Dordogne : Le Conseil d’Etat annule un contournement autoroutier et sauve 120 espèces !

Le site est situé sur l’une des 14 réserves de biosphère classée par l’Unesco en France. Auraient été affectées de façon durable par ce projet quatre espèces de mammifères semi-aquatiques et terrestres, dix-neuf espèces de chiroptères, quatre-vingt douze espèces d’oiseaux, neuf espèces de reptiles et amphibiens, quatre espèces d’insectes et une espèce de poisson.
3 juillet 2020 - Sarah Roubato
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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Si vous voyagez en France cette année, vous serez peut-être tentés d’aller visiter quelques uns des 159 villages classés Plus Beaux Villages de France. Parmi eux, le village de Beynac-et-Cazenac en Dordogne vient d’échapper à un projet de plus de trente ans de contournement routier.

Plus de 120 espèces épargnées

Pour accéder à cette commune de 500 habitants située au bord de la Dordogne et sur l’axe très fréquenté Bergerac-Salat, vous devrez passer par l’autoroute 703 parmi les 10 000 véhicules journaliers. Devant cet engorgement, un projet de déviation pour passer sous la voie ferrée et les deux ponts, estimé à 32 millions d’euros. Un contournement de 3,2 km qui menaçait l’habitat de plus de 120 espèces et aurait défiguré le paysage d’une vallée où les châteaux sont nombreux.

En février 2018, le Département avait obtenu une autorisation préfectorale pour démarrer le chantier, qui a été interrompu par une première décision du Conseil d’État suivant le recours des opposants, décision confirmée par le Tribunal Administratif de Bordeaux.

C’est alors le Département qui porte sa cause devant le Conseil d’État, et qui voit son troisième recours rejeté, le 29 juin dernier. Il a été jugé que le projet ne répondait pas à une « raison impérative d’intérêt public majeur ». Car c’est toujours cette notion sujette à interprétation qui pose question dans tous les projets qui peuvent mettre le patrimoine vivant en danger.

Genette commune – Source

Le site est situé sur l’une des 14 réserves de biosphère classée par l’Unesco en France. Auraient été affectées de façon durable par ce projet quatre espèces de mammifères semi-aquatiques et terrestres, dix-neuf espèces de chiroptères, quatre-vingt douze espèces d’oiseaux, neuf espèces de reptiles et amphibiens, quatre espèces d’insectes et une espèce de poisson.

Parmi eux : la genette, l’écureuil roux, le hérisson d’Europe, la pipistrelle pygmée, la pie-grièche écorcheur, le circaète Jean le Blanc, le faucon émerillon, le milan royal, le lézard vert, la grenouille de Lessona, la grenouille agile, la cordulie splendide, ou le brochet.

Le faucon émerillon – Crédit : Clément Lambert

Les projets d’aménagement, révélateurs de jeux de pouvoir

Ici, c’est bien le Département qui était promoteur du projet, et c’est bien l’État qui a refusé au nom de l’environnement. Pour Germinal Peiro, président du département, cette décision va à l’encontre de la protection de l’environnement car la pollution va rester dans le village.

Un gâchis de 40 millions d’euros et « une accointance entre le lobby des châtelains fortunés et certaines personnalités du monde politique » à qui il reproche dans un communiqué de ne jamais s’être rendu sur place.

Les parties déjà construites du projet devront être démolies. Le Département a jusqu’au 1er janvier 2021 pour le faire, date difficilement atteignable selon Germinal Peiro. Dans un communiqué, le Conseil Départemental souligne bien plus la contradiction des systèmes juridiques et politiques que le bienfondé du projet.

On y mentionne la nécessaire continuité décisionnelle, le référendum de 1995 où 84% de la population votait pour le projet, les efforts faits, les autorisations par les élus, la longueur de la procédure, la nécessité de bien gérer l’argent public, mais pas les arguments écologiques ou de santé publique qui pourrait venir encourager un tel projet.

Le village de Beynac-et-Cazenac – Crédit : @lain G

Ces projets de déviations de routes, de constructions de centres d’achats et d’aéroports sur des sites naturels mêlent l’environnement et le politique, la santé publique et l’économie.

Ce n’est pas seulement une bataille entre les défenseurs de l’environnement et les promoteurs d’un développement qui en fait fi, c’est aussi souvent et avant tout, une question de légitimité de la décision et du contrôle d’un territoire.

On se souvient du projet de contournement autoroutier de Arles, ville très atteinte par la pollution, mais ce projet menaçait une zone unique en Europe : la dernière zone sèche du continent qui jouxte la Camargue. Le 1er juillet, le Secrétaire d’État auprès de la Ministre de la Transition écologique et solidaire a bien confirmé la poursuite des travaux. Une enquête d’utilité publique est annoncée pour 2021.

Dans ces contextes, où l’environnement est plus que jamais l’otage d’enjeux de pouvoir humains, l’humain devient aussi otage de ses propres folies, et n’a parfois à choisir qu’entre deux maux, le moins pire.

Crédit photo couverture : Niklas Weiss, un paon à Beynac-et-Cazenac, France

3 juillet 2020 - Sarah Roubato
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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