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Bali se révolte contre le « parasitisme économique » : elle bannit les investissements étrangers de 18 secteurs d’activités

Depuis la troisième semaine de mai 2026, l'accès au système de licences en ligne est fermé dans tout Bali. Un coup de massue sans précédent pour tous les investisseurs étrangers qui voient “l’île des Dieux” comme un eldorado où se faire de l’argent facile.

L'île des Dieux reprend le contrôle. Face à l'explosion du coût de la vie, à la gentrification agressive et à l'accaparement de son économie par des capitaux étrangers, l’autorité balinaise a décidé de prendre des mesures radicales. L’écart de classe se creuse entre les étrangers et les indonésiens et les discriminations deviennent quotidiennes. Bali dit stop à un modèle de « terrain de jeu tropical » devenu intenable.

Une fraude massive

En janvier 2026, les résultats d’une évaluation de grande ampleur menée par les autorités Balinaises concernant la conformité des licences d’entreprises étrangères a officialisé l’existence d’une fraude dont beaucoup avait entendu parler. Pendant des années, des investisseurs étrangers ont contourné les lois sur l’investissement étranger en Indonésie en exploitant leurs failles.

En s’enregistrant via de simples « bureaux virtuels », ces opérateurs contournent l’obligation légale d’un investissement minimum de 10 milliards de roupies (soit environ 480 000 € à 500 000 €, ou 556 000 USD) exigée pour les sociétés à capital étranger. Ils obtenaient ainsi leurs licences automatiquement, avec très peu de frais d’enregistrement réels, illégalement.

Cette fraude massive a étouffé les entreprises locales balinaises, qui constituent la colonne vertébrale de l’économie de l’île. Le gouverneur I Wayan Koster avait déjà alerté en 2025 que plus de 400 entreprises de location de voitures et d’agences de voyage étaient ainsi détenues par des étrangers sans aucune structure physique réelle, rien que dans le district du Badung.

« Cette situation peut entraîner une concurrence déloyale et exercer une pression importante sur les entreprises locales, en particulier les PME », a-t-il déclaré.

En conséquence, le gouvernement a suspendu et banni l’enregistrement de nouvelles licences pour les sociétés étrangères dans travers 18 catégories d’activités hyper prisées incluant : les hôtels et hébergements touristiques, la location immobilière et celle de véhicules, le commerce de détail, les salles de fitness, les cafés, la vente au détail de textiles, celle de produits alimentaires et agricoles.

Depuis la troisième semaine de mai 2026, l’accès au système de licences en ligne est fermé dans tout Bali. Un coup de massue sans précédent pour tous les investisseurs étrangers qui voient “l’île des Dieux” comme un eldorado où se faire de l’argent facile.

Bar de plage à touristes, Seminyak La Plancha, Bali

Luttes des classes et scandale d’Entourage Bali

Au-delà de la fraude administrative, c’est le climat social et la création d’une véritable économie en vase clos qui a mis le feu aux poudres. La dynamique en place dessine un système totalement déconnecté de la réalité locale.

Les “expats”, comme ils se nomment eux-mêmes, achètent la terre, construisent des villas, ouvrent des cafés et n’emploient parfois exclusivement que d’autres étrangers. La population locale récolte l’inflation, l’assèchement des nappes phréatiques et le déplacement de ses communautés.

Ce clivage s’apparente à un classisme structurel où les résidents occidentaux profitent d’un écart massif de niveau de vie pour imposer une séparation entre eux et les natifs. Une forme de néo-colonisation.

La tension est montée d’un cran récemment avec l’expulsion de deux ressortissants néerlandais qui dirigeaient le collectif “Entourage Bali”, organisateur de courses à pied très suivies à Canggu. L’affaire a éclaté lorsque des Indonésiens ont découvert que leurs inscriptions étaient systématiquement bloquées dès qu’ils utilisaient un numéro de téléphone local, alors que les étrangers étaient acceptés instantanément.

Malgré les justifications du collectif évoquant une erreur technique, sa communication qualifiant sa communauté de « sélective » a achevé de démontrer comment ce type d’organisation instaure un tri insupportable par nationalité et par classe sur le sol balinais.

Capture d’écran « Entourage Run Club »

Gentrification mondiale sur fond de colonialisme

Cette situation s’inscrit dans un continuum historique. L’île porte encore les stigmates de son passé colonial – notamment l’invasion armée des Pays-Bas en 1906 – qui a jeté les bases d’un tourisme façonné pour le profit européen.

Aujourd’hui, le concept de « nomade numérique » (digital nomad, en anglais) ne désigne plus un métier mais un profil client qui profite de cette économie « privilégiée » pour aligner le marché immobilier sur des revenus étrangers inaccessibles aux locaux.

“Je ne pense pas que Bali connaisse un boom touristique. Elle connaît une frénésie d’investissement. Partout où je regarde, les capitaux étrangers affluent dans des entreprises conçues presque exclusivement pour d’autres étrangers. Cafés appartenant à des Australiens. Salles de sport appartenant à des Russes. Magasins de plongée français. Des villas de luxe qui rivalisent avec des centaines d’annonces presque identiques”, dénonce ainsi la voyageuse Holly Christensen.

Des touristes à Tirta Empul, la plus célèbre des sources sacrées à Bali – Crédit : Bali Exception

Ce rapport de domination économique réactive des dynamiques de spoliation territoriales au-delà de l’archipel indonésien. Aux Canaries, où des millions de visiteurs écrasent la population locale, ou dans les Caraïbes et les territoires d’outre-mer français comme en Martinique — où le Club Med des Boucaniers occupe la Pointe Marin depuis 1969, privant les locaux de l’accès aux plus belles baies de leur île  — les habitants constatent le même phénomène d’éviction.

Partout, les littoraux et les ressources sont aménagés et privatisés pour le confort d’une élite extérieure au détriment de ceux qui y vivent toute l’année.

En qualifiant ouvertement l’investissement non contrôlé de véritable « parasite économique », Bali envoie un signal fort qui dépasse ses frontières, traduisant une rupture importante. Les populations locales refusent désormais que leur cadre de vie et leurs terres soient transformés en simples colonies de vacances pour touristes privilégiés.

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Léonore Suied

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