Dans le sud du Brésil, une métropole de 1,7 millions d’habitants, incarne depuis plus de cinquante ans un modèle de ville écologique pionnière dans le pays. À Curitiba, les transports publics, les espaces verts, le traitement des déchets, véritables leviers de transformation écologique et sociale, ont été pensés pour offrir une bonne qualité de vie aux citoyens de cette 8ème plus grande ville du Brésil.
Une vision urbaine avant-gardiste
C’est sous l’impulsion de Jaime Lerner, élu maire à plusieurs reprises dans les années 1970, que Curitiba a amorcé ce qui allait devenir un modèle d’urbanisme écologique. Avec sa vision de développement durable, la ville a souvent été citée comme un exemple à l’échelle mondiale, inspirant ainsi d’autres villes, notamment par son réseau de transports.
Elle affiche également un Indice de Développement Humain très élevé (≈ 0,856), soulignant la cohérence entre qualité de vie, inclusion sociale et pratiques environnementales innovantes.
Il y a 50 ans, à une époque où la plupart des villes misent sur le tout-voiture et des réseaux de métro, Curitiba penche pour un autre système d’organisation de la ville, intégré à l’espace urbain et évitant l’asphyxie automobile : le Bus Rapid Transit (BRT), avec des voies réservées pour des autobus articulés, à la fois efficaces, rapides et accessibles.
Caroline, résidente de Curitiba, témoigne pour La Relève et La Peste : « Globalement, la mobilité fonctionne bien. Le réseau de bus est structuré et couvre l’ensemble de la ville, ce qui facilite les déplacements quotidiens ».

Un bus de la métropole brésilienne – Crédit : Chloé Droulez
Un constat que nuance toutefois Breno, également habitant : « Curitiba n’est pas une ville idéale. Les transports sont parfois saturés et manquent d’efficacité, mais la qualité de vie y demeure nettement supérieure à celle d’autres métropoles de taille comparable ».
En effet, depuis les années 1970, Curitiba a vu sa population tripler. Une croissance rapide qui a favorisé un étalement urbain important, éloignant les zones résidentielles du centre et renforçant la dépendance à la voiture individuelle.
Actuellement, la ville peine à développer une infrastructure cyclable réellement structurante et à réduire les émissions liées au trafic. Un paradoxe d’autant plus marqué que Curitiba affiche aujourd’hui l’un des taux de motorisation les plus élevés du Brésil, avec environ une voiture pour deux habitants, mettant à mal son image de référence en matière de mobilité durable.

Curitiba, Brésil – Crédit : GRID-Arendal / Flickr
Programmes sociaux innovants
Curitiba fut l’une des premières villes brésiliennes à instaurer le tri sélectif, dans les années 1990, avec aujourd’hui un taux de recyclage nettement supérieur à la moyenne nationale : 21 %, alors que la moyenne brésilienne plafonne à 3 %.
Depuis plus de trente ans, le programme municipal Cambio Verde basé sur le troc vise à la fois l’accès à une alimentation saine, le recyclage des déchets et le soutien à l’agriculture locale et aux coopératives de recyclage.
Les habitants ont la possibilité d’échanger des déchets recyclables contre des fruits et légumes frais, à raison d’environ 4 kg de recyclables ou 4 litres d’huile usagée pour 1 kg d’aliments, dans plus d’une centaine de points de collecte.
En 2023, plus de 60 000 personnes en ont bénéficié, avec l’échange de plusieurs milliers de tonnes de recyclables contre environ 900 tonnes de produits alimentaires.
« Ce programme nous permet d’avoir accès à une alimentation plus saine, tout en préservant l’environnement et en limitant la pollution des rivières », explique Marco, un bénéficiaire du programme, pour La Relève et La Peste.

La carriole d’un habitant collectant des déchets – Crédit : Chloé Droulez
Espaces verts et nature en ville
Du vert à profusion grâce aux parcs, jardins et arbres qui constituent la ville. Les espaces verts occupent une place importante dans la planification urbaine puisque la ville offre plus de 50 m2 d’espaces verts par habitant. Un chiffre largement au-dessus des minima recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé, qui préconise minimum 10 m2.
À Curitiba, les parcs urbains jouent aussi un rôle fonctionnel. Conçus en partie dans des zones inondables, ils servent de bassins naturels de rétention des eaux pluviales, limitant le recours à des infrastructures lourdes.

Des capybaras se relaxent au bord de l’eau – Crédit : Bill Machado / Flickr
La ville mise également sur des solutions fondées sur la nature, comme les jardins de pluie, et soutient des projets de jardins communautaires sur des terrains auparavant inoccupés, mêlant gestion écologique et réappropriation citoyenne de l’espace urbain.
Pour la grande majorité des habitants, les parcs ne sont pas de simples lieux de promenade : ils incarnent l’identité même de Curitiba. Une récente enquête menée par Casa Pino montre que 94,2 % des curitibanos voient la nature et les parcs comme l’un des plus grands atouts de la ville.
Comme le rappelle la chercheuse Angela Medeiros dans le Jornal de Curitiba, « le milieu naturel est aussi considéré comme un patrimoine d’un peuple ; la nature reflète identité, histoire et pratiques culturelles » montrant que les parcs sont un lien vivant entre passé et présent.
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