Les éleveurs français sont prêts à abandonner les cages, à condition que l’Europe accompagne la transition.
Sortir les animaux des cages
Selon un sondage Savanta réalisé en mars 2026 pour CIWF – ONG de protection des animaux d’élevage – auprès de 200 éleveurs en France, Italie, Espagne et Pologne, 88 % des éleveurs français interrogés soutiennent un élevage sans cage dans l’Union européenne.
À deux conditions : des aides publiques suffisantes, et une protection contre les produits issus d’élevages en cage hors d’Europe.
Le calendrier européen s’accélère. Après l’initiative citoyenne « End the Cage Age », soutenue par plus de 1,4 million de personnes, la Commission européenne doit présenter à l’automne ses propositions sur les poules pondeuses, puis au deuxième trimestre 2027 celles concernant les truies.
En France, 34 % des éleveurs interrogés citent l’incertitude réglementaire européenne comme leur principal frein.
« Aujourd’hui, tout est prêt pour sortir des cages : les bâtiments, les souches, les éleveurs et les consommateurs. Il ne manque plus qu’une décision claire de l’Europe et le soutien de la France », estime Noémie Le Heurte, éleveuse à Carquefou, en Loire-Atlantique.
143 éleveurs concentrent 12 millions de poules
La France a déjà largement amorcé la transition. Le CNPO, l’interprofession française de l’œuf, s’est engagé à ce que 90 % des poules pondeuses soient élevées hors cage d’ici 2030. Mais le dernier kilomètre est loin d’être anodin. Sur près de 3 000 éleveurs de poules pondeuses, seuls 143 utilisent encore des cages.
Ils détiennent pourtant environ 12 millions des 51 millions de poules françaises. Par ailleurs, le hors-cage ne serait pas forcément moins rentable. « L’élevage en cage est associé à un taux de mortalité assez important », souligne Laetitia Dinault, responsable communication et média chez CIWF France.
Selon elle, le blocage se concentre notamment dans les structures les plus importantes. « Ce sont les grandes exploitations qui bloquent, et sont les plus réfractaires aux changements », explique-t-elle à La Relève et la Peste.
Le débat dépasse pourtant le seul bien-être animal. Pour les producteurs déjà engagés, sortir des cages représente aussi un enjeu de compétitivité. Sans règles communes, ils risquent d’affronter des produits importés soumis à des standards plus faibles.
Des cartes postales sur les bureaux des ministres
« C’est une question de bon sens économique autant que de bien-être animal », résume Laetitia Dinault. Elle plaide notamment pour des « mesures miroirs », afin d’imposer aux importations des exigences comparables à celles appliquées en Europe.
CIWF veut désormais faire pression sur Paris. Dès le 21 septembre, le Premier ministre et quatre membres du gouvernement ont reçu des centaines de cartes postales portant des témoignages d’éleveurs. Cet été, l’association avait déjà envoyé une carte personnelle aux 925 députés et sénateurs français.
« Les éleveurs français sortent déjà des cages ou sont prêts à le faire. Ce qu’ils demandent, c’est un calendrier clair, des règles du jeu équitables et des garanties face aux importations à bas coût », résume Yvan Savy, directeur de CIWF France.
L’objectif est clair : pousser la France à défendre à Bruxelles un calendrier précis de sortie des cages, accompagné d’aides financières et de garde-fous commerciaux. Pour les éleveurs qui ont déjà investi, il s’agit désormais de ne pas payer le prix de leur avance.
S’informer avec des médias indépendants et libres est une garantie nécessaire à une société démocratique. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.