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Ils s’opposent aux bulldozers pour sauver les forêts millénaires du Canada

« Ils ont l'obligation de replanter les forêts ensuite, mais ce sont des forêts en monoculture, qui ne remplaceront jamais les forêts ancestrales ». 

Depuis août 2025, des activistes ont investi la forêt de Walbran. Sur l'île de Vancouver, au Canada, elle abrite de nombreuses espèces endémiques, dont les plus grands épicéas du monde. Certains atteignent plus de 95 mètres de hauteur, près de deux mètres de diamètre et dépassent les 800 ans. Ils sont menacés de coupe rase par l’industrie du bois.

En 2020, le rapport indépendant A New Future for old forests, commandé par le gouvernement de Colombie-Britannique préconisait la suspension des coupes des forêts anciennes dans les secteurs à risque de perte irréversible de biodiversité.  

Pourtant, l’appétit de l’industrie du bois ne faiblit pas. Des militants s’interposent donc pour protéger les dernières forêts anciennes. Ils demandent au gouvernement provincial d’annuler l’autorisation d’exploitation de la forêt.  

L’exploitation industrielle des forêts anciennes  

Le 25 août 2025, quelques dizaines de personnes installent le « Cougar Camp » ( le camp du Puma) au cœur de la forêt de Walbran, pour empêcher un chantier forestier. Des plateformes sont érigées dans les arbres pour s’y percher et bloquer les coupes, tandis qu’une statue en bois représentant un puma est posée au milieu de la route, empêchant le passage des véhicules.  

Les activistes exigent le retrait par le gouvernement provincial de Colombie-Britannique du permis d’exploitation de la forêt de Walbran, accordé au conglomérat Tsawak-qin Forestry Limited Partnership — une entreprise détenue en partie par les Premières Nations Huu-ay-aht et par Western Forest Products, l’une des principales entreprises forestières du Canada.  

Dans la forêt de Walbran, cette dernière exploite principalement les forêts anciennes côtières, en réalisant des coupes à blanc, qui prélèvent tous les arbres d’une parcelle.  

« C’est la méthode d’usage des compagnies forestières en Colombie-Britannique, » explique Solène Tessier, activiste présente sur le blocage depuis plusieurs semaines. « Ils ont l’obligation de replanter les forêts ensuite, mais ce sont des forêts en monoculture, qui ne remplaceront jamais les forêts ancestrales ».  

« Cette compagnie a le droit de faire ce qu’elle veut aux arbres ici », ajoute-t-elle pour La Relève et La Peste. « Il y a des réglementations, mais qui sont très peu suivies. Dans certains cas, les compagnies paient des amendes, mais elles font tellement d’argent que ça ne les dérange pas ».  

L’exploitation industrielle de ses arbres centenaires, dont une large partie est destinée à l’exportation, soulève une opposition massive en Colombie-Britannique. En 2020 et 2021, la lutte contre l’exploitation des forêts anciennes à Fairy Creek, avait réuni plusieurs milliers de personnes.  

Le plus grand mouvement de désobéissance civile pacifique de l’histoire du Canada avait été marqué par des opérations de police au cours desquelles plus de 1 100 personnes avaient été arrêtées.   

Des divisions au sein de la nation Pacheedaht  

Si l’opposition à l’exploitation des forêts anciennes révolte les activistes, dans la forêt de Walbran, le blocage de la coupe met aussi en avant les divisions au sein des populations autochtones.  

La société forestière Tsawak‑qin est née de la collaboration entre l’entreprise Western Forest Products et la nation autochtone Huu‑ay‑aht, exploitant le bois situé sur le territoire de la nation voisine, les Pacheedahts. Mais certains membres de cette nation s’opposent fermement à cette exploitation industrielle.  

« Nous avons été invités ici par l’aîné de la nation autochtone Pacheedaht, Bill Jones, qui nous a demandé d’établir ce campement pour défendre la forêt », raconte Solène Tessier à La Relève et La Peste. « Mais toute la nation n’est pas d’accord avec ce qu’on fait », précise-t-elle.

« En tant que gardienne légitime de ses terres, de ses eaux et de ses ressources, la Première Nation Pacheedaht revendique ses droits inhérents et son autorité sur toutes les activités menées sur son territoire traditionnel », déclarait Arliss Daniels, cheffe élue de la nation Pacheedaht dans un communiqué du 10 septembre 2025.  

« La Nation demande officiellement à tous ceux qui bloquent actuellement les activités forestières légales dans la vallée de Walbran de cesser leurs activités et de quitter les lieux. » 

En 2021, la Première Nation Pacheedaht et la province de Colombie-Britannique avaient conclu un accord pour l’exploitation des terres et le partage des revenus forestiers dans lequel la nation s’engageait à de « ne pas soutenir ou participer à des actes qui frustrent, retardent, arrêtent ou entravent physiquement les activités forestières autorisées par la province ». 

Avant

Après

 Cet accord était contesté par Bill Jones : « Nous ne devons pas nous retirer, car toutes les Premières Nations sont enfermées dans des contrats injustes qui leur lient les mains » déclarait-il, lors du blocage de Fairy Creek.  

En septembre 2025, ce dernier a déposé un recours contre sa nation devant la Cour fédérale du Canada. Il estime que le Conseil de bande des Pacheedahts, l’organe de gouvernance de la nation, n’a pas suffisamment consulté ses membres avant d’approuver l’exploitation de la forêt de Walbran. 

« Les systèmes coloniaux ont été mis en place en Colombie-Britannique, il y a 100 ans, notamment les “conseils de bande”, explique Solène Tessier. Ces conseils sont des autorités qui discutent avec le gouvernement et qui prennent des décisions pour la nation au complet. Mais ils sont achetés, reçoivent des financements par les industries. Donc, souvent, les membres de la nation n’osent pas se prononcer contre le conseil de bande. » 

L’aîné Bill Jones reçoit une couverture de l’aîné Robert George de la nation Cowichan sur le site du mémorial de la robe rouge du blocus d’Adai’stx en 2022

Le blocage se poursuit malgré la police 

En Colombie-Britannique, si les premières nations et des entreprises privées peuvent obtenir des droits d’exploitation des forêts, environ 95 % d’entre elles sont publiques.  

« On est sur ce qu’on appelle des terres de la couronne : on a le droit d’être ici. Mais les industries achètent le droit de couper les forêts, » explique Solène Tessier pour La Relève et La Peste. « Chaque fois qu’il y a des manifestations comme la nôtre, les industries ont besoin d’une injonction de la Cour suprême de Colombie-Britannique pour nous déloger avec l’aide de la police. »  

Cette injonction, ordonnant aux activistes de libérer le passage pour permettre à l’entreprise de poursuivre ses activités, a été accordée le 12 septembre 2025 par la Cour suprême de la Colombie-Britannique à la société forestière Tsawak-qin.

Les 25 et 26 novembre, la Gendarmerie royale du Canada est donc intervenue pour faire respecter la décision de la Cour.   

« La police est venue et a démantelé notre camp, qui a ensuite été brûlé par l’industrie », témoigne Solène Tessier. « Mais nous maintenons le blocus. Nous avons même établi un nouveau camp. »   

Le 8 décembre, ce nouveau camp, installé au même endroit, est lui aussi démantelé lors d’une opération de police. Néanmoins, et malgré l’arrestation de plus d’une dizaine d’activistes lors des interventions de police, les militants maintiennent leurs actions dans la forêt de Walbran.  

« La mobilisation continue », confirme Solène Tessier. « Nous avions aussi installé un autre camp plus loin qui ne bloque rien mais à partir duquel nous pouvons coordonner les actions pour arrêter l’exploitation des forêts anciennes. On continue à être sur le terrain, à documenter ce qu’il se passe et à empêcher l’industrie financière de détruire la forêt. »  

Autour des courageux activistes, l’étau se resserre. Depuis le 25 novembre, la police a procédé à 13 arrestations. Toutes les personnes arrêtées doivent comparaître en justice courant janvier 2026.

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Eloi Boye

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