La nuit, l’obscurité devient un espace essentiel pour de nombreuses espèces qui s’y déplacent, chassent et se reproduisent. Mais l’éclairage artificiel peut perturber ces rythmes et fragmenter leurs habitats. À Aix-en-Provence, la municipalité expérimente la « trame noire » : un réseau de secteurs préservés de la lumière pour favoriser les déplacements de la biodiversité nocturne.
Créer des passages dans l’obscurité
Chez les espèces nocturnes, la pollution lumineuse peut modifier les zones de chasse et compliquer les déplacements entre différents habitats, et ainsi créer des coupures dans leurs milieux de vie. Certains insectes sont attirés par les lampadaires, tandis que certaines chauves-souris évitent les secteurs éclairés.
À Aix-en-Provence, la Torse et l’Arc constituent deux axes importants pour ces déplacements. Certains points d’éclairage y ont été identifiés comme des zones de conflit entre biodiversité et usages humains, « à partir du diagnostic réalisé par le CEREMA – Centre d’Études et d’Expertise sur les Risques, l’Environnement, la Mobilité et l’Aménagement – et complété par des observations de terrain » explique la Ville d’Aix-en-Provence pour La Relève et La Peste.
Pour limiter ces effets, la ville met en place une « trame noire », un réseau d’espaces où l’éclairage est réduit ou supprimé afin de préserver les déplacements de la faune nocturne. Ces interventions ciblent en priorité les endroits où l’éclairage affecte les cours d’eau et les continuités écologiques, tout en tenant compte de la fréquentation des espaces publics.

Ici, éclairage sur détection de mouvement – Crédit : Aix-en-Provence
Moins de lumière, mais mieux ciblée
« L’objectif n’est pas de supprimer l’éclairage, mais de mieux éclairer : au bon endroit, au bon moment et avec la juste intensité » résume la municipalité.
Selon les sites, la ville adapte leur fonctionnement : extinction nocturne, détection de mouvement, baisse d’intensité, LED à teinte chaude ou orientation des faisceaux pour limiter leur impact sur la biodiversité.
Le projet a débuté en 2024 et une première série de travaux a été réalisée en 2025. Après cette première phase, la Ville avance progressivement : « environ sept nouveaux sites sont aujourd’hui envisagés le long de l’Arc, notamment en direction du secteur des Milles ».
L’expérimentation doit aussi tenir compte des usages des habitants. Sur l’un des sites aménagés, un sentiment d’insécurité a été signalé après la modification de l’éclairage. La Ville prévoit donc d’ajouter « des points lumineux rasants pour mieux jalonner les déplacements, sans réintroduire un éclairage général plus important ».

Le Minioptère de Schreibers est présent dans la Ville
Des effets encore à mesurer
Pour évaluer les effets de ces changements, les chercheurs s’appuient sur un protocole de suivi permettant de mesurer l’évolution de la biodiversité nocturne. « Nous disposons d’un état initial réalisé avant les travaux et nous reproduisons les mêmes observations après les aménagements », précise la municipalité.
Au total, 17 espèces de chauves-souris ont été détectées le long de la Torse. Sur certains secteurs, la présence du Murin de Daubenton, particulièrement sensible à l’éclairage artificiel, constitue un signal encourageant.
Mais « il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives », tempère la Ville. Le suivi biologique est complété par des mesures du CEREMA sur l’intensité et la diffusion de la lumière avant et après les travaux.
Les chauves-souris constituent ici un point d’observation privilégié pour mesurer les effets de l’éclairage artificiel. Mais la démarche vise plus largement à préserver les écosystèmes nocturnes : « elles sont de très bons indicateurs de l’impact de la lumière artificielle, mais c’est l’ensemble de la biodiversité qui bénéficie de cette démarche » souligne la municipalité.
« C’est un équilibre entre protection de la nature, sécurité et qualité de vie que nous voulons construire ». À terme, Aix-en-Provence souhaite intégrer davantage la question de la pollution lumineuse dans ses projets d’éclairage.
L’ambition : conserver la lumière nécessaire aux usages humains tout en laissant davantage de place à l’obscurité près des cours d’eau et des espaces naturels.
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