Une étude révèle que sur 186 pays analysés, un seul serait capable de couvrir l’ensemble des besoins alimentaires de sa population sans recourir aux importations : la Guyana. Une exception, nichée entre le Vénézuela, le Brésil et le Suriname, qui en dit long sur la fragilité du système alimentaire mondial.
Un seul pays à pouvoir se nourrir en totale autonomie
L’étude, publiée dans la revue Nature en avril 2025, évalue la capacité des pays à produire suffisamment dans sept groupes alimentaires essentiels – céréales, fruits, légumes, produits laitiers, protéines animales, protéines végétales et matières grasses – et souligne une réalité frappante : la majorité des États ne parviendrait pas à produire suffisamment pour pouvoir se nourrir seuls.
Seule une poignée de pays serait en mesure de couvrir ces besoins de manière autonome dans plusieurs catégories alimentaires indispensables. Plus précisément, un pays sur sept atteindrait l’autosuffisance dans au moins cinq groupes alimentaires, tandis que plus de la moitié des pays n’en couvrent que deux ou trois au maximum. Autrement dit, même de grandes puissances agricoles ne sont pas totalement autosuffisantes et dépendent d’importations.
Dans ce contexte, le Guyana serait le seul pays à atteindre une autonomie dans toutes les catégories alimentaires étudiées. Un cas unique à l’échelle mondiale, qui s’explique en grande partie par un ratio singulier entre terres agricoles et faible densité de population, bien supérieur à celui des pays industrialisés.
En effet, avec moins de 800 000 habitants, ce territoire riche en ressources naturelles bénéficie de conditions favorables, lui permettant de produire en quantité suffisante, tout en maintenant une certaine diversité alimentaire. Un modèle difficilement transposable à des pays plus densément peuplés.

Vue aérienne de la rivière Demerara au sud de Georgetown en Guyane – Crédit : Leonid Andronov / iStock
Une autonomie théorique
Mais derrière ce constat, la réalité est plus nuancée. Car produire suffisamment ne garantit ni une production constante, ni une autonomie totale. Le gouvernement guyanien lui-même souligne que cette capacité d’autosuffisance ne signifie pas une absence de dépendance commerciale, mais plutôt un potentiel productif suffisant en cas de crise mondiale.
Si la Guyane est aujourd’hui le seul pays capable de produire l’ensemble des denrées nécessaires à sa population, cette autosuffisance reste en partie théorique. En pratique, la Guyana reste intégré aux échanges internationaux et continue d’importer certains produits. Une part significative de la production est destinée à l’exportation. En 2024, les exportations agricoles non traditionnelles ont généré plus de 900 millions de dollars, confirmant l’intégration du Guyana dans les marchés internationaux.
Par ailleurs, cette capacité de production ne garantit pas une sécurité alimentaire totale pour l’ensemble de la population. Selon les données officielles du Food Systems Dashboard de la FAO, environ 5 % de la population du Guyana ne peut pas se permettre un régime alimentaire considéré comme sain en 2024.
Un monde qui ne se nourrit pas seul
Au-delà de cette exception, l’étude souligne les déséquilibres du système alimentaire mondial. De nombreux pays produisent en excès certaines denrées, tout en restant dépendants pour d’autres catégories essentielles à une alimentation équilibrée.
En effet, 65 % des pays produisent plus de viande et de produits laitiers que les besoins de leur population, tandis que seulement 24 % des pays produisent assez de légumes pour répondre aux besoins nutritionnels de ses habitants.
Cette organisation, largement structurée par les échanges internationaux, rend les systèmes alimentaires vulnérables aux crises. Les perturbations de ces dernières années ont d’ailleurs démontré à quel point cette dépendance pouvait fragiliser la sécurité alimentaire.
Selon les chercheurs, une plus grande diversification des productions nationales et des échanges pourrait améliorer la résilience alimentaire mondiale, plutôt qu’une quête d’autosuffisance totale.
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