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CNews définitivement condamné à 20 000 euros d’amende pour désinformation climatique

Si la somme peut sembler dérisoire pour CNews – qui appartient au milliardaire Vincent Bolloré – cette décision n’en est pas moins décisive, car elle fait jurisprudence contre la désinformation climatique.

Le Conseil d’État a pris la décision historique de sanctionner la chaîne d’information CNews pour la diffusion de propos climatosceptiques. Une première en France, qui pourrait ouvrir la voie à un traitement médiatique à la hauteur des enjeux environnementaux.

Le climatoscepticisme sur CNews

Tout commence le 8 août 2023. Autour du plateau de CNews, sont rassemblés journalistes et intervenants dans le cadre de l’émission Punchline d’été. Parmi les personnes présentes, l’économiste Philippe Herlin – soutien d’Eric Zemmour et climatosceptique avéré – s’emporte, sans qu’aucune forme de contradiction ne lui soit opposée :

« Le réchauffement climatique anthropique est un mensonge, une escroquerie. […] Nous expliquer que c’est à cause de l’Homme ça non, c’est de l’ordre du complot, et pourquoi cela a autant de poids ? Parce que cela justifie l’intervention de l’État dans notre vie. […] C’est une forme de totalitarisme. »

Si la chaîne est coutumière des sorties provocatrices ou fallacieuses, cette séquence – immédiatement déclarée à l’ARCOM – a initié un tournant majeur dans la sanction des propos climatosceptiques.

C’est l’association QuotaClimat qui en est à l’origine, pour dénoncer la “désinformation climatique” induite par l’économiste. Créée en 2022, l’association a pour vocation de dénoncer la faible place accordée à la crise écologique dans la sphère médiatique.

« On a trois leviers pour agir. On interpelle des médias pour les inciter à adopter les bonnes pratiques. On fait de la production de données, et on fait également du plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour proposer des mesures concrètes afin de mieux réguler la manière dont l’information environnementale est traitée dans l’espace informationnel », explique Eva Morel, cofondatrice et secrétaire générale de QuotaClimat, pour La Relève et La Peste.

France, 2024-11-15 Illustration, CNews, chaine de télévision privée d information en continu nationale française, l’animateur Pascal Praud a l’écran, Arcom, régulateur de la communication audiovisuelle et numérique. Photographie par Jean-Marc Barrere / Hans Lucas via AFP

Une cartographie de la désinformation climatique en France

En juillet 2024, CNews est condamnée à une amende de 20 000 euros. Une décision contre laquelle la chaîne a choisi de faire appel devant le Conseil d’État, en invoquant la liberté d’expression pour se défendre. Mais le 6 novembre 2025, le Conseil d’État a donné raison à l’ARCOM en validant la sanction contre la chaîne d’information.

Si la somme peut sembler dérisoire pour CNews – qui appartient au milliardaire Vincent Bolloré – cette décision n’en est pas moins décisive, car elle fait jurisprudence contre la désinformation climatique.

« C’est une première étape, et je suis confiante qu’elle puisse en entraîner d’autres », confie Eva Morel à la Relève et la Peste.

Ce précédent établi par le Conseil d’État est d’autant plus indispensable au regard du dernier rapport de QuotaClimat, réalisé conjointement avec les associations Data for Good et Science Feedback.

Entre janvier et août 2025, le rapport fait office de 529 cas de mésinformation climatique – caractérisés par l’absence d’intention manifeste de nuire de la part du locuteur – dans les médias audiovisuels français. Ce sont également 19 narratifs de désinformation récurrents qui ont été observés – il s’agit là de discours volontairement faux ou trompeurs.

Dans plus de 90 % des cas, ce sont les solutions de la transition qui sont attaquées : les énergies renouvelables, les solutions de mobilité bas carbone, ou encore le rôle de la France dans l’action internationale. Ce sont donc des discours qui cherchent à semer le doute sur la faisabilité, la légitimité ou le coût social des politiques climatiques.

CNews, symptôme d’un paysage médiatique fragilisé

Dans cette cartographie, CNews occupe une place à part. La chaîne concentre 150 cas de mésinformation sur les 529 relevés en France, se hissant parmi les quatre principaux vecteurs de désinformation climatique dans le paysage audiovisuel français, aux côtés de Sud Radio, Europe 1 et RMC.

D’après le rapport, un cas est détecté toutes les heures d’antenne consacrée au climat sur la chaîne d’information de Vincent Bolloré, alors même que la chaîne consacre moins de 2 % de son temps d’antenne au changement climatique.

Le problème dépasse pourtant le cas d’une seule chaîne : le rapport souligne la fragilisation du journalisme, l’indépendance éditoriale mise à mal, le manque de pluralisme, et l’absence d’expertise climatique dans les rédactions comme autant de facteurs structurels qui laissent le champ libre aux discours trompeurs.

Sur la période étudiée, les enjeux environnementaux restent cantonnés à la marge de l’agenda médiatique, alors même que la désinformation gagne du terrain. Cette combinaison rend les publics particulièrement vulnérables, dans un moment où l’accès à une information climatique fiable devrait être considéré comme un droit fondamental.

Un précédent pour une information climatique fiable

C’est là que la décision du Conseil d’État prend toute sa portée. Pour la première fois, la plus haute juridiction administrative considère que des propos climatosceptiques relèvent non pas d’une simple opinion, mais bien de fausses informations contraires à l’état des connaissances scientifiques, et qu’ils peuvent justifier une sanction.

Cette jurisprudence tombe au moment où QuotaClimat et plusieurs ONG défendent une proposition de loi visant à garantir un droit à l’information environnementale fiable, soutenue par près de cent députés.

« Il y a 7 articles dans cette proposition de loi, qui permettent notamment de renforcer les compétences de l’ARCOM en matière de protection de l’information environnementale et de l’accès des citoyens à cette information. On propose aussi de travailler sur les questions de publicité, de déontologie, de production de données. Et au niveau européen, on voudrait faire reconnaître le rôle de la production d’information environnementale comme devoir des médias d’intérêt public », précise Eva Morel pour La Relève et La Peste.

Loin d’être un simple rappel à l’ordre pour CNews, la décision du Conseil d’État dessine donc l’horizon d’un espace médiatique où les enjeux environnementaux seraient enfin traités à la hauteur de l’urgence climatique.

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Louis Laratte

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