L’Agglomération de La Rochelle et l’État se sont donnés pour mission de rouvrir et de protéger le captage d’eau potable Les Mortiers à Clavette (Charente-Maritime), fermé depuis janvier 2021. Une feuille de route, adoptée en décembre, prévoit d’interdire tout type de pesticides dans un périmètre de 150 hectares d’ici début 2027.
Ce captage a fait l’objet d’une pollution à un herbicide en décembre 2020, dont la cause n’a pas été déterminée.
« Le chlortoluron qui a été déversé à proximité du captage, sans doute de façon accidentelle, s’est retrouvé dans le captage à des doses largement supérieures à ce qui est acceptable en termes de qualité, mais sans jamais atteindre les doses interdites en termes de distribution. La décision a néanmoins été prise de le fermer préventivement », explique Guillaume Krabal, vice-président de la Communauté d’Agglomération de La Rochelle, chargé de l’eau potable, pour La Relève et La Peste.
Un captage où l’eau est filtrée naturellement
L’Agglomération de la Rochelle, qui n’est propriétaire de ce captage que depuis 2021, a fait le choix d’œuvrer à sa réouverture, en garantissant les conditions de sécurité adéquates.
« Le captage Les Mortiers est intéressant car le sol y fait office de filtre naturel de l’eau », détaille le vice-président. « Le fait de ne pas l’abandonner est un signal fort pour montrer que l’on souhaite préserver la production d’eau potable à travers des nappes naturelles. »
Un tiers de l’eau consommé par les habitants de l’Agglomération de la Rochelle provient de ce type de captages souterrains grâce auxquels l’eau n’a pas besoin d’être traitée. Les deux tiers restants viennent du fleuve Charente. L’eau est alors rendue potable grâce à divers procédés technologiques coûteux au sein de l’usine de production d’eau de Coulonge-sur-Charente.
« Les captages souterrains permettent d’avoir une eau saine et à faible coût, avec peu de frais d’acheminement car ces sources se situent aux portes de la Rochelle », indique Guillaume Krabal. « Néanmoins, la qualité de l’eau se dégrade du fait des pesticides et il est donc essentiel de sanctuariser ces sources. »
Le programme Re-Sources, mis en place en 2009 par la région Nouvelle-Aquitaine, a permis d’accompagner des changements de pratique au niveau des captages de l’Agglomération, en encourageant notamment la réduction de l’utilisation de fertilisants et de pesticides.
Mais « cet accompagnement incitatif, mais non obligatoire, a des limites. C’est l’interdiction purement et simplement de l’utilisation des pesticides sur une partie des captages qui permettra de garantir la qualité de l’eau », considère le vice-président de l’Agglomération. « Il faut passer à l’étape réglementaire : c’est ce que nous souhaitons faire avec le captage Les Mortiers. »
Le captage des Mortiers se situe en amont d’une autre aire de captage, celle de Varaize, considérée comme prioritaire. Le fait de protéger ce captage va contribuer plus largement à protéger ce deuxième captage.

Captage des Mortiers
Réouverture prévue en 2027
Au total, 900 hectares et une trentaine d’exploitants sont concernés, principalement de la grande culture, avec très peu d’élevage. Un périmètre de protection renforcée de 150 hectares, au sein duquel aura lieu une interdiction stricte d’utiliser tout pesticide (de synthèse ou organique), a été défini.
Un périmètre de protection éloigné de 750 hectares a également été déterminé, dans lequel il est conseillé de ne pas utiliser de pesticides de synthèse. Une agriculture biologique avec un apport de pesticides naturels reste possible.
« Fin 2026 ou début 2027, le préfet signera, dans le cadre d’une déclaration d’utilité publique, un arrêté pour interdire formellement l’utilisation de tout type de pesticides au sein du périmètre de 150 hectares », poursuit Guillaume Krabal, qui précise l’implication des services de l’État – la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) et l’agence régionale de santé (ARS) – dans ces démarches.
« Je pense qu’on réouvrira le captage des Mortiers en 2027 afin de garantir qu’il n’y ait pas de nouvelle pollution accidentelle. »
Une commission d’indemnisation des agriculteurs se réunira dans le courant de l’année pour déterminer le montant des indemnités versées par l’Agglomération aux exploitants concernés.
Pour le second périmètre de 750 hectares, un dispositif de zones soumises à contraintes environnementales (ZSCE), visant à accompagner le changement de pratique pendant trois à quatre ans, va être mis en place, avant d’opérer une restriction réglementaire visant à interdire les pesticides – de synthèse uniquement – d’ici 2030-2031.
L’ensemble des agriculteurs concernés par ces deux périmètres pourront bénéficier de paiements pour services environnementaux (PSE) et percevoir ainsi une aide (d’un montant non encore défini) en échange des efforts fournis pour réduire l’usage des pesticides.
Des animateurs de l’Agglomération ont pour rôle de les accompagner au quotidien grâce à un budget de 1,2 million d’euros (1 million d’euro par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et 200 000 euros par l’Agglomération).
Réfléchir à de nouveaux débouchés
« L’objectif n’est pas de subventionner ad vitam aeternam les agriculteurs, mais de travailler avec eux pour trouver de nouveaux débouchés dégageant des revenus suffisants pour qu’ils puissent vivre de leur production, en adéquation avec la protection des captages et de l’eau potable », insiste Guillaume Krabal.
L’Agglomération de La Rochelle s’inspire ainsi de ce qui est fait dans le bassin Rennais avec le label Terres de sources, qui offre aux agriculteurs protégeant l’eau la garantie de nouveaux débouchés, en particulier dans la restauration collective.
« Cela sous-entend un retour à une agriculture un peu plus traditionnelle et nourricière, plutôt qu’une agriculture qui exporte », note le vice-président.
« Au sein de l’Agglomération de la Rochelle, nous avons des réseaux de chaleur publiques alimentés par des chaudières au bois, importés d’autres régions de France. L’idée serait de cultiver, à proximité de la Rochelle, un bois combustible type Miscanthus, qui a un très fort pouvoir calorifique, pour alimenter ce réseau. », ajoute-il.
« Nous avons déjà commencé à accompagner un agriculteur sur l’achat de matériel spécifique pour la culture de Miscanthus que l’on va tester sur deux à trois hectares. »
L’Agglomération de La Rochelle réfléchit déjà à déployer ces changements de pratique ailleurs, tout en les adaptant aux spécificités de chaque captage.
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