Le 12 février, Les Ecologistes ont proposé une loi pour interdire les pesticides d’ici 2030 sur les captages d’eau potable les plus sensibles de la France. Hélas, ce texte pour protéger un bien commun a rencontré l’opposition du RN et de LR, ainsi que du groupe EPR.
En 2023, au moins 17 millions de Français ont consommé une eau non conforme aux normes de qualité. La proposition de loi, portée par le député Jean-Claude Raux, semblait idéale pour obtenir une majorité : interdire les pesticides de synthèse et les engrais azotés minéraux autour des captages d’eau les plus sensibles d’ici 2030.
Hélas, des député·es d’extrême droite et de droite ont torpillé cette proposition de loi, obligeant ses initiateurs à retirer leur propre texte.
« Nous assistons à une obstruction en règle de la part du Rassemblement national, de la part de LR, qui ont à eux deux déposé plus de 600 amendements » sur l’ensemble des textes de la niche, a fustigé dans l’hémicycle sa présidente Cyrielle Chatelain.
« Parmi ces député·es, certain·es sont issu·es de circonscriptions où l’eau est particulièrement polluée, voire non conforme aux limites règlementaires de pesticides ou de nitrates. C’est par exemple le cas dans plusieurs communes des circonscriptions des députés RN Jean-Phillippe Tanguy, Sébastien Chenu ou encore Marine Le Pen. Cette situation devrait les inciter à agir, en tant que parlementaires. Mais apparemment, cela ne les choque pas », dénonce Greenpeace France.
Pire, le groupe LR s’est même félicité dans un communiqué d’avoir « fait obstacle à l’écologie punitive à l’Assemblée nationale » par sa « mobilisation ». De son côté, le groupe EPR de Gabriel Attal et du gouvernement, qui avait initialement promis de soutenir le texte, a tout fait pour le vider de sa substance.
« Cela a été un crève-cœur de devoir retirer ce texte car on aurait bien aimé aller jusqu’au bout », rapporte le député Jean-Claude Raux pour La Relève et La Peste. « Les débats étaient longs et pénibles, on a entendu un certain nombre d’approximations et de contre-vérités. LR et le RN étaient assez constants dans l’effort, parfois c’était même assez troublant car les éléments de langage passaient d’une travée politique à l’autre. »
Parmi les député·es qui ont torpillé la proposition de loi, « certain.e.s sont aussi candidat·es aux élections municipales », rappelle Greenpeace France : « comme les député·es RN Bruno Clavet, candidat à la mairie de Lens ; Julien Limongi, candidat à Provins ; ou Béatrice Roullaud, candidate à Meaux… »
Or, l’un des rôles des maires est justement de prévenir et stopper les pollutions de l’eau, en collaboration avec d’autres instances (comités de bassin, commissions locales de l’eau, agences de l’eau, syndicats intercommunaux…).
« Sur l’eau, les maires et les collectivités sont en première ligne car ce sont eux qui ont l’obligation de fournir une eau de qualité. Avec la pollution, on les amène au pied d’un mur qu’il sera difficile de surmonter », prévient Jean-Claude Raux auprès de La Relève et La Peste. « Ce sujet m’intéresse et me préoccupe depuis des années en tant qu’élu local, donc je mesure bien les différents impacts. »
Ainsi, les déclarations d’intention ne fournissent pas de résultats, sans être accompagnées de politiques contraignantes ou incitantes, à l’image de celle menée par Eau de Paris. Alors que des captages ont été déclarés prioritaires en 2009, « 15 ans plus tard on a seulement évité que la situation ne se dégrade », déplore Jean-Claude Raux.
« Interdire ou non les pesticides ne peut pas être un sujet décidé par une minorité d’agriculteurs, qui ne peuvent pas avoir le dernier mot sur le patrimoine de la nation : l’eau », conclut l’ancien élu local.
Le député n’a pas dit son dernier mot : une lettre ouverte sera bientôt envoyée au Premier Ministre pour lui rappeler l’importance de protéger l’eau potable des pesticides, à l’approche du Salon de l’Agriculture.
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