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Isère : la LPO va restaurer un étang de 17 hectares pour sauver les zones humides

Entre les amphibiens, les reptiles, les chiroptères, les mammifères, les odonates et les oiseaux, la nouvelle vie du Grand-Albert pourrait bénéficier aux 148 espèces patrimoniales recensées au fil des ans dans la pléiade d’étangs du massif des Bonnevaux.
10 décembre 2021 - Augustin Langlade
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Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

- Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
- Format : 290 pages
- Impression : France

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En Isère, la Ligue pour la protection des oiseaux poursuit un grand programme de restauration des zones humides. Son projet phare, le Grand-Albert, consiste à recréer un étang de 17 hectares, qui accueillera près de 150 espèces faunistiques patrimoniales. 

À la fois réservoirs d’eau, tampons naturels, écrins de biodiversité, les zones humides jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement des écosystèmes. Quelle que soit leur forme — petites mares, étangs, marais boisés, prairies gorgées d’eau —, ces divers milieux aquifères emmagasinent les polluants, gorgent les nappes phréatiques, limitent les inondations et servent d’habitat ou de lieu de reproduction à 40 % des espèces de la planète.

Et pourtant, les zones humides ont sans doute payé le plus lourd tribut à la croissance et l’aménagement. Depuis le début du siècle dernier, 64 % d’entre elles auraient disparu dans le monde ; et en France, entre 1960 et 2000, la moitié de ces « reins » naturels auraient été asséchés pour en faire des champs, ou tout simplement remplacés par des routes, des infrastructures ou des bâtiments.

Aujourd’hui encore, les milieux humides disparaissent trois fois plus vite que les forêts. Mais prise de conscience salutaire ou meilleure connaissance de leur intérêt, cette dommageable tendance commence enfin à s’inverser. L’avenir sera-t-il placé sous le signe de la restauration ? 

Lire aussi : Les zones humides sont essentielles pour limiter les inondations et protéger la biodiversité

Un projet phare en Isère

En Isère, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a entamé, il y a quelques années, un grand programme de rétablissement des milieux aquatiques, à commencer par les mares et les mille et un étangs dont abonde ce département de pics, de cirques et de vallées.  

C’est dans le massif des Bonnevaux, sur la commune d’Arzay, à mi-chemin entre Lyon et Grenoble, que l’association environnementale vient de jeter les bases de son « projet phare » isérois : la restauration du Gand-Albert, le plus grand des quelque 300 étangs que compte le massif.

Créé par les moines cisterciens qui, dès le XIIe siècle, ont durablement occupé le site, le Grand-Albert s’étend sur près de 17 hectares. De hêtres, de chênes et de châtaigniers, le massif forestier qui l’entoure en couvre quant à lui 9 000, couronne de feuillus faisant de l’étang un site d’intérêt capital au regard de la biodiversité.

En 2008, fragilisée par un manque d’entretien, la digue du Grand-Albert a cédé lors d’un épisode de crue, provoquant la vidange complète de l’étang, depuis cette époque asséché.

Le Grand-Albert aurait pu rester ainsi, à l’abandon, pendant des décennies si des habitants du territoire n’avaient pas décidé, dans les années 2010, d’acquérir le terrain pour le remettre en eau et y créer une réserve naturelle régionale.

L’histoire a tout des recettes qui marchent : animés d’une volonté commune, les nouveaux propriétaires se sont regroupés en une société civile immobilière, la SCI « Réserve du Grand-Albert », puis se sont adressés à la LPO.

Ancienne occupation du Grand-Albert – Crédit : LPO AURA

De la signature d’une ORE au début des travaux

Les deux parties ont signé, en septembre 2018, un contrat d’obligation réelle environnementale (ORE). Instituée par la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et du paysage du 8 août 2016, cette convention notariée permet à tout propriétaire de confier la protection environnementale de son bien à un garant, dès lors investi d’un pouvoir de contrôle sur le site.

« La LPO a acquis la maîtrise d’usage du Grand-Albert pour 99 ans, la plus longue durée possible avec une ORE, explique Jean-Baptiste Decotte, chef de projets à l’association et spécialiste de la gestion des milieux naturels. Si le site est revendu, les futurs propriétaires ne pourront donc pas en changer la vocation. »

Leucorrhine à front blanc – Dominique Mouchené du groupe Sympetrum
Lire aussi : France : des propriétaires sanctuarisent leurs terres pour protéger la biodiversité

Selon ce passionné d’amphibiens et d’oiseaux, les Bonnevaux abriteraient une centaine d’étangs de 1 000 m2 ou plus, dont la plupart ont été créés au Moyen Âge, les autres aux XIXe et XXe siècles.

Mais dans cette constellation de zones humides, c’est le Petit Coquet, d’une superficie d’un hectare, non loin du Grand Albert, qui accueillerait la plus riche biodiversité. 

« Notre idée serait de transformer le Grand-Albert en un second Petit-Coquet, mais dix-sept fois plus grand, témoigne Jean-Baptiste Decotte. À cette échelle, le résultat serait aussi rare qu’exceptionnel, en termes d’exemple et d’apport local. »

L’étang du Petit-Coquet – Crédit: Jean-Baptiste Decotte / LPO AURA

Dans le détail, le projet de restauration implique d’intervenir sur trois zones distinctes : le Petit-Albert, quatre mares au nord-ouest de l’étang, où l’on rétablira un cours d’eau ; le Grand-Albert lui-même, dont la digue sera relevée ; le Haut-Albert, au sud-est, dont l’ouvrage de vidange, rénové, permettra de gérer les niveaux d’eau.

Enfin, d’autres petits travaux aboutiront à l’installation d’un îlot à castors, au centre de l’étang, et à l’approfondissement d’une queue, sorte de bras formé de déblais où pourront évoluer, en outre, trois espèces rares de libellules, les leucorrhines à gros thorax, à large queue et à front blanc.

Nénuphars dans l’étang du Petit-Coquet – Crédit : Jean-Baptiste Decotte – LPO AURA

Près de 150 espèces patrimoniales

Pour financer ce coûteux projet de restauration, évalué à 350 000 euros, la LPO a bénéficié du soutien de plusieurs fondations. Mais c’est l’enveloppe « biodiversité » du plan de relance qui est en réalité venue débloquer l’initiative.

« Le financement de l’État représente 60 % de notre budget, témoigne Jean-Baptiste Decotte. C’est grâce à lui que les travaux ont pu commencer. » 

Jusqu’en janvier, les opérateurs vont procéder à la vidange du Haut-Albert ; puis ce sera au tour du Petit-Albert jusqu’en février, et du Grand-Albert jusqu’à la fin du mois de mars.

Si tout se déroule sans accroc, l’étang sera restauré au printemps.

Entre les amphibiens, les reptiles, les chiroptères, les mammifères, les odonates et les oiseaux, la nouvelle vie du Grand-Albert pourrait bénéficier aux 148 espèces patrimoniales recensées au fil des ans dans la pléiade d’étangs du massif des Bonnevaux.

Salamandre – Crédit : Jean-Baptiste Decotte – LPO AURA

« Nous comptons y retrouver assez vite 78 espèces d’oiseaux comme le bruant des roseaux et la bécassine des marais, une quarantaine d’espèces de libellules, pas mal d’amphibiens et une dizaine de chauves-souris différentes, se réjouit le naturaliste de la LPO. À moyen terme, il serait même possible que le castor occupe les lieux. Tout cela, sans compter les plantes. »

De la Bièvre, au nord du département, à la métropole de Grenoble, depuis 2019, plus de 120 mares ont été créées ou restaurées en Isère par la LPO.

« L’année prochaine, nous indique Jean-Baptiste Decotte, notre association signera peut-être deux nouvelles ORE pour un étang et une prairie humide. C’est un outil vraiment intéressant pour les propriétaires de terrains et les communes qui souhaitent prémunir leurs territoires de certains aléas, tels que les changements de majorité. »

La LPO espère encore trouver 30 000 euros pour créer d’autres mares artificielles dans des secteurs où les zones humides naturelles ont totalement disparu. Pour atteindre ce nouvel objectif, un financement participatif en appelle à la générosité du public, bien plus sensible qu’auparavant aux milieux fragiles et à la biodiversité.  

10 décembre 2021 - Augustin Langlade
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