La Patagonie, vaste territoire à cheval entre l’Argentine et le Chili, s’étendant entre Andes, lacs, steppes et glaciers, attire depuis plusieurs décennies non seulement les aventuriers, mais aussi une clientèle fortunée à la recherche de refuges face au dérèglement climatique. Argentins aisés, célébrités et milliardaires étrangers investissent dans ces terres sauvages pour se sécuriser un havre de paix.
Un eldorado immobilier à 300 000 dollars l’hectare
Grande comme deux fois la France avec seulement 3 millions d’habitants, la Patagonie, est territoire de plus en plus prisé qui a vu sa population doubler en trois décennies.
Perçue comme une région sûre et préservée, elle attire ceux qui souhaitent se prémunir des conséquences du réchauffement climatique et sécuriser un endroit sûr pour l’avenir.
En parallèle, le marché immobilier connaît une inflation notable. Certaines parcelles, notamment celles avec une proximité avec les montagnes ou la présence de points d’eau, peuvent désormais atteindre 300 000 dollars l’hectare.
Les propriétaires actuels espèrent souvent les revendre à prix élevé à des acheteurs étrangers, séduits par l’isolement et la beauté des paysages, parfois en quête d’investissement touristique.
Ce fléau reste heureusement modéré, grâce à la loi fixant des limites à la possession de terres par les étrangers. Concrètement, un étranger ne pourra pas avoir plus de mille hectares en Patagonie et, sur l’ensemble du pays, les non résidents ne pourront pas détenir plus de 15 % des terres agricoles. L’objectif du gouvernement est de garder la main sur les ressources et freiner les achats spéculatifs qui se sont multipliés depuis quelques années.
Argentins aisés, célébrités et milliardaires
La clientèle de luxe ne se limite pas aux Argentins fortunés. Des célébrités internationales comme Sylvester Stallone, des familles comme les Benetton qui détiennent 900 000 hectares, ou des entrepreneurs britanniques tel que Joe Lewis, par ailleurs accusé d’avoir usurpé des terres et un lac, ont aussi acquis des terres patagones.
Certains, à l’image de Douglas Tompkins, fondateur de la marque The North face, ont justifié leurs acquisitions en rachetant de vastes espaces avec la promesse d’agrandir des parcs nationaux, mêlant ainsi conservation et investissement personnel. Cette promesse n’a pas été tenue à son décès.
Crise climatique et fantasme d’un refuge
À l’heure où les projections climatologiques évoquent +3 °C, la Patagonie pourrait apparaître comme un havre climatique potentiel avec des températures modérées selon les zones, de l’air pur, des paysages naturels intacts.
Pourtant, cet écrin de nature a ses fragilités. Loin d’être un refuge invulnérable, la région représente un pari risqué pour ceux qui misent sur sa sécurité à long terme. Si la Patagonie pourrait échapper à certaines hausses thermiques, l’extrême variabilité du climat qui la caractérise ne fera qu’augmenter.
De plus, la qualité des sols, souvent rocheux ou peu fertiles, compromet toute viabilité d’autonomie agricole. À long terme, les territoires les plus durables pour l’agriculture et l’installation humaine pourraient bien se situer ailleurs, là où le climat et la terre sont plus stables, comme la Sibérie.
La concentration de terres entre les mains d’une élite illustre les inégalités face au dérèglement climatique, là où les plus vulnérables ne disposent pas de moyens de s’installer dans ces zones préservées, alors que les riches peuvent transformer la nature en privilège personnel.
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