« Immortel, ni animal ni plante, transmission de savoir »: Le blob, ce génie de la nature

Sa "particularité" est qu’il n’est composé que d’une seule cellule alors qu'un humain possède dans son corps cent milliards de cellules.
6 juillet 2018 - La Relève et La Peste
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Etrange organisme

1973, au Texas. Une dame trouve dans son jardin une étrange masse jaune. Elle la recouvre d’herbicide… le lendemain, elle a doublé de volume. Elle appelle les pompiers, qui y mettent le feu… rien à faire, la chose continue de grandir. Puis un matin, elle a disparu. Il n’en faut pas plus pour que les journaux clament la présence d’un organisme extraterrestre.

Ce que cette Texane avait dans son jardin n’est ni un animal, ni une plante, ni un champignon. C’est un organisme possédant les caractéristiques des trois à la fois. Son nom scientifique est Physarum polycephalum, mais les chercheurs l’ont surnommé le « blob ».

Crédit Photo : Par frankenstoen — flickr – CC BY 2.5

Caractéristiques

Pouvant être rouge, rose, jaune, bleu ou blanc, il est présent dans la nature. On le voit parfois dans les sous-bois, accroché aux arbres. Il en existe 100 espèces différentes.

Sa particularité est qu’il n’est composé que d’une seule cellule alors qu’un humain possède dans son corps cent milliards de cellules. Pourtant, sa croissance est exponentielle. En un jour, il se dédouble et peut atteindre une taille de 10m2.

Il peut se déplacer à la vitesse de 4cm à l’heure grâce à un système veineux qui envoie du liquide dans la direction choisie. Il peut même ramper sur l’eau. Si l’on découpe un blob, il cicatrise en moins de deux minutes et les 2 blobs formés se développent séparément sans problème.

Par Lebrac — Travail personnel – CC BY-SA 3.0

Le blob se nourrit habituellement de champignons, qu’il recouvre et ingurgite complètement en moins d’une heure.

Chez les blobs, il y a 719 genres sexués. Ainsi, lorsque deux blobs entrent en contact, il y a 719 chances sur 720 qu’ils soient de sexe opposé, donc qu’ils puissent se reproduire.

Le blob est quasi-immortel. Lorsqu’il vieillit ou que les conditions lui sont défavorables — lumière, absence de nourriture — il sèche, s’enkyste, et peut rester ainsi des années. Pour le raviver, il suffit de l’arroser et il redevient jeune et vigoureux. Un des blobs que les chercheurs du CNRS élèvent a plus de 60 ans.

Une menace ?

Ainsi, le blob est incroyablement performant pour survivre et se reproduire. Ne risque-t-il pas d’envahir la planète ? En fait, il l’a déjà fait. Il existe depuis au moins 500 millions d’années, alors que l’être humain est vieux de 6 millions d’années.

Cet organisme indestructible n’est-il pas une menace ?

Tout d’abord, il est possible de le tuer en le mettant brusquement en pleine lumière, en le congelant, ou en le privant d’oxygène pendant très longtemps. Il sert aussi de nourriture à des êtres vivants comme les limaces. Mais surtout, le blob est inoffensif pour l’homme, essentiel pour les forêts, et pourrait se révéler très utile.

« Le blob ne présente aucun danger pathogène, il recycle les matières organiques et pourrait dépolluer des métaux lourds. On sait aussi qu’il produit un petit polymère étudié comme moyen de transporter les médicaments. Cela pourrait notamment servir à cibler précisément les tumeurs et à traiter les cancers sans les énormes effets secondaires d’une chimiothérapie classique », explique Audrey Dussutour, chercheuse au CNRS.

Crédit Photo : randomtruth via Flickr

Une promesse pour la science

Les nombreuses capacités de cet organisme fascinent les chercheurs. Il a une forme de mémoire, puisqu’il dépose un mucus sur son passage pour ne pas repasser deux fois au même endroit. Il se comporte différemment selon qu’il vienne du Japon, des Etats-Unis ou d’Australie.

Des expériences ont montré une intelligence étonnante. Des scientifiques japonais ont placé le blob sur une carte du Japon, à l’emplacement de Tokyo. Ils ont disposé des flocons d’avoine autour, à l’endroit des autres villes. En 24 heures, le blob avait construit un réseau complexe reliant les flocons d’avoine… bien plus efficace que le réseau ferroviaire que les ingénieurs japonais avaient mis 50 ans à mettre en place entre les villes.

Dernière découverte encore plus excitante : bien qu’il n’ait pas de cerveau, le blob peut apprendre.

À Toulouse, des chercheurs du CNRS ont placé du sel entre le blob et sa nourriture. Au début, le sel a repoussé le blob. Mais peu à peu, le blob a ignoré le sel et a rejoint de plus en plus vite la nourriture. Ils ont alors placé un nouveau blob « ignorant » près du blob « expérimenté » et les ont laissé entrer en contact. Après trois heures, ils ont séparé à nouveau les deux blobs. Le blob qui était « ignorant » n’était plus repoussé par le sel.

Comment l’information que le sel était inoffensif a-t-elle été transmise ? Les chercheurs n’en n’ont aucune idée. Ils ont néanmoins observé qu’une veine s’était formée entre les deux blobs durant la fusion.

« Pour la première fois, des chercheurs viennent de démontrer qu’un organisme dépourvu de système nerveux est capable d’apprentissage. » note le CNRS.

Ces résultats amènent à redéfinir l’intelligence et son origine. Ils ouvrent la possibilité de rechercher des types d’apprentissages chez d’autres organismes très simples comme les virus ou les bactéries. Le blob a en effet des cousins qui sont à l’origine de la maladie du sommeil, du paludisme ou encore de la maladie de Chagas. S’ils sont aussi des capacités d’apprentissage, l’impact sur la médecine serait très important. Comme le souligne Audrey Dussutour,

« Cela pourrait avoir un vrai intérêt thérapeutique. Si une bactérie peut apprendre, alors on peut aussi la leurrer. »

Image à la une : Audrey Dussufour / CNRS / AFP

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