Mobilisation nationale pour un retour légal des métiers d’herboristes

« La France n’est pas que l’Hexagone, on a une richesse extraordinaire en Outre-Mer avec des savoir-faire préservés : 80 % de la biodiversité française s’y trouve. Réhabiliter les métiers d’herboristerie contribuerait au développement économique et à l’emploi, à la valorisation de leur culture, mais surtout à la préservation de l’environnement et la réparation des dégâts causés par le scandale d’Etat du chlordécone. » Joël Labbé
1 octobre 2018 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Le métier et le diplôme d’herboriste ont été supprimés sous le régime de Vichy en 1941. Aujourd’hui, des parlementaires, pharmaciens et médecins phytothérapeutes se mobilisent pour réhabiliter les métiers de l’herboristerie. Un rapport pluripartite a été validé au Sénat dans la nuit de mardi pour légiférer sur la question, une première étape historique autour des enjeux de soin par les plantes, et de leur considération comme bien commun.

Réinscrire les métiers d’herboristes dans la loi

Supprimés sous Vichy en 1941, les herboristes n’ont plus le droit de se déclarer comme tels de nos jours. Ils sont autorisés à vendre 148 plantes seulement, tout le reste étant réservées au domaine de la pharmacie. Ainsi, seuls les pharmaciens en officine sont autorisés à vendre les 562 plantes médicinales inscrites à la pharmacopée française.

Crédit Photo : AMELIE-BENOIST / BSIP / AFP

« À titre d’exemple, le bleuet, pourtant banal et sans danger, ne peut pas être vendu hors pharmacie. De même, les herboristes ne peuvent pas donner d’indications sur l’usage traditionnel des plantes médicinales : pour un herboriste, dire qu’une tisane de thym est bonne contre le rhume le place hors la loi. Il y a pourtant une demande et une place pour la vente de plantes médicinales hors pharmacie, pour les petits maux du quotidien et le maintien en forme. » Collectif de la pétition « Réhabilitons les métiers de l’herboristerie »

Pour redonner un statut légal à la profession, des parlementaires se sont regroupés sous l’impulsion du sénateur morbihannais Joël Labbé (à qui l’on doit la loi interdisant les pesticides dans les espaces publics et premier signataire parlementaire de la pétition des Coquelicots). Rapporteur de la mission sénatoriale sur le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales, des filières et métiers d’avenir, Joël Labbé se réjouit de cette première victoire pour faire évoluer la législation.

« D’origine terrienne et écolo, je m’étais engagé à me positionner sur la réhabilitation des métiers d’herboristes lors de mon second mandat. Afin que la loi ait une chance de voir le jour, nous avons choisi de créer une mission d’information pluripolitique regroupant les bonnes volontés de différents horizons. Cette première étape était loin d’être gagnée d’avance car une partie des parlementaires sont très liés à la pharmacie et ne voulaient pas entendre parler de la reconnaissance des métiers liés à l’herboristerie : pharmacien avec une formation complémentaire, herboriste de comptoir (qui vendent les remèdes naturels) et paysan-herboriste. Il s’agit de réinscrire ces métiers dans la culture française. Ils n’ont pas vocation à remplacer des professionnels de santé, mais ce sont des compléments indispensables et nécessaires à la médecine et la pharmacie conventionnelle, ils vont traiter le bien-être et soigner les petits maux du quotidien.» Joël Labbé

Les plantes sont un bien commun

A l’heure où le recours au tout-chimique est de plus en plus remis en question, le soin par les plantes connaît un regain d’intérêt grandissant de la part de la population depuis plusieurs années. Réhabiliter les métiers d’herboristerie permettraient ainsi de remettre au goût du jour les connaissances traditionnelles, mais aussi de protéger notre patrimoine naturel.

« La France n’est pas que l’Hexagone, on a une richesse extraordinaire en Outre-Mer avec des savoir-faire préservés : 80 % de la biodiversité française s’y trouve. Réhabiliter les métiers d’herboristerie contribuerait au développement économique et à l’emploi, à la valorisation de leur culture, mais surtout à la préservation de l’environnement et la réparation des dégâts causés par le scandale d’Etat du chlordécone. » Joël Labbé

Crédit Photo : Fred TANNEAU / AFP

Le projet s’étend d’ailleurs bien plus loin que le seul territoire français, le sénateur prévoit déjà de travailler avec les autres pays européens pour une législation harmonisée, mais aussi le Québec, très avancé sur l’herboristerie. Autre objectif : inscrire les plantes médicinales au patrimoine mondial de l’UNESCO afin d’empêcher l’appropriation du vivant par quelques multinationales.

« On va bouger en France, et on veut faire bouger les lignes en Europe et au niveau mondial. On est dans une situation d’urgence planétaire, et il est temps de changer l’ordre des choses, l’Organisation Mondiale de la Santé doit aussi être remise en question et se libérer de l’influence des lobbys. » Joël Labbé

Pour le sénateur, il ne s’agit pas d’une guerre entre le monde de l’herboristerie et celui de la pharmacie conventionnelle qui a rôle important de maillage du territoire avec plus de 60 000 officines présentes, comme en témoigne la pétition signée par l’ensemble des acteurs de l’herboristerie, mais aussi des médecins et pharmaciens en faveur de la réhabilitation de leurs métiers. C’est avant tout le lancement d’une vaste réflexion nationale sur le respect et la connaissance de plantes médicinales, dont chacun devrait pouvoir bénéficier librement plutôt que les laisser au main de grands groupes privés.

Les collectifs invitent les citoyen-ne-s à signer la pétition, mais surtout à interpeller leurs sénatrices et sénateurs pour qu’ils se positionnent sur la question afin que le texte de loi qu’ils rédigeront puissent obtenir une majorité. Pour Joël Labbé, c’est la mobilisation populaire qui pourra convaincre les parlementaires récalcitrants au projet : « Les citoyens organisés et mobilisés peuvent tout, et surtout influencer les politiques, et c’est nécessaire. Après tout, la politique est une chose trop importante pour qu’on la laisse entre les mains des politiciens. »

Crédit Photo  à la une : AMELIE-BENOIST / BSIP / AFP

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