À l’occasion de l’ouverture du Forum économique mondial à Davos ce 19 janvier 2026, l’ONG Oxfam publie un rapport intitulé « Résister au règne des plus riches : défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires ». L’organisation alerte sur le niveau de richesse sans précédent atteint par les milliardaires, et sur la concentration croissante du pouvoir entre leurs mains.
Des niveaux de fortunes sans précédent
Les ordres de grandeur du dernier rapport d’Oxfam sont stupéfiants. « En 24 minutes en moyenne, un milliardaire gagne l’équivalent du revenu annuel moyen d’un Français », affirme l’ONG.
Les milliardaires n’ont jamais été aussi nombreux à travers le monde : plus de 3 000 en 2025. Leur fortune également atteint des niveaux jamais vus dans l’histoire du capitalisme : elle a augmenté de 81 % depuis 2020, atteignant 18 300 milliards de dollars cumulés selon Oxfam.
L’homme le plus riche de la planète, Elon Musk, a franchi la barre des 700 milliards de dollars en 2025, selon le classement de Forbes. Ce classement se base sur les actifs détenus par les personnes : actions cotées en bourse, participations dans des entreprises, et autres investissements financiers.
« En 2025, la fortune des milliardaires a augmenté 3 fois plus vite que pendant les 5 années précédentes », précise Oxfam. Cette croissance mondiale spectaculaire se traduit en France par le doublement de la fortune des milliardaires depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.
Loin du mythe de la méritocratie chère aux classes dominantes, la croissance du nombre de milliardaires est de plus en plus liée à l’héritage. Dans son rapport annuel, le groupe bancaire international suisse UBS parle de « la plus grande vague d’héritage multigénérationnelle de l’histoire de ce rapport. »
Le premier gestionnaire de fortune au monde précise que « le nombre de milliardaires de deuxième génération a augmenté de 4,6 %, celui de la troisième génération de 12,3 %, et celui de la quatrième génération et au-delà de 10 %. »

L’homme le plus riche de la planète, Elon Musk, a franchi la barre des 700 milliards de dollars en 2025
Une concentration des pouvoirs
La croissance de la fortune des milliardaires va de pair avec la hausse des inégalités : « Les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que plus de 32 millions de personnes réunies, soit près de la moitié de la population », indique Oxfam.
Cette accumulation de richesse se traduit également par une concentration des pouvoirs entre les mains des plus fortunés. Tout d’abord, ces derniers et leurs intérêts sont surreprésentés dans les appareils d’États.
Donald Trump par exemple, lui-même milliardaire, « mène une politique résolument orientée en faveur des plus riches », selon Oxfam. « L’administration Trump a réduit les impôts des ultra-riches, sapée les efforts déployés dans le monde pour taxer les grandes entreprises, fait échouer les tentatives visant à lutter contre le pouvoir monopolistique et contribué à la croissance des actions liées à l’IA ».
En France aussi, la politique est menée par et pour la minorité la plus fortunée de la population, dénonce le rapport.
« Dans le gouvernement Bayrou, 22 ministres sur 36 étaient millionnaires. Cette surreprésentation des plus riches au sommet de l’État alimente un cercle vicieux : ceux qui détiennent déjà le plus de ressources économiques façonnent des politiques publiques qui servent leurs intérêts », déclare Layla Abdelké Yakoub, responsable de plaidoyer “Justice fiscale et inégalités” à Oxfam France.
L’emprise des plus fortunés sur les politiques nationales est accentuée par leur immense capacité à influencer le débat public : « Les milliardaires possèdent plus de la moitié des plus grands médias dans le monde et les principaux réseaux sociaux, » rappelle Oxfam.
« L’ultra richesse érode la démocratie »
Selon l’ONG, la concentration du pouvoir et l’accaparement des richesses mettent à mal les fondements mêmes de nos sociétés.
À l’échelle mondiale, le taux de réduction de la pauvreté stagne, tandis que l’espérance de vie aux États-Unis a cessé d’augmenter, et a même connu une baisse entre 2020 et 2022, du fait notamment des inégalités importantes dans l’accès aux soins de santé.
Du fait de la concentration de pouvoir, les libertés civiles et les droits politiques sont également restreints et réprimés.
« Le fossé grandissant entre les riches et les autres se traduit par un déficit politique grave et insoutenable, » explique Amitabh Beha, directeur général d’Oxfam. « L’année 2024 a été la dix-neuvième année consécutive de recul en la matière, voyant un quart des pays entraver la liberté d’expression. »
En France aussi, l’explosion de l’ultra-richesse « est très coûteuse pour l’ensemble de la société », juge Oxfam. « Elle se fait au prix des inégalités, de l’affaiblissement des finances publiques et de la mise en danger de notre démocratie. En France, la sous-imposition des grandes fortunes représente un manque à gagner de plusieurs dizaines de milliards pour les caisses de l’État. »
« La justice fiscale est une urgence »
Pour enrayer l’accroissement des inégalités et combattre les maux qui en découle, Oxfam appelle les Etats à imposer efficacement des ultra-riches, « afin de réduire leur pouvoir ». L’ONG préconise également la mise en place de « plans nationaux de réduction des inégalités réalistes et assortis de délais » et « d’un pare-feu plus puissant entre richesse et politique ».
Pour ce qui concerne la France, Oxfam propose 19 mesures fiscales chiffrées comme la mise en place de la taxe Zucman, la réforme de la taxe sur les transactions financières ou encore la restauration de L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF).
Mais l’ONG constate que les plus riches utilisent leur puissance économique « pour orienter le débat médiatique et bloquer toute réforme fiscale ambitieuse ». Elle rappelle que les débats sur le budget 2026 et la proposition de la taxe Zucman, « ont suscité une contre-offensive majeure de grandes fortunes ».
Ainsi, en septembre 2025, Bernard Arnault avait attaqué l’économiste Gabriel Zucman, le qualifiant de « militant d’extrême gauche » et mettant en cause sa « pseudo-compétence universitaire ».
« À l’approche de 2027, alors que l’extrême droite progresse et que certains milliardaires, comme Vincent Bolloré, utilisent leurs empires médiatiques pour diffuser ses idées, remettre la justice fiscale au centre du débat est une urgence démocratique », conclut Layla Abdelké Yakoub.
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