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Une zone humide de 250 ha, vieille de 7000 ans, est l’un des plus grands châteaux d’eau de France

Le plateau de Millevaches occupe un rôle majeur dans le réseau hydrographique français. En effet, il permet l’autoépuration de l’eau grâce à sa filtration par les sols, la végétation et l’action de micro-organismes.  

La tourbière du Longeyroux, située au cœur du plateau de Millevaches, est la plus vaste du Limousin. Cette zone humide de 250 hectares a été formée par 7 000 ans d’accumulation de matière organique et par l’écoulement de l’eau dans cette cuvette, aujourd’hui encerclée par des plantations de résineux. Si les milieux humides représentent la plus grande réserve d’eau du Limousin et abritent une riche biodiversité, ils sont aujourd’hui menacés. Leur préservation est pourtant primordiale à l’heure du dérèglement climatique.

Un territoire pluvieux où l’eau reste en surface 

Le plateau de Millevaches fait partie des zones les plus pluvieuses de France : « Il y tombe entre 1200 et 1400 millimètres de pluies par an », explique Gwendoline Mombertrand, chargée de mission Ressource en eau et Milieux Aquatiques au sein du Parc Naturel Régional (PNR) de Millevaches en Limousin.  

Malgré cette pluviométrie élevée, le territoire compte peu de réserves d’eaux souterraines. Le sous-sol granitique peu dégradé, est très peu perméable à l’eau, ce qui empêche la formation de nappes phréatiques profondes.   

En revanche, la Montagne limousine compte de nombreuses zones humides : tourbières, prairies et landes humides, forêts alluviales, mares et ruisseaux qui forment une mosaïque de milieux. Ces espaces occupent 15 à 20 % du territoire du PNR et sont à l’origine d’un dense réseau de cours d’eau.  

Ainsi, 80 % des rivières du Limousin y prennent leur source. La Vézère par exemple, débute son parcours dans la tourbière du Longeyroux. Le sol spongieux stocke l’eau et contribue à l’écoulement régulier de la rivière.  

Zone humide dans la tourbière du Longeyroux

Les zones humides, réservoirs d’eau

Les nombreux petits cours d’eau du plateau de Millevaches contribuent à l’alimentation de grands fleuves français. Le territoire est traversé par la ligne de partage des eaux entre les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne.  

Le premier comprend notamment la Vézère, la Corrèze, le Chavanon et la Triouzoune qui alimentent la Dordogne puis la Garonne. Le second inclut la Vienne, la Creuse, ou encore le Taurion, qui s’écoulent vers la Loire. 

Le plateau de Millevaches occupe donc un rôle majeur dans le réseau hydrographique français. En effet, il permet l’autoépuration de l’eau grâce à sa filtration par les sols, la végétation et l’action de micro-organismes.  

Les zones humides et les petits cours d’eau accueillent également une biodiversité inféodée à ces milieux : des droseras – de petites plantes carnivores -, des sphaignes, des truites fario, des cincles plongeurs, des moules perlières ou encore des loutres d’Europe. Enfin, situé en tête de bassin, le plateau régule les débits des rivières en aval et conditionne la qualité de leurs eaux.  

« On a une responsabilité envers l’aval concernant la qualité et la régularité du débit de l’eau ! », affirme Julie Collet, Chargée de mission Eau et Milieux Aquatiques et éducation au sein du PNR, pour La Relève et La Peste.  

La tourbière du Longeyroux

L’appauvrissement des milieux humides 

Malgré leur rôle hydrologique et écologique essentiel, près des deux tiers des zones humides ont disparu en France au cours du XXe siècle. Si le plateau de Millevaches fait partie des territoires ayant le mieux conservé ces milieux, ils n’en sont pas moins menacés.  

« Depuis la révolution agricole, il y a eu des mutations dans le paysage, notamment le drainage des parcelles, qui se poursuit encore aujourd’hui », explique Julie Collet.  

Les landes à bruyères, autrefois pâturées par des troupeaux, mais délaissées par la déprise agricole, ont été remplacées par des forêts issues d’une recolonisation naturelle ou des plantations de résineux.  

Les pluies sont aujourd’hui en partie captées par les arbres, menaçant l’équilibre des zones humides des fonds de vallées, et le bon fonctionnement des cours d’eau du plateau.  

« A cela s’ajoute la pratique des coupes-rases », expose Julie Collet. « Le sol mis à nu est lessivé par les pluies et apporte des sédiments dans les cours d’eau, ce qui crée de l’envasement ».  

Gwendoline Mombertrand (au premier plan) et Julie Collet

L’équilibre des milieux humides est aussi fragilisé par la multiplication des étangs d’agrément et de loisirs. Ces retenues d’eau forment des obstacles qui entravent la circulation naturelle des espèces et des sédiments. La stagnation de l’eau entraîne une baisse de l’oxygénation et une hausse de la température, perturbant ainsi la reproduction de certaines espèces, notamment la truite fario. 

Illustrant l’interdépendance des espèces, la moule perlière est directement impactée par la régression des populations de truite. Au stade larvaire, les jeunes mollusques se fixent sur les branchies de ces poissons, avant de se décrocher dix mois plus tard et de se transformer en de minuscules coquillages.  

Aujourd’hui, la fragilisation des milieux humides par l’activité humaine est également accentuée par le dérèglement climatique : « Les cours d’eau sont de plus souvent à sec, de façon plus précoce et le restent plus longtemps », témoigne Julie Collet. « Les tourbières aussi s’assèchent ».  

En conséquence : les tensions sur la ressource en eau deviennent de plus en plus fréquentes. Dans certaines communes du plateau, l’eau manque en été, car elles sont alimentées par des captages d’eau peu profonds, directement reliés aux nombreux ruisseaux et zones humides.  

« On a des stockages d’eau naturels : pourquoi on ne les utilise pas ? », demande Julie Collet, montrant une zone détrempée de la tourbière du Longeyroux. « On ne va pas être épargnés par les déficits hydriques. » 

« Ici, en tête de bassin-versant, on devrait avoir des eaux très préservées », ajoute Camille Gaubert, coordinatrice du contrat territorial « Sources en action », qui vise à préserver et à restaurer la qualité de l’eau et des milieux aquatiques sur les têtes de bassins de la Vienne.  

« Mais on perd les masses d’eau de très bonnes qualités et on se retrouve avec des qualités très moyennes qui diminuent à chaque état des lieux ».  

Préserver les milieux humides  

Devant cette dégradation des zones humides, des habitants, associations et des institutions publiques réagissent. Ainsi, le Parc naturel régional et des associations locales mettent en œuvre des chantiers de restauration écologique.  

En diminuant les obstacles barrant le débit des cours d’eau ou en supprimant des étangs, ils participent à améliorer les habitats et la qualité de l’eau.  

« Ce sont des solutions basées sur la nature », précise Julie Collet pour La Relève et La Peste. « Il faut des écosystèmes fonctionnels et résilients : s’il y a une diversité d’espèces adaptées, elles auront plus de chances de s’en sortir que dans des milieux monospécifiques », complète Camille. 

La Molinie envahit progressivement la tourbière

Sur le plateau, une partie de la lutte face à la fermeture et l’assèchement des milieux comme les tourbières repose aussi sur l’action des éleveurs. La disparition, dès le début du Moyen Âge, des grands ongulés tels que les bisons d’Europe ou les élans a entraîné la fermeture progressive de nombreux écosystèmes européens, faute d’animaux capables d’assurer leur pâturage naturel.  

Or les milieux ouverts humides représentent une importante ressource fourragère, disponible même en cas de sécheresse estivale. Certains éleveurs intègrent ainsi des zones humides dans le parcours des troupeaux et nouent des partenariats avec des associations et institutions de préservation de la nature comme le Conservatoire d’Espace naturels de Nouvelle-Aquitaine (CEN) et le PNR de Millevaches.  

« Il y a eu un regain du pastoralisme dans les années 2010»  , explique Julie Collet. « La tourbière du Longeyroux est pâturée chaque année par des brebis. Un berger les conduit : le pâturage permet le maintien d’une mosaïque de milieux ouverts et de la diversité des espèces. Cette mosaïque permet une meilleure adaptation. »   

« Pour l’instant, on agit de manière curative », constate Julie Collet. « Il faut aussi agir de façon préventive et mettre en avant ces solutions basées sur la nature.  Ces zones humides sont notre capital : elles feront la force de notre territoire ! » 

Sur le plateau de Millevaches, préserver les zones humides participe ainsi à la résilience de toute une région face au dérèglement climatique. 

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Eloi Boye

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