Le Mexique devient le premier pays d’Amérique latine à bannir le glyphosate et le maïs OGM

Ce décret constitue pour les ONG comme Greenpeace, ainsi que pour de nombreux mouvements citoyens, le couronnement de deux décennies de lutte. Dès la fin des années 1990, une partie de la société civile mexicaine s’est insurgée contre l’emprise des multinationales sur l’agriculture locale.
8 janvier 2021 - Marine Wolf
FacebookTwitter
Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !

- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

Commander

Quelle est la céréale emblématique du Mexique ? Le maïs bien entendu, utilisé non seulement dans la préparation des fameuses tortillas, mais aussi d’une multitude de galettes, pâtés, chips et empanadas. En ce début d’année 2021, le président progressiste Andrès Manuel López Obrador a annoncé des mesures historiques concernant cet aliment central de la culture mexicaine.

Par un décret entré en vigueur ce 1er janvier, celui-ci a affirmé sa décision de « révoquer et de s’abstenir d’accorder des permis pour la dissémination dans l’environnement de semences de maïs OGM ».  Les raisons invoquées : « protéger le maïs autochtone » et « contribuer à la souveraineté alimentaire ».

En effet, le Mexique a la chance d’être le berceau historique d’une soixantaine d’espèces de maïs criollos – ou autochtones. Dans l’État d’Oaxaca, par exemple, au Sud du pays, les agriculteurs cultivent le maïs depuis près de 7000 ans. De cette expérience millénaire a résulté une diversité génétique unique au monde. Des épis de tailles et de formes multiples, des grains jaunes, blancs, bleus, noirs, rouges, avec parfois des mélanges de couleurs au sein d’un même épi…

Ce patrimoine auquel sont profondément attachées les communautés autochtones se trouve menacé par les organismes génétiquement modifiés.

« En disséminant son pollen dans la nature, le maïs OGM peut contaminer les variétés locales, compromettant une biodiversité précieuse », explique l’agronome Marc Dufumier pour LaCroix.

Crédit : WikiImages

En plus de s’attaquer au maïs OGM produit au Mexique, le gouvernement veut également éliminer celui qui est importé.

Le texte prévoit en effet de réduire progressivement les importations de maïs OGM. D’ici 3 ans, plus aucun permis ne sera délivré, le temps pour l’industrie agroalimentaire de mettre en place des alternatives durables. Par ailleurs, ce même décret acte l’interdiction définitive du glyphosate au 31 janvier 2024. Car le produit se trouve directement lié aux OGM.

« Il existe deux grands types de maïs transgéniques », détaille Marc Dufumier. « Celui dans lequel on a introduit un gène qui secrète une protéine qui tue la pyrale, un insecte ravageur de la plante. Et celui dont le gène introduit le rend résistant aux herbicides à large spectre, notamment le glyphosate, mis en point, sous la marque Roundup, par la firme américaine Monsanto ».

L’entreprise a justement réagi à cette décision, par le biais de Laura Tamayo, directrice régionale de Bayer, la maison-mère de Monsanto :

« Non seulement cela va désavantager les agriculteurs mexicains par rapport à nos concurrents, en particulier les producteurs de maïs aux États-Unis. Mais aussi déstabiliser la chaîne agroalimentaire pour laquelle l’importation de céréales génétiquement modifiées est essentielle », a-t-elle déclaré.

En revanche, ce décret constitue pour les ONG comme Greenpeace, ainsi que pour de nombreux mouvements citoyens, le couronnement de deux décennies de lutte. Dès la fin des années 1990, une partie de la société civile mexicaine s’est insurgée contre l’emprise des multinationales sur l’agriculture locale.

Alors que le maïs était reconnu « essentiel à l’autosuffisance » d’une part importante de la population, l’utilisation du glyphosate – classé « cancérigène probable » par l’OMS depuis 2015 – constituait un scandale inacceptable.

Par rapport à cette avancée – le Mexique est le premier pays d’Amérique Latine à prendre de telles mesures –  l’Europe se place loin derrière. Le Luxembourg reste le seul pays à s’être engagé à se passer du glyphosate, dont l’autorisation de commercialisation dans l’Union européenne s’étend encore jusqu’à fin 2022.

Aux États-Unis, Monsanto a rendu public fin juin un accord de plus de 10 milliards de dollars pour solder plus de 100 000 litiges concernant le Round’Up et ses propriétés cancérigènes.

En renonçant au maïs OGM et au glyphosate, le gouvernement Obrador devient donc un pionnier en Amérique Latine, et se démarque de nombreux pays occidentaux. Reste à voir dans quelques années quels en seront les résultats précis, à suivre !

8 janvier 2021 - Marine Wolf
FacebookTwitter
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

Votre soutien compte plus que tout
Faire un don
Recueil - Hors-série « Recueil » est le titre de notre nouvelle édition. Ce hors-série regroupe tous les plus beaux textes de La Relève et La Peste depuis plus de 7 ans. Nous avons réuni 14 auteurs qui ont façonné La Relève et La Peste depuis ses débuts. Ce livre vous permet de tout comprendre sur les plus grands enjeux de notre monde. Que vous ayez déjà nos livres ou que vous souhaitiez connaître nos éditions, le meilleur choix est ce hors-série qui donne une vision globale de notre travail éditorial.
Commander
Envie de s’informer ? Inscrivez-vous à notre newsletter pour vous informer différemment
Derniers articles
^