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300 scientifiques et 300 dirigeants exigent un traité de non-prolifération des énergies fossiles

Aujourd’hui, ces énergies fossiles menacent la paix et la prospérité mondiales, tout autant que la course à l’armement durant la guerre froide.

Après un appel de 300 scientifiques à un traité de non-prolifération des énergies fossiles, publié le 14 septembre, plus de 300 patrons et cadres dirigeants de tous secteurs expriment à leur tour, dans une tribune à La Relève et La Peste, leur accord total avec cet objectif.

Actrices et acteurs du monde économique, nous unissons nos voix à celles des universitaires signataires de la tribune « L’accord de Paris ne suffira pas : la France doit soutenir un traité de non-prolifération des énergies fossiles », publiée dans Le Monde le 14 septembre, pour exhorter le gouvernement français et l’Assemblée nationale à soutenir le projet de traité de non-prolifération des énergies fossiles, déjà soutenu par le Parlement européen, l’OMS [Organisation mondiale de la santé], huit Etats et 94 entités territoriales dont la Californie.

Les rapports se succèdent, et les interventions de scientifiques nous alertant sur les conséquences catastrophiques de la perpétuation de notre fonctionnement actuel (le business as usual) sont de plus en plus fréquentes et virulentes.

Les biologistes et physiciens notamment, d’habitude peu diserts sur nos choix économiques et politiques, sortent de leur réserve scientifique, et portent leurs arguments devant le Medef ou dans les grandes écoles.

Le message est clair, mais la conclusion est difficile à avaler. Depuis cent cinquante ans, nous avons adossé le développement de nos sociétés et nos conceptions du progrès et de l’innovation sur l’utilisation d’énergies fossiles qui représentent aujourd’hui 80 % du mix énergétique mondial, et 60 % du mix français.

Aujourd’hui, ces énergies fossiles menacent la paix et la prospérité mondiales, tout autant que la course à l’armement durant la guerre froide.

Interdire les nouveaux projets d’exploration-exploitation fossile

L’ampleur et la rapidité de la réaction nécessaire pour changer de cap requièrent une planification économique digne d’une économie de guerre. Deux faits sont particulièrement dérangeants. Premièrement, tout nouveau projet d’exploration-exploitation fossile menace de faire passer le dérèglement climatique au-delà d’un point d’emballement aux conséquences biologiques cataclysmiques. Cela est incompatible avec le respect de l’accord de Paris de novembre 2015, signé et ratifié par 191 pays et parties, dont l’Union européenne.

Les nouveaux projets d’exploration-exploitation fossile doivent donc tout simplement être bannis. Deuxièmement, les infrastructures de production fossile opérationnelles et en construction doivent arrêter leur activité avant épuisement de leur capacité maximale, sous peine également de dépasser la limite définie par l’accord de Paris. La valeur de ces actifs financiers doit donc être réévaluée à la baisse ; on parle d’« actifs échoués ».

En tant qu’acteurs économiques, nous sommes donc confrontés à un dilemme : les premiers à changer leurs pratiques – abandonner les énergies fossiles – sont fortement pénalisés à court et moyen termes si les autres ne suivent pas : dévalorisation des actifs et pertes sèches pour les investisseurs, hausse des investissements et des coûts, perte de parts de marché à la suite du renoncement à commercialiser certains produits et services pour les entreprises…

L’accord de Paris est une pierre angulaire de l’action climatique

En revanche, les gains sont maximisés pour tous – climat stable, conditions propices à la paix et au développement économique – , si tous changent leurs pratiques simultanément. Sans surprise, l’attitude qui prévaut aujourd’hui est une forme d’attentisme généralisé. Malgré des modifications à la marge – lancement de produits « verts », économies d’énergie… – et un remaniement des obligations de reporting en cours, le monde économique n’a toujours pas réglé son addiction aux énergies fossiles.

L’accord de Paris est une pierre angulaire de l’action climatique coordonnée au niveau mondial, mais il est insuffisant face à la vitesse de transformation nécessaire. Les acteurs économiques – de l’énergie, de la finance, ou de tout autre secteur – ne peuvent pas s’autoréguler dans un cadre mondialisé où l’avantage demeure à ceux qui continuent d’utiliser les énergies fossiles.

Parmi les signataires de la tribune : Vincent Bouvier, président, Vidal ; Mykim Chikli, CEO EMEA, Weborama EMEA ; Marie Ekeland, fondatrice, 2050 ; Jean-Marc Filippini, président, MMV, et administrateur du Syndicat national des résidences de tourisme ; Frédéric Guichard, directeur exécutif, De Dietrich Process Systems ; Julien Huston, managing director du risk management, Credit Suisse ; Thibault Lamarque, président, Castalie ; Christophe du Pontavice, CEO, EffiCity ; Christian Raisson, fondateur et co-CEO, ManoMano ; Mélanie Tisserand-Berger, présidente du Centre des jeunes dirigeants

La liste complète des signataires est accessible sur ce lien

La Relève et La Peste

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