Les gardes forestiers se mobilisent pour sauver nos forêts

« Le problème en France, ce n'est pas la déforestation, c'est la malforestation ! »
21 septembre 2018 - Laurie Debove
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Les gardes forestiers sont formels : les forêts françaises sont aujourd’hui menacées par une gestion de plus en plus axée sur la marchandisation du bois, plutôt que le renouvellement de ce bien commun. Le 17 septembre, ils ont commencé une grande marche pour la forêt et partager leur révolte.

Les forêts françaises, condamnées à devenir des monocultures sans âme ?

Les forêts françaises pourraient-elles devenir des monocultures d’arbres sans aucune âme, sans aucune vie ? C’est la crainte des garde-forestiers de l’Office nationale des forêts (ONF) qui ont commencé une grande marche dans toute la France ce 17 septembre. Unis avec les salariés et syndicalistes de l’ONF, ils dénoncent une gestion uniquement basée sur la rentabilité économique des forêts, délaissant complètement le rôle primordial qu’elles jouent dans la protection de notre eau, notre climat, nos paysages et la biodiversité.

La direction de l’ONF a pris une direction néolibérale assumée en 2002, en faisant appel à des cabinets d’audit international comme Deloitte & Touche pour qu’ils lui établissent un « Projet pour l’office ».

Crédit Photo : Kiwihug

Leur proposition : obtenir 30 % de productivité tout en baissant leurs effectifs. Entre 2002 et 2016, ¼ des emplois ont alors été supprimé. En 2016, nouveau coup dur pour les « agents patrimoniaux » (nom donné aux garde-forestiers par les cabinets d’audit) : le contrat d’objectif et de performance pluriannuel signé entre la direction de l’ONF et l’Etat. Ce document prévoit notamment de couper un million de mètres-cube de bois en plus par rapport à 2014.

Pour les organisations syndicales du bois, France nature environnement et des associations citoyennes, ces coupes sont abusives. A quoi servent toutes ces coupes supplémentaires ? Principalement à pourvoir aux besoins des producteurs d’énergie comme la centrale thermique à biomasse de Gardanne dont le faible rendement est critiqué par l’association SOS Forêt : « avec un rendement de 36 %, pratiquement 2 arbres sur 3 entrants dans la centrale sont brulés pour rien, en l’absence d’un procédé de cogénération ».

« Au-delà des forêts publiques, c’est l’ensemble de la forêt qui est menacée d’industrialisation au prétexte du développement de l’économie soit disant « verte ». Faut-il au motif de développer la production d’énergie notamment électrique, bruler les arbres et sacrifier la forêt ? Faut-il pour continuer à consommer plus d’énergie, faire de la forêt une usine à bois au bénéfice de lobbies financiers et au détriment des services inestimables que la forêt rend à tous ? » Lettre ouverte des gardes-forestiers

Un film documentaire dévoile l’envers du décor

En ce moment au cinéma, le film documentaire « Le Temps des forêts » dévoile justement le nouveau visage de ces forêts « industrialisées », longues rangées bien alignées d’arbres identiques, où plus aucun chant d’oiseau ne vient égayer les bois. Pour l’un des intervenants du film :

« Le problème en France, ce n’est pas la déforestation, c’est la malforestation ! »

En effet, si la surface boisée en France a augmenté pour s’étendre aujourd’hui sur près de 4,6 millions d’hectares (à peu près la taille de la région Bourgogne Franche-Comté), cette progression se fait au détriment des habitats naturels de la faune et la flore des forêts traditionnelles. Le documentaire explore ainsi les dérives de la sylviculture industrielle, mais aussi les alternatives mises en place par des garde-forestiers résistants qui ne veulent pas laisser mourir leurs forêts, malgré les oppositions de la direction.

Crédit Photo : Oliver Paaske

« Les agents sur le terrain subissent une pression de plus en plus forte, ce qui occasionne une souffrance sociale et éthique. Plus de cinquante suicides ont d’ailleurs été répertoriés depuis la réforme de l’ONF en 2002, plus que chez France Telecom, explique le réalisateur François-Xavier Drouet. De nombreux agents de l’ONF ressentent une perte de sens, et craignent à terme une privatisation de l’ONF. Que voulons-nous ? Une forêt vivante ou un désert boisé ? les choix d’aujourd’hui dessineront les paysages de demain. »

Pour faire entendre leur cause et lui donner du poids, les gardes-forestiers appellent chacun-e à participer à la marche pour la forêt débutée le 17 septembre. Partis de toute la France, ils se rendent dans la forêt de Colbert (Allier). A la base plantée pour fournir du bois à la marine marchande, cette futaie de chênes du 17ème siècle est l’une des plus belles de France, certains arbres ont plus de 300 ans. En 2017, l’ONF avait finalement décider de les laisser en paix. Un grand rassemblement y sera organisé pour clôturer la marche le 25 octobre. Aux arbres citoyens.

21 septembre 2018 - Laurie Debove
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