Au cœur d’un mouvement social en pleine ébullition, la question de la répression étatique et d’une violence disproportionnée des forces de l’ordre agite les débats. Une pétition hébergée sur la plateforme officielle de l'Assemblée nationale dépasse les 140 000 signatures.
Des manifestants sous la menace des armes
On ne compte plus les pancartes lors des manifestations, brandie par des adultes — parents ou professeurs — qui semblent supplier « Protégez nos enfants ! ». Lancée début octobre par Raphaël Pradeau — enseignant et porte-parole de l’association Attac —, une pétition citoyenne dénonce le surarmement des forces de l’ordre.
Le texte dresse un réquisitoire contre des pratiques qui « transforment des temps d’expression démocratique en zones de danger physique extrêmes ». Son auteur rappelle d’ailleurs une nécessité historique impérieuse : « Nous ne pouvons pas attendre que de nouveaux drames se produisent et qu’un ou une jeune décède comme ce fut le cas pour Malik Oussekine ».
Cet avertissement résonne douloureusement alors que de récents drames — mains arrachées, double fracture de la mâchoire, yeux éborgnés — ont mis en lumière la brutalité de la doctrine sécuritaire actuelle.
Le texte met en cause directement le Ministre de l’Intérieur : « Laurent Nunez assume ne donner « aucune consigne de retenue et aucune consigne de ne pas utiliser tout l’armement intermédiaire à disposition ». Nous demandons aux parlementaires de voter une loi qui interdise l’utilisation de techniques et d’armes totalement inappropriées dans des manifestations de lycéens. »
Les demandes de la pétition
Le texte réclame l’interdiction stricte de l’utilisation :
- Des lanceurs de balles de défense (LBD 40) ;
- Des grenades explosives, d’assourdissement et de désencerclement (à l’image des tristement célèbres GLI-F4, GM2L ou équivalents) ;
- Des pistolets à impulsion électrique (Taser).
Au-delà des armes, la pétition cible également des techniques d’immobilisation physiques jugées traumatisantes et potentiellement létales : le plaquage ventral (maintien au sol entraînant une compression thoracique), les clés d’étranglement normalement interdites, ainsi que le pliage corporel (compression violente du buste vers les genoux).
Violences policières : un savoir faire français
Cette interpellation citoyenne fait écho aux multiples rappels à l’ordre adressés à la France par les plus hautes institutions internationales. L’ONU, par la voix de son Haut-Commissariat aux droits de l’homme, a dénoncé un « usage excessif et disproportionné de la force » et réclamé l’interdiction des armes mutilantes lors des rassemblements pacifiques.
Même constat du côté du Conseil de l’Europe, dont la Commissaire aux droits de l’homme appelait récemment la France à revoir ses méthodes, rappelant que des violences sporadiques ne sauraient justifier des ripostes disproportionnées de l’État.
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) alerte de son côté sans relâche sur la dangerosité de ces équipements et réclame la fin de techniques d’interpellation bannies chez nombre de nos voisins européens. Dénonçant « une dérive globale par rapport à l’État de droit », elle a mis en ligne une plate-forme pour recenser les violences policières qui recueille une centaine de signalements.
Un débat démocratique vital
Comme le prévoit la procédure, le seuil des 100 000 signatures permet à la pétition de passer de la plateforme au site du Palais-Bourbon, lui donnant ainsi plus de visibilité, espérant mettre la pression sur les législateurs. 500 000 signatures conduiraient à un débat en séance publique au sein de l’hémicycle.
La force d’un État ne se mesure pas à sa capacité à mutiler sa population, mais à celle de garantir ses libertés fondamentales sans mettre les vies en péril. « Il est urgent de protéger nos enfants, nos élèves et leur droit à manifester et à exprimer leurs revendications », conclut la pétition.