En France, 14 millions d'enfants subissent des décisions municipales sans voix ni représentant désigné. Portée par Francesca Pasquini et la Fabrique des communs pédagogiques, une proposition transpartisane veut changer les règles du jeu avant le 22 mars. L’objectif : avoir un élu dédié pour concevoir les communes à hauteur d’enfant.
Une militante, une idée, un manifeste
Tout part d’un constat simple. En France, près de 14 millions d’enfants vivent dans les communes. Logement, qualité de l’air, espaces publics, transports, santé : les décisions prises au niveau municipal ont un impact direct sur leur quotidien. Pourtant, les enfants restent trop souvent invisibles dans l’organisation politique locale.
C’est ce paradoxe qu’a décidé d’attaquer Francesca Pasquini. L’ancienne députée écologiste (2022-2024), directrice d’école et élue municipale, plaide pour la création d’une délégation aux droits des enfants respectueuse de la Convention internationale sur le sujet.
Cette proposition est soutenue par l’association FabPeda — la Fabrique des communs pédagogiques dont elle est administratrice. Ensemble, elles ont lancé une campagne nationale à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars 2026.
Un angle mort au cœur de la démocratie locale
La force de la proposition tient à sa lucidité sur les dysfonctionnements existants. Leurs droits sont généralement intégrés à des délégations plus larges — éducation, jeunesse, famille, solidarités — sans qu’un élu ne soit clairement identifié comme responsable de leur prise en compte globale.
« Tout le monde est responsable, donc personne ne l’est vraiment » : cette formule résume l’impasse.
« Ce que nous demandons, c’est qu’un seul élu porte explicitement la voix des enfants, afin qu’ils soient reconnus comme des citoyens d’aujourd’hui, et non uniquement comme des citoyens de demain, et pleinement considérés comme des sujets de droit », affirme Francesca Pasquini pour La Relève et La Peste.
Pour Jean-Marc Treuil, de l’Anacej (association nationale citoyenneté enfance jeunesse), la question des droits des enfants doit devenir pivot. L’enjeu dépasse la simple réorganisation administrative : il touche à la conception même de la démocratie locale.
Ce que changerait une délégation dédiée
La création d’une délégation aux droits des enfants ne constitue pas une charge administrative supplémentaire, explique t-on dans le collectif. Son objectif est de clarifier une responsabilité politique et de renforcer l’effectivité des droits de l’enfant à l’échelle locale. Il s’agit de garantir que, dans toutes les politiques locales, les décisions soient relues à la lumière de la Convention internationale des droits de l’enfant.
Concrètement, cela signifie qu’un élu dédié suit et défend l’intérêt des enfants dans chaque projet municipal — urbanisme, transport, culture, environnement, numérique. Il organise leur participation : conseils d’enfants, consultations régulières. Et il rend des comptes, chaque année, sur l’application de leurs droits dans la commune.
Le collectif “Dynamique pour les droits des enfants” appelle à penser les villes à hauteur d’enfant : sécuriser les abords des écoles, développer les mobilités douces, redonner une place au jeu dans l’espace public.
Une coalition transpartisane en marche
L’initiative a rapidement franchi les clivages politiques. Ce collectif d’acteurs et d’organisations engagées a été rejoint par plusieurs membres des Ceméa comptent parmi les premiers signataires, aux côtés de l’UNICEF France, des MJC de France, d’Action Education, de l’OVEO et d’une trentaine d’organisations réunies au sein de la Dynamique pour les droits des enfants.
D’anciens collègues parlementaires, aujourd’hui candidats aux municipales, ont également rejoint l’initiative, signe que la proposition dépasse les frontières d’un seul courant. Elle rejoint en cela le concept de la “ville à hauteur d’enfant” défini par le pédagogue Francesco Tonucci et développé par le philosophe Thierry Paquot en France.
Maires : de quel côté de l’histoire ?
Florine Pruchon, coordinatrice pour la Dynamique des droits de l’enfant et responsable du pôle plaidoyer de SOS Villages d’Enfants, est directe : « À l’heure où les espaces « no kids » se multiplient, où les droits des plus jeunes sont de plus en plus bafoués, il est urgent de faire de l’enfance une priorité, et cela commence à l’échelon des communes. »
Face à cette urgence, deux postures s’offrent aux élus. La première : temporiser, renvoyer à plus tard, diluer la question dans les délégations existantes. La seconde : assumer.
« Faites le pas politique qui s’impose, créez une délégation municipale aux droits de l’enfant et assumez-la comme une évidence démocratique, pas comme un gadget de communication. »
Le collectif replace les communes au centre. Écoles, accueil du jeune enfant, périscolaire, loisirs, culture, sport, services sociaux, espaces publics : c’est là que les droits prennent corps. Ne pas y désigner un responsable clairement identifié, c’est choisir l’invisibilité des plus vulnérables.
Ce chantier ne concerne pas seulement les exécutifs. Il s’adresse à l’ensemble des acteurs de la vie locale.
Chaque citoyen peut signer la tribune sur le site dédié et interpeller les candidates et candidats en demandant des engagements pour le mandat à venir. Associations, enseignants, parents : la question est simple. La réponse révèle beaucoup.
Le 22 mars ne sera pas une date de fin. « Notre volonté : avoir un maximum de maires signataires », rappelle Francesca Pasquini. Le manifeste peut être signé sur droits-des-enfants.org.
Ce combat continuera tant que les enfants resteront les angles morts des politiques publiques — tant qu’aucun élu ne sera clairement mandaté pour porter leur cause au cœur de la mairie.
Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.