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Une usine de pesticides est accusée de contaminer la Seine aux PFAS depuis 25 ans

Parmi les pesticides qui sortent de l’usine, on retrouve notamment du fipronil, un insecticide dont l’usage est interdit en France depuis 2013 car extrêmement toxique.

Des paysans, malades, citoyens et ONGs réclament l’arrêt de l’usine de pesticides de BASF, située à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Normandie). Avec plus de 1 500 tonnes de pesticides produits chaque année, l’usine est accusée de rejeter massivement des polluants éternels (PFAS) dans la Seine depuis 25 ans.

« BASF, multinationale du cancer »

Le 17 novembre, des centaines de personnes ont bloqué et investi l’usine de pesticides de BASF, située à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Normandie). « BASF multinationale du cancer », peut-on lire sur l’une des nombreuses pancartes arborées par les quelque 500 personnes qui se sont réunies à l’aube pour bloquer le site normand de BASF.

Paysannes et paysans, malades et soutiens ont répondu présent à l’appel inter-organisation – notamment des Soulèvements de la Terre et de la Confédération Paysanne – pour exiger l’arrêt de la production du géant Allemand de l’agrochimie.

Le choix du site n’a rien d’anodin. L’usine normande, qui produit plus de 1 500 tonnes de pesticides par an, est accusée de rejeter massivement des polluants éternels (PFAS) dans la Seine depuis 25 ans. Ses activités sont responsables d’une contamination d’envergure dans les eaux, les terres, les aliments et, in fine, les corps.

Il s’agit d’un site qui « incarne les dérives et l’impunité persistantes de l’industrie criminelle des pesticides », dénoncent les Soulèvements de la Terre.

Cette action s’inscrit dans le sillage des mobilisations contre la loi Duplomb, qui entendait réintroduire des pesticides interdits, malgré l’opposition de plus de deux millions de personnes.

Une pollution « record »

L’usine de Saint-Aubin-lès-Elbeuf détient le record français de rejet d’un polluant éternel appelé acide trifluoroacétique (TFA).

Dans une lettre ouverte publiée en janvier, l’association CODEF alertait sur les eaux polluées par l’activité de BASF, qui « atteignent une concentration en TFA pouvant atteindre 420 000 μg/l en entrée de station d’épuration et 28 000 μg/l en sortie de station » et qui finissent par contaminer « directement ou indirectement la Seine et l’eau potable. »

Si en France, l’ANSES ne considère pas l’étude du TFA comme une priorité, le Luxembourg et les Pays-Bas fixent respectivement le seuil de toxicité de ce PFAS à 12 µg/L et 2.2 µg/L.

Parmi les pesticides qui sortent de l’usine, on retrouve notamment du fipronil, un insecticide dont l’usage est interdit en France depuis 2013 car extrêmement toxique. En novembre 2024, l’association Générations Futures alertait déjà sur la pollution engendrée par les activités de BASF en Normandie, indiquant que « la production de fipronil est responsable d’émission très importante de TFA dans l’environnement. »

La production de ces pesticides génère donc une pollution massive au PFAS, qui sont, comme le rappellent les Soulèvements de la Terre, « associés à une augmentation du risque de plusieurs pathologies : cancers, maladies thyroïdiennes, dysfonctionnements immunitaires, baisse de la fertilité, et troubles du développement chez l’enfant. »

« Dans nos cabinets, on vit ça depuis plus d’une décennie, cette explosion de cancers chez les riverains, chez des jeunes adultes. […] Au mois d’octobre, j’ai diagnostiqué quatre cancers chez des moins de 40 ans. Quand on discute avec des médecins plus anciens, ils ne nous disent pas que dans leur jeune carrière ils vivaient ça », rapporte le médecin et membre de l’association Alerte Médecins sur les Pesticides (AMLP), Louis-Adrien Delarue auprès du journaliste José Rexach.

Une action pour dénoncer le « colonialisme chimique »

Leur utilisation a des conséquences tout aussi mortifères. Compte tenu de l’interdiction d’une partie de ces pesticides en France, c’est à l’étranger qu’ils ravagent de manière irréversible les populations et leurs écosystèmes. Une enquête menée par l’ONG suisse Public Eye et Unearthed révèle que la France a exporté 7 300 tonnes de pesticides interdits en 2023.

Au Brésil, qui est le principal importateur de pesticides français – 2 997 tonnes en provenance de France en 2023 –, ces substances entraînent des conséquences sociales et environnementales désastreuses, et les cas d’intoxications d’agriculteurs ne cessent de croître.

De plus, les accords de libre-échange entre l’Amérique du Sud et l’Union européenne font craindre le renforcement d’un cercle vicieux de contamination globale.

« Ces produits phytosanitaires vont servir à faire pousser des céréales, qui vont permettre de nourrir des animaux qui, au final, vont être exportés vers la France ou vers l’Europe. Donc, il y a une espèce de jeu de dupes qui est assez insupportable, et c’est contre ça qu’il faut se battre », précise Jean-Bernard Lozier.

En ciblant l’usine BASF de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, les collectifs pointent du doigt une hypocrisie désormais difficile à masquer. Celle d’un modèle agricole qui enferme les paysans dans une dépendance présentée comme inévitable aux pesticides au nom de la compétitivité économique.

Derrière les chiffres d’exportation et les seuils de toxicité, ce sont des vies brisées et des écosystèmes ravagés, que l’agriculture industrielle empoisonne à petit feu partout dans le monde.

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Louis Laratte

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