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Marseille : fronde contre l’installation d’un méga datacenter de 24 000 serveurs

Les puissances annoncées pour le fonctionnement du site font réagir. Plusieurs spécialistes estiment qu’un data center de cette envergure pourrait appeler une consommation équivalente à celle d’une ville moyenne d’environ 117 000 habitants.

Un projet de data center de 24 000 serveurs s’apprête à voir le jour à Bouc-Bel-Air, une commune avoisinant Marseille. Porté par le géant américain Digital Realty, la perspective de ce centre énergivore, baptisé MRS6, suscite une controverse et provoque une vague d’inquiétudes parmi les habitants, les associations et une partie des élus.

Une consommation équivalente à une ville moyenne

L’enquête publique, ouverte cet automne, a révélé un territoire profondément divisé par ce projet qui prévoit l’installation de dizaines de milliers de serveurs.

« Les promoteurs avancent que le data center réutilise un entrepôt logistique à l’abandon mais le nouvel entrepôt en construction, à seulement 500 mètres, annule le gain potentiel en réaffectation de friche industrielle », commence Hervé Plisson de l’association Bouc Bel Air pour tous, pour La Relève et La Peste.

Les puissances annoncées pour le fonctionnement du site font réagir. Plusieurs spécialistes estiment qu’un data center de cette envergure pourrait appeler une consommation équivalente à celle d’une ville moyenne d’environ 117 000 habitants.

La mairie de Bouc-Bel-Air, d’abord réticente, a finalement donné son feu vert au projet après plusieurs mois de négociations avec l’opérateur. Les opposants, eux, dénoncent un revirement politique et un manque de transparence.

Ils pointent également les nuisances potentielles : le bruit émis par les transformateurs et les groupes frigorigènes ; la très importante consommation électrique soulevant des questions sur la véracité de l’utilisation d’énergies renouvelables ; la chaleur émise et perdue avec crainte d’un îlot de chaleur ; la pollution des groupes électrogènes générant une pollution significative ; l’imperméabilité des sols d’une surface de près 10 000 m² ; les risques industriels avec des potentiels fuites de gaz fluorés.

Il y a aussi l’impact sous-estimé sur la biodiversité. « Bien que le constructeur affirme l’absence de biodiversité, le bruit, la chaleur et la pollution modifieront l’écosystème local », affirme Hervé. Et le risque d’incendie majeur, qui est « non envisagé par les promoteurs, notamment en cas de Mistral et de proximité avec la forêt ».

Comme le suivi actuel se limite aux élus et au constructeur, il précise que « l’association Bouc Bel Air pour tous demande que le préfet mette en place une CLIS (Commission Locale d’Information et de Surveillance) ou a minima, un groupe de travail initié par l’administration, associant les riverains et associations environnementales ».

Crédit : https://nondatacenterboucbelair.fr/

Une région devenue hub numérique

Le projet de Bouc Bel Air s’inscrit dans une dynamique globale qui transforme la Provence. Depuis une dizaine d’années, la région marseillaise est devenue un nœud stratégique du réseau numérique, notamment pour la fibre optique sous-marines.

Les câbles qui y convergent, jouant un rôle important dans la connexion des centres de données dans différentes régions, attirent les géants du cloud et multiplient les infrastructures de stockage.

« Quatre à six autres data centers sont prévus dans la zone de Plan de Campagne et ses environs. Ces centres ne sont pas principalement destinés aux usages courants, mais à l’intelligence artificielle, aux cryptomonnaies, au suivi client personnalisé, etc. », termine Hervé.

Et la tendance n’est pas prête de s’arrêter. À l’échelle nationale, la France a accueilli le troisième plus grand nombre de centres de données en Europe, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne (Statista, 2024). En 2023, les investissements sur le marché français des centres de données ont atteint 879,0 millions d’euros, grâce à une évolution mondiale vers des services centrés sur les données.

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Chloe Droulez

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