Les plantes sauvages, une clé pour l’autonomie alimentaire

La moindre balade peut être une occasion de cueillette. Au jardin, celles qu’on qualifie à tort de « mauvaises herbes » (pissenlit, plantain, mouron blanc…) s’invitent volontiers en complément de nos salades ou prennent même carrément la place de nos laitues. Elles se marient bien avec les fleurs qu’on trouve dans nos jardins, comme la bourrache ou l’hémérocalle.
17 juin 2020 - Flora Clodic-Tanguy
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Connaître et utiliser les plantes sauvages est un axe essentiel de la quête d’autonomie, pour se nourrir ou se soigner. L’écrivain-paysan Bernard Bertrand y travaille depuis 40 ans. Il nous raconte un peu de leur histoire et nous donne quelques pistes à explorer pour apprivoiser les belles simples.

Un complément alimentaire… naturel !

Ne nous y trompons pas : l’autonomie est une démarche globale, qu’on aurait bien du mal à saucissonner. N’empêche !  « Si l’on parle de l’autonomie d’un foyer ou d’une petite communauté, la place du sauvage est prépondérante !, » analyse Bernard Bertrand, écrivain-paysan et naturaliste. 

« Les plantes sauvages ne peuvent pas totalement remplacer les plantes cultivées pour nous nourrir mais elles sont un complément souvent négligé, pourtant loin d’être négligeable ! »

Réconcilier le sauvage et le cultivé, c’est ce que fait ce fils d’agriculteurs depuis plus de 40 ans dans son antre pyrénéenne de Terran, où il organise régulièrement des stages, pour apprendre à un public varié en quête d’autonomie toute une palette de savoirs et de savoir-faire.

« Nous pouvons évidemment cueillir les plantes sauvages mais aussi favoriser leur expansion dans notre environnement proche. C’est très facile par exemple de récupérer des jeunes pousses d’ail des ours – un ail sauvage riche en vitamines et minéraux, anti-microbien et régulateur de la pression artérielle – et de les installer près de la maison. On s’évite de grandes distances pour les récolter tout en préservant les stations sauvages. On essaie encore trop souvent d’éradiquer les végétaux spontanés des jardins, alors qu’ils ont des rôles essentiels, en termes de bien-être du sol, de biodiversité et aussi de richesse nutritive. »

Laissons-donc la part belle à ces sauvages : elles nous le rendront bien.

Vincent Schmitt

Un brin d’histoire

Le retour en grâce des plantes sauvages comestibles est assez récent, après une longue période de désaveu social, au lendemain de la seconde guerre mondiale.

« Cueillir des plantes sauvages pour se nourrir, c’était se rabaisser à des techniques primitives, qui faisaient passer les cueilleurs pour des arriérés. »

Deux plantes ont échappé à la vindicte populaire tant leurs qualités nutritives et leur efficacité médicinale étaient grandes : l’ortie, très bonne pour le foie, et le pissenlit, reminéralisant. Qui n’a pas une grand-mère ou une vieille tante qui faisait une bonne soupe d’ortie ou une salade de pissenlits ?

Les nombreuses crises sanitaires (vache folle, scandales alimentaires…) des années 90 et 2000 offrent une belle rampe de lancement à leur redécouverte et à l’élargissement de leur palette. Les citoyens comprennent un peu mieux à quel point leur alimentation est dépendante d’un système destructeur, tant pour l’environnement que pour le lien social…

La littérature sur le sujet explose et le public de curieux s’élargit. La prise de conscience climatique et la popularisation de la collapsologie contribuent à renforcer cette tendance.

Vincent Schmitt

Tirer le fil de notre curiosité

« Il y a 40 ans, on prêchait dans le vide, se souvient Bernard Bertrand. Aujourd’hui, beaucoup plus de gens ont compris qu’ils avaient déjà tout autour d’eux. On marche dans notre assiette. Et on a tout ce qu’il faut pour la rééquilibrer. Si on mangeait plus de plantes sauvages, ce sont à la fois notre être et notre estomac qui y gagneraient ! »

Avant de les cueillir, faut-il encore les reconnaître ! Côté bouquins, des flores régionales (qui répertorient toutes les espèces qu’on peut trouver sur un territoire donné) aux ouvrages généralistes en passant par les petits précis de plantes sauvages comestibles, il y en a pour tous les goûts (et tous les budgets). C’est bien pour se familiariser avec elles mais rien ne remplace le terrain et la pratique.

Les ateliers, balades et stages qui permettent de les découvrir fleurissent, à la campagne comme à la ville. Vous serez en effet surpris de toute la biodiversité sauvage qui s’épanouit nos villes, au détour d’une rue ou dans un parc en plein cœur d’une métropole.

« Apprendre à distinguer les plantes « toxiques », poursuit l’écrivain-paysan, c’est aussi un moyen de laisser derrière soi un peu de la peur que notre société nous a inculquée ces dernières décennies. »

Attention aux pollutions : demandez-vous toujours dans quelles conditions a poussé la plante que vous voulez cueillir. Si vous avez un doute, ne la cueillez pas. Et lavez soigneusement votre récolte.

Pour celles et ceux qui se découvrent une passion pour les plantes, le détour par la botanique est inévitable. (À son rythme, tant cela peut constituer un nouvel univers et un nouveau langage !) On apprend à utiliser une flore et une loupe, pour arriver soi-même à déterminer les espèces que l’on rencontre au détour d’un chemin, d’une lisière forestière ou d’un bord de mer.

Vincent Schmitt

Expérimenter

Bien sûr, apprendre les plantes sauvages, c’est l’apprentissage de toute une vie ! Bernard Bertrand recommande d’y aller par étape et d’être indulgent avec soi-même.

La moindre balade peut être une occasion de cueillette. Au jardin, celles qu’on qualifie à tort de « mauvaises herbes » (pissenlit, plantain, mouron blanc…) s’invitent volontiers en complément de nos salades ou prennent même carrément la place de nos laitues. Elles se marient bien avec les fleurs qu’on trouve dans nos jardins, comme la bourrache ou l’hémérocalle. 

D’autres plantes sauvages se mangent plutôt en légumes et, riches en nutriments, font de belles alternatives aux épinards : l’oseille, le chénopode, l’égopode…  On peut même en faire des choucroutes pour l’hiver, à l’instar de nos ancêtres préhistoriques.

Vous découvrirez aussi au fil des saisons que vous pouvez cueillir toute l’année. Votre regard changera peut-être sur la grande bardane, par exemple, quand vous apprendrez que vous pouvez manger sa racine et ses pétioles (les tiges des feuilles) ou quand vous goûterez des prunelles, omniprésentes sur les bords de chemins, immangeables crues mais parfaites en pickles pour remplacer les olives.

Plus vous les cueillez et les récoltez, plus votre confiance en vous et en elles vous permet d’être créatifs. Elles viennent ainsi parfumer un plat un peu insipide, sublimer un dessert de fruits ou de chocolat…

Là aussi, les stages se multiplient pour apprendre la cuisine des plantes sauvages. Préférez toujours le bouche-à-oreille et la recommandation pour choisir. A tout développement de marché ses charlatans ou a minima ses opportunistes…

Vincent Schmitt

Approfondir

Pour aider les amoureux des plantes à aller plus loin, Bernard Bertrand a lancé une chouette collection, « Le Compagnon Végétal », aux Editions de Terran, qu’il a fondées quand tout le monde lui disait que des livres entiers sur les plantes, ça ne marcherait jamais…

Il a commencé, sans surprise, avec Les secrets de l’ortie, qui recèle bien des trésors ! Elle est présente partout et pour peu qu’on sache comment la cueillir sans (trop) se piquer, on peut même tisser des fibres très solides avec elle.

Bernard a déjà planché sur 23 plantes, et les plus grands succès ne sont pas ceux que l’on pourrait croire. « Sous la protection du sureau » plaît beaucoup, bien davantage que les classiques menthe ou sauge. Vous trouverez aussi tout ce que vous voudrez savoir sur le pissenlit, le châtaignier, le tilleul, l’angélique, le frêne, le plantain etc.

A-t-il ses préférées ? « A chaque fois que je me suis penchée sur l’une d’elles, je suis tombé amoureux… » S’enamourer en même temps qu’on se réapproprie notre alimentation et notre santé, que demander de plus ?

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Petite sélection d’ouvrages non exhaustive :
– Bernard Bertrand, L’herbier oublié / L’Herbier toxique / L’Herbier érotique, Plume de Carotte
– Bernard Bertrand, Carnet de cuisine sauvage, Editions de Terran
– Thierry Thévenin, Les plantes sauvages, connaître, cueillir, utiliser, Lucien Souny
– François Couplan, Eva Styner, Plantes sauvages, comestibles et toxiques, Delachaux et Niestlé
– François Couplan, Déguster les plantes sauvages, Sang de la terre

17 juin 2020 - Flora Clodic-Tanguy
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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