pêche y reste largement autorisée.

“Au niveau du golfe de Gascogne il y a de grandes zones Natura 2000 au sein desquelles il n’y a aucune régulation sur la zone maritime”, déplore Romain Ecorchard.

Les évaluations d’incidences, obligatoires en droit européen, ont été tardives et, selon FNE, insuffisamment étayées scientifiquement. Cette carence expose la France à des sanctions européennes. La Commission a déjà émis un avis motivé en 2022 pour manquement à la directive “Habitats”.

La fermeture, même partielle, reste vivement contestée par une partie des professionnels de la pêche. FNE rappelle toutefois que des compensations existent, financées notamment par le  Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA).

“Le montant était satisfaisant”, note Romain Ecorchard, qui regrette toutefois l’exclusion des filières en aval, notamment celles de la transformation et de la vente en criée.

Pour Élodie Martinié-Cousty, l’enjeu dépasse l’affrontement immédiat : “L’idée n’est pas d’empêcher les pêcheurs de pêcher mais qu’ils respectent les espèces protégées et qu’ils puissent vivre correctement de leur travail”.

Elle appelle à une gestion adaptative, fondée sur la science, la surveillance des cétacés – désormais possible par drones – et des fermetures ciblées lorsque leur présence est avérée.

À l’approche de 2027, l’incertitude demeure. L’arrêté sera-t-il prolongé, élargi, ou abandonné ?  Les associations attendent les résultats consolidés de la troisième année et réclament un calendrier clair de discussions. Dans le golfe de Gascogne, la question n’est plus de savoir si la fermeture fonctionne, les données le montrent. Elle est de savoir si l’État acceptera d’en tirer toutes les conséquences.

Pour les dauphins, mais aussi pour l’avenir d’une pêche réellement durable.

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Joanna Blain

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