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Moins de pression, plus d’équilibre : le choix de la Gen Z au travail

Le capitalisme fait de plus en plus de ravages, les inégalités explosent, la pression sociale aussi et l’étau se resserre autour du cou de la nouvelle génération Z (Gen Z). Comment celle-ci y répond-elle ? En priorisant sa santé mentale et son temps libre.

L’évolution humaine, celle des contours que prennent les sociétés au fil des années, définissent, ajustent, modèlent des générations entières. On peut identifier ce phénomène dans le monde du travail qui ne cesse de se redessiner. Comment est-on passé d’une génération pour qui le travail représentait le nerf de la guerre à la Gen Z, et qui s’en détache afin de prioriser sa santé mentale et son temps libre ?

La France : des conditions de travail toujours plus difficiles

En 2019, 37% des salariés français ne s’imaginaient pas rester dans leur emploi jusqu’à l’âge légal de départ à la retraite, selon une enquête des services statistiques du ministère du travail (Dares) publiée le 9 mars 2023. Et pour cause, l’organisation du travail à la française exige des employés de travailler toujours, plus dans des délais toujours plus courts.

A contrario d’entreprises comme au Danemark qui, depuis 1899, donnent du pouvoir aux salariés et aux syndicats au sein des entreprises, le modèle en France reste très hiérarchique.

Pour la sociologue Dominique Méda, il est temps de porter ces revendications, de donner le même pouvoir à ceux qui apportent le travail qu’à ceux qui apportent le capital : “même si cela semble utopique, c’est nécessaire ».

Il y a aussi, comme elle l’explique sur FranceInter, un problème d’orientation : « Plus d’un tiers des jeunes,  trois ans après être sortis du système scolaire, veulent se reconvertir et changer d’emploi. »

Pour la présidente de l’Institut Veblen pour les réformes économiques, la Gen Z est victime de clichés inter-générationnels qui occulte les défis posés par le marché du travail.« La Gen Z, ce n’est pas du tout qu’elle ne veut plus travailler, c’est qu’elle veut travailler autrement, différemment. »

Elle ajoute : « Les jeunes sont de plus en plus éduqués, diplômés. La moitié des jeunes sont diplômés de l’enseignement supérieur. Leurs attentes sont immenses à l’égard du travail. Ils veulent se réaliser dans le travail, avoir un travail qui a du sens, être utiles, etc. Et qu’est-ce qu’ils trouvent ? Ils trouvent des stages non payés, des boulots sans aucun sens, l’IA qui leur pique leur travail. C’est terrible ce qui arrive à nos jeunes. »

Des Trente Glorieuses aux crises pétrolières

Les foisonnantes Trente Glorieuses, qui se situent après-guerre, ont représenté une période d’expansion démographique. À cette époque, il était question de la reconstruction économique du pays, du retour au plein emploi et de la forte croissance de la production industrielle.

Somme toute, l’équation parfaite en faveur d’un cadre de vie prévisible, linéaire, réparateur après le chaos et du le tumulte de la guerre. Ainsi, la réussite professionnelle se résumait au respect strict de la hiérarchie et des règles instituées.

Suite aux vagues de licenciements économiques, les repères ont changé. Face à l’insécurité, à la fragmentation sociale (davantage de riches et des inégalités bien plus grandes) et aux imprévus, les valeurs du domaine professionnel ont été affectées et transformées. Terminée la belle époque de l’abondance des richesses, place à la compétition, à l’accumulation des richesses matérielles et au besoin de faire carrière.

De cette vague de transformation, la génération Y a vu le jour. Cette dernière s’est construite en réaction à ses prédécesseurs, mais aussi dans l’ère de l’essor du digital et de la surinformation.

Les « digital natives »

Nés entre les années 1980 et 2000, ces millennials baignent dans Internet, qui chamboule les codes de l’entreprise. Cette génération amorce le début d’une philosophie de vie où « une autre forme de travail est possible ».

Ouvertures d’open space, début et expansion du télétravail (TT), qui dessinent les contours d’un cadre plus accueillant. Les frontières entre vie privée et professionnelle tendent à disparaître avec l’expansion des réseaux sociaux.

Avant, on rêvait de rejoindre une entreprise, d’y évoluer et d’y rester toute sa vie. La génération Y, elle, cherche des expériences professionnelles qui ont du sens, quitte à en changer souvent, et surtout à travailler dans des entreprises qui prennent en compte l’environnement. C’est la naissance de la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises).

Une génération en rupture totale avec le travail traditionnel

Désormais, le capitalisme fait de plus en plus de ravages, les inégalités explosent, la pression sociale aussi et l’étau se resserre autour du cou de la nouvelle génération Z (Gen Z). Comment celle-ci y répond-elle ? En priorisant sa santé mentale et son temps libre.

Deux études récentes parues dans le New York Post et Fortune expriment que les jobs dits « chiants » seraient en plein essor chez la Gen Z. Derrière cette appellation trompeuse attribuée par des médias en mal de buzz, on parle d’activités sans stress et stables, qui permettent à la Gen Z de s’occuper d’elle-même, de ses proches et de ses passions, une fois ses horaires terminés.

Ces métiers sont utiles et, pour la plupart, manuels, comme la plomberie, l’électricité ou encore la comptabilité. En Amérique du Nord, selon EduBirdie, on note aussi un fort intérêt pour les jeux d’argent en ligne pour compléter ses revenues. 26% des travailleurs de la Gen Z seraient concernés.

« Ce que nous observons chez la génération Z, c’est un changement fondamental dans ce que les jeunes travailleurs considèrent comme non négociable : le bien-être mental, l’adéquation à leurs valeurs et leur autonomie », a déclaré Christina Muller, experte en santé mentale au travail, au New York Post. « Contrairement aux générations précédentes, ils ne sont pas prêts à rester dans des emplois qui compromettent ces valeurs, même si cela implique une certaine instabilité. »

Car au-delà de métiers prévisibles, certains membres de la GenZ se tournent plutôt vers l’auto-entreprenariat, et le développement d’activités artistiques ou créatrices de contenus en ligne. Quitte à cumuler différentes activités rémunérées, certaines essentiellement alimentaires, pour avoir du temps pour leurs passions à côté.

Un travail payé dignement qui n’amène pas au burn-out, qui ne fait pas courber l’échine et qui ne fait pas oublier le sens de la vie. Autant dire : vivre. 

Cette refonte en profondeur de la manière d’aborder le monde du travail reflète le besoin d’apprendre à ralentir, à moins faire, à se diversifier, à ne pas être sur une trajectoire linéaire. Tout le contraire de la performance. Plus de temps pour la vie, pour plus de robustesse.

Réinvestir le travail différemment

Ce « minimalisme professionnel » met en lumière l’envie de modifier la place centrale que prend le travail dans nos vies. Celui pour lequel on touche un salaire, où nous sommes reconnus comme de bons citoyens et qui nous donne le droit d’exister.

La GenZ serait en passe de redéfinir en profondeur la notion de travail afin de pouvoir s’adonner à d’autres formes d’activités non salariées tout aussi importantes, voire essentielles à notre existence : prendre soin de ses amis, s’engager dans la vie associative, plonger ses mains dans la terre, pratiquer des activités artistiques et culturelles ou tout simplement, apprendre à ne rien faire.

Avant, il fallait gravir les échelons ; aujourd’hui, la Gen Z boude les postes de direction chronophages et sujets au burn-out. La Gen Z ne refuse pas de travailler, elle veut travailler autrement. Moins de frénésie, plus de liberté et plus de bien-être. Dans un monde en pleine mutation, le monde de l’entreprise capitaliste, qui épuise et tue, doit entendre ce message et se transformer en profondeur.

Si l’on veut construire un avenir durable, il est essentiel de saisir tous les enjeux mis en lumière par la Gen Z dans sa manière d’aborder le monde du travail.

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Liza Tourman

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