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L’ONG Canopée a bloqué l’usine de Sylvamo, qui continue les coupes rases sans respect des espèces protégées

« Nous avons tenté le dialogue pendant des mois, sans résultat », constate pourtant Bruno Doucet. « Nous déplorons cette situation qui ne fait qu’accentuer les tensions avec les riverains. Nous appelons l’entreprise à respecter la loi, et l’État à la faire appliquer. » 

Jeudi 15 octobre, l’association Canopée et des habitants du Limousin ont bloqué l’entrée de l’usine de pâte à papier Sylvamo, à Saillat-sur-Vienne (Haute-Vienne), avec des blocs en béton.

Une vingtaine d’activistes étaient présents pour empêcher les camions de livrer leur cargaison de bois : enchaînés sur la voie d’accès destinée aux grumiers à l’aide de blocs de béton de plus de 80 kg, ou faisant directement face aux véhicules.

L’objectif ? Faire pression sur les dirigeants de l’entreprise papetière américaine pour obtenir un rendez-vous et des engagements.

« Au bout de 4 heures de blocage, il y avait 45 camions qui étaient bloqués, plus toute la circulation de la ville », raconte Bruno Doucet, chargé de campagne de Canopée à La Relève et La Peste. « Les chauffeurs se sont énervés, parce que ça leur fait perdre leur journée de travail. Cette tension a obligé Sylvamo à bouger et à ne pas faire l’autruche : on est partis avec la promesse de Sylvamo de faire une rencontre physique la semaine prochaine ». 

Des destructions d’espèces protégées. 

L’association Canopée n’en est pas à son premier échange avec Sylvamo. Ces derniers mois, Canopée a alerté l’entreprise à plusieurs reprises sur le risque de destruction de gîtes d’espèces protégées lors de chantiers forestiers menés par sa filiale d’exploitation, « le Comptoir des Bois de Brive », ou ses fournisseurs.

En 2025, l’association avait temporairement bloqué une coupe rase en Creuse destinée à fournir du bois pour Sylvamo.

« Ils ne réalisaient pas la coupe mais avaient acheté le bois », explique Bruno Doucet. « On les avait prévenus en leur disant qu’il y avait 13 espèces de chauves-souris. Eux n’ont pas voulu répondre. » 

Bruno Doucet, devant l’abatteuse bloquée, le 19 mai 2025

En juillet 2026, Canopée tente à nouveau de bloquer une coupe rase sur la commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois, dans la Creuse. Selon deux naturalistes, la parcelle abrite des barbastelles d’Europe qui, comme toutes les chauves-souris, sont protégées en France. Malgré les alertes, la parcelle est rasée, cette fois directement par la filiale de Sylvamo.

Devant l’usine de Saillat-sur-Vienne, Canopée entendait rappeler cette destruction aux dirigeants de Sylvamo : devant les militants et les blocs de béton, ils avaient disposé des portions de tronc.

 « On a rapporté au site sur place l’arbre-gîte de Barbastelle, qui a été abattu récemment par Sylvamo », explique Bruno Doucet.

L’arbre-gîte de Barbastelle devant les militants de Canopée

« Canopée réclame l’application de la loi » 

Malgré ces alertes et ces actions, l’association Canopée et les militants locaux regrettent que ni l’État, ni Sylvamo ne prennent de mesures pour éviter les destructions d’espèces protégées.

L’entreprise Sylvamo affiche pourtant ses ambitions environnementales : «  L’avenir de la filière papetière nécessite l’engagement de l’entreprise en faveur de l’ensemble de l’écosystème. Notre raison d’être est de produire le papier dont le monde a besoin de la manière la plus responsable et la plus durable possible », peut-on lire sur son site internet. 

« Nous avons tenté le dialogue pendant des mois, sans résultat », constate pourtant Bruno Doucet. « Nous déplorons cette situation qui ne fait qu’accentuer les tensions avec les riverains. Nous appelons l’entreprise à respecter la loi, et l’État à la faire appliquer. » 

Canopée et les militants demandent à ce que Sylvamo et ses fournisseurs identifient et préviennent les risques d’atteintes à ces espèces et à leurs habitats, que l’entreprise publie sur son site internet l’origine du bois acheté, en précisant les communes et les références cadastrales des parcelles dont il provient.

L’association demande également que le gouvernement donne aux préfets et à l’OFB des instructions claires pour faire respecter la réglementation relative aux espèces protégées et à leurs habitats lors des travaux forestiers.

« L’atteinte aux espèces protégées est un délit passible de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 € d’amende par l’article 415-3 du code de l’environnement,  » rappelle l’association.

Cette dernière a déposé le 8 octobre 2026 une plainte auprès de la Procureure de la République du tribunal judiciaire de Guéret et au pôle régional spécialisé en matière d’atteintes à l’environnement du tribunal judiciaire de Limoges.

En attendant le résultat de ces actions en justice, Canopée espère que sa rencontre avec les dirigeants de l’usine de Saillat-sur-Vienne débouche sur des engagements en faveur d’un plan de sortie des coupes rases et sur la transparence de l’approvisionnement en bois.

Eloi Boye

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