L’association « Dose Of Nature », à Londres, expérimente depuis 2020 des traitements originaux, pourtant évidents : du temps au contact de la nature. Le projet aide des centaines de personnes en leur offrant une véritable alternative aux traitements traditionnels.
Les bienfaits du contact avec la nature sur la santé mentale
Alison Greenwood, la fondatrice de l’association, a monté ce programme pour s’adresser à toute personne souffrant de troubles mentaux, mais aussi à celles souhaitant se reconnecter à la nature pour améliorer leur santé psychique.
Entre programmes de groupe et ateliers, Dose of Nature a déjà proposé 1 500 séances individuelles, affichant un taux de 64 % de guérison contre 50 % pour les thérapies par la parole, plus traditionnelles. Ce sont les médecins généralistes qui délivrent l’ordonnance avant de diriger leurs patients vers l’association.
Derrière cette méthode se trouve l’idée que la majorité de l’histoire de l’humanité s’est déroulée en extérieur. Aujourd’hui, nous sommes des animaux passant la moitié de notre vie enfermés et, dès que nous sortons, nous retrouvons notre liberté.
Une méthode en deux axes principaux
Le premier axe de cette méthode est d’inciter les gens à sortir dans des espaces verts, que ce soit un jardin public ou une forêt ; l’autre consiste à observer la nature. Cela aurait pour effet de diminuer l’activité du système nerveux sympathique (fuite/combat) et d’augmenter celle du parasympathique (relaxation/bien-être).
Pendant huit semaines, les personnes concernées par le programme rencontrent leur guide, souvent des bénévoles ayant participé au programme et qui en sont sortis convaincus. Comme Tom Krumins, diagnostiqué bipolaire, qui n’a plus connu d’épisodes maniaques depuis trois ans.
Les participants ont aussi la possibilité de se lier avec d’autres bénéficiaires afin d’organiser des sorties dans la nature. Ces projets proposent encore de l’écriture créative en pleine nature, des activités artistiques, du tricot, de simples échanges, mais aussi du mouvement conscient, du tennis, des promenades du soir ou des sorties ornithologiques.
Ils ne sont pas présentés comme une thérapie, ni leurs guides comme des thérapeutes mais plutôt comme des espaces de reconnexion auprès de personnes empathiques ayant reçu une formation spécifique pour accompagner des individus dans l’amélioration de leur psyché.
Ils sont ouverts à tous, mais s’adressent surtout aux personnes souffrant de stress, d’anxiété, de troubles du sommeil, de TOC, de TDAH, ou ayant vécu un traumatisme, etc.
Une initiative fondée sur des études scientifiques
Dans les années 1980, le chercheur américain Roger Ulrich a mené l’une des premières études scientifiques sur ce sujet. Il a comparé les dossiers de 23 paires de patients en post-opératoire : une moitié était placée dans une chambre avec une fenêtre donnant sur des arbres, l’autre dans une chambre avec une fenêtre donnant sur un mur de briques.
Les patients ayant vue sur la nature ont passé moins de temps à l’hôpital et consommé moins d’analgésiques que ceux avec vue sur le mur. Cette étude a confirmé que les environnements naturels permettent une meilleure récupération après un stress, tandis que les environnements urbains, dénués de végétation, ralentissent voire entravent ce processus.
Des études ont été menées pour analyser les bienfaits de la nature sur la santé humaine. Les progrès en neurosciences ont permis l’utilisation de l’IRM et de l’EEG pour étudier l’activité cérébrale, notamment les ondes alpha, indicateurs de relaxation profonde. Certains scientifiques se sont intéressés aux cellules NK (Natural Killer), présentes dans notre sang et composant une partie de notre système immunitaire. Ces cellules attaquent celles infectées par un virus et semblent se multiplier après un séjour au contact de la nature.
Le Dr Qing Li et son équipe de l’École de médecine Nippon de Tokyo ont mené plusieurs expériences sur les effets des phytoncides. Dans une première expérience, ils ont incubé des cellules NK avec des phytoncides pendant 5 à 7 jours et ont constaté une augmentation de leur activité ainsi que de la présence de protéines anticancéreuses.
En 1984, le biologiste américain E. O. Wilson théorise le concept de « biophilie » (en grec : amour de la vie et du monde vivant). Il part du postulat que, ayant évolué dans la nature, nous avons un besoin biologique d’être en lien avec elle : cela serait inscrit dans notre ADN. La nature a contribué à notre survie et continue de le faire.
Ce concept affirme également que nous éprouvons une peur ou un dégoût inné pour certains phénomènes naturels potentiellement dangereux. Par exemple, nous détectons plus rapidement un serpent, et l’odeur de viande en décomposition déclenche un réflexe nauséeux.
Nous sommes la nature qui souffre
En 1989, les Kaplan théorisent la restauration de l’attention. Celle-ci propose que l’être humain possède deux types d’attention : dirigée (volontaire) et involontaire. La première exige un effort soutenu qui, prolongé, peut entraîner une fatigue émotionnelle et mentale. L’attention involontaire, sans effort, restaurerait notre attention dirigée : ils l’appellent « la fascination douce ».
Par exemple, s’évader dans la nature permettrait de prendre du recul sur les activités et pensées routinières. Certains aspects de la nature, comme les motifs dans la neige ou les vagues sur l’eau, induisent cette fascination douce.
Le physicien spécialiste des nanoparticules Richard Taylor a mené des expériences pour mesurer la réponse physiologique de l’être humain à la visualisation d’images à géométrie fractale. Elles ont démontré qu’il a une attirance particulière pour ce qui images présente une dimension fractale, caractéristique des phénomènes naturels (flocons de neige, feuilles, branches d’arbres, etc.).
Nous connaissons aujourd’hui les bienfaits du soleil qui réchauffe notre peau et augmente la sérotonine, ainsi que ceux des sons de la nature qui réduisent le taux de cortisol et augmentent la variabilité de la fréquence cardiaque chez les individus stressés. Des études psychologiques utilisant le chant des oiseaux ont montré, à chaque fois, une nette amélioration de l’humeur et de la vigilance mentale.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’une personne sur six dans le monde souffre d’un ou plusieurs troubles mentaux. Face à aux dommages qu’ils provoquent et aux preuves répétées des bienfaits de la nature sur notre système nerveux, de nombreux pays multiplient les initiatives en ce sens.
En 1982, le Japon a introduit le « shinrin yoku » ou « bain de forêt ». Aux États-Unis, la « prescription nature » se développe de plus en plus : de nombreux médecins orientent leurs patients vers des espaces naturels pour traiter des maladies comme le diabète, l’obésité, la dépression ou l’anxiété. L’Australie a également lancé l’initiative « des parcs sains pour une population en bonne santé », devenue un mouvement mondial. En France, le concept émerge peu à peu, mais n’est pas encore répandu sur tout le territoire.
Ce sont là quelques exemples parmi tant d’autres mais ils sont suffisamment éloquents pour que l’on cesse d’ignorer notre origine et notre besoin vital de nous reconnecter à nos racines.
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