Fin janvier, le procès de 13 fabricants de pneus, dont le français Michelin, s’est ouvert à San Francisco. Ils sont accusés par des associations de pêcheurs d’avoir causé la mort d’espèces de saumon protégées. En cause, le 6PPD, un additif présent dans la composition des pneus et qui se retrouve dans l’environnement.
La pollution chimique des pneus
L’ONG Earthjustice avait déposé plainte en novembre 2023 devant le tribunal du district nord de Californie au nom de l’Institute for Fisheries Resources et de la Pacific Coast Federation of Fishermen’s Associations.
« Lorsque le 6PPD réagit avec l’ozone atmosphérique, il se transforme en 6PPD-quinone, la deuxième substance chimique la plus toxique jamais évaluée pour les espèces aquatiques, après le parathion, un agent de guerre chimique interdit dans le monde entier », explique l’ONG dans un communiqué. « L’exposition au 6PPD-quinone peut tuer le saumon coho en quelques heures. »
Sa toxicité a été démontrée, même à très faible dose, et ce dérivé du 6PPD est suspecté d’être à l’origine d’une mortalité importante des saumons de la côte ouest américaine, allant de l’Alaska à la Californie.
L’action en justice a pour ambition de contraindre Michelin, Goodyear, Bridgestone et 10 autres fabricants à modifier la composition de leurs pneus, qui met en péril 24 populations de salmonidés (saumons coho, chinook, truites arc-en-ciel…).
Le 6PPD-quinone pollue les cours d’eau, les sols et l’urine
« Les fabricants de pneus violent la loi sur les espèces menacées (Endangered Species Act) en continuant d’utiliser le 6PPD dans leurs pneus », indique Elizabeth Forsyth, avocate principale du programme de défense de la biodiversité d’Earthjustice.
« Ils savent depuis des années qu’ils doivent investir dans de nouvelles solutions, et pourtant, ils continuent de tuer des saumons en danger critique d’extinction et d’autres poissons protégés par cette loi. Il est temps que ces entreprises soient tenues responsables de l’impact dévastateur du 6PPD-quinone sur nos ressources halieutiques. »
Avec l’abrasion des pneus, le 6PPD-quinone se retrouve dans les eaux de ruissellement, les cours d’eau mais aussi les sols et même dans l’urine humaine.
Lors du procès qui a démarré le 26 janvier et qui a duré plusieurs jours, Edward Kolodziej, professeur à l’Université de Washington (Tacoma) qui a réalisé plusieurs travaux sur le 6PPD, a indiqué : « Un seul jeu de quatre pneus contient environ 118 grammes de 6PPD, soit le poids d’un steak de burger ».
Et si 1 % seulement se transforme en 6PPD-quinone, « cela peut donner plus d’un milliard de nanogrammes » du composé toxique, rapporte l’AFP. « Comme il ne faut que 100 nanogrammes pour tuer un poisson, le potentiel de toxicité d’un seul véhicule est suffisant pour tuer plus de 11 millions de saumons coho. »
La France n’est pas en reste concernant la pollution liée aux pneus. Le lac d’Annecy est gravement contaminé aux 6PPD et 6PPD-quinone, ainsi que l’ont révélé des analyses autour du lac d’Annecy, de l’association France Nature Environnement Haute-Savoie.
Selon les industriels, il n’existe pas à l’heure actuelle d’options aussi efficaces et opérationnelles à l’échelle industrielle que le 6PPD pour empêcher la dégradation trop rapide des pneus. Ils préconisent que des systèmes de filtration soient installés le long des réseaux routiers. L’issue du procès n’est pas encore connue.
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