Le courant incel fait l'objet d'une surveillance attentive des services du renseignement territorial français, qui le qualifient de "forme la plus préoccupante du masculinisme" dans une note interne consultée par la cellule investigation de Radio France.
Les incels, un danger en hausse
2 juillet 2025, Saint-Étienne. Timoty G., 18 ans, est interpellé devant son lycée avec deux couteaux dans son sac. Sa cible : quatre jeunes femmes de son établissement. Il se revendique de la mouvance « incel », un mouvement masculiniste radical qui inquiète désormais la DGSI.
Cette idéologie est née aux États-Unis dans les années 1990, diffusée massivement sur des forums comme 4chan ou Reddit. Son principe : théoriser la haine des femmes comme réponse à un prétendu « célibat forcé ».
Elliot Rodger, auteur de la tuerie d’Isla Vista en Californie en 2014, en est devenu la figure tutélaire. Son manifeste circule depuis comme un texte fondateur. Le mouvement trouve un écho dans la violence, les tueries de masse et les attaques idéologiques contre les minorités.
En France, sa manifestation la plus concrète reste le cyberharcèlement de masse. « Nique ta grand-mère sale pute de Femen », « le seul mot féminin que tu dois connaître c’est : cuisine. »
Typhaine D., artiste féministe, en a fait les frais. Près d’un million de messages de la sorte lui ont été adressés après sa participation à un débat sur le sexisme dans la langue française, mêlant insultes misogynes, menaces de mort et incitations au suicide.
Pas de profil type derrière l’écran. La seule récurrence : il s’agit toujours d’un homme. Un ingénieur bac +5 en Belgique, un boulanger en Suisse, un chef d’entreprise dans le sud de la France. « Il y avait vraiment de tout », résume l’artiste à l’antenne de France Info.
La violence ne reste pas confinée au numérique. Typhaine témoigne d’agressions dans les transports, dans la rue, dans les espaces publics. Verbalement prise pour cible, menacée, parfois crachée dessus. Un déferlement qui l’a finalement poussée à quitter Paris.
De l’algorithme à la radicalisation
À partir de janvier 2025, la DGSI a constaté la multiplication de jeunes profils radicalisés sur TikTok, avec des projets de plus en plus violents. Si les individus concernés avaient auparavant entre 18 et 25 ans, le cœur du mouvement s’ancre désormais chez des adolescents de 13 à 15 ans.
Instagram et TikTok fonctionnent comme des portes d’entrée, via des contenus centrés sur la santé mentale ou la masculinité blessée. Les jeunes qui basculent sont souvent psychologiquement fragiles, porteurs de troubles non diagnostiqués ou victimes de harcèlement scolaire.
« En quelques mois seulement, une personne peut passer d’un adolescent normal en phase de construction à quelqu’un de radicalisé et prêt à passer à l’acte », s’inquiète Matthieu, responsable à la DGSI, lors de son entretien sur Radio France.
À cette vulnérabilité individuelle s’ajoute une contamination idéologique dans les collèges. Louise-Marie Giacomuzzo, intervenante en éducation affective et sexuelle, témoigne dans l’enquête de Radio France. Elle observe que dans une classe de 30 élèves, un tiers revendique le discours masculiniste, un tiers le valide en silence, et un tiers seulement s’y oppose quand il en a le courage.
« Avant, on avait de vraies oppositions. Aujourd’hui, ils rigolent et ne s’opposent plus. »
Une menace terroriste prise au sérieux
La menace incel représente entre 10 et 20 % du travail de la DGSI sur l’ultra-droite, elle-même deuxième menace terroriste en France après le djihadisme. Olivier Christen, procureur national antiterroriste, évoque des contenus qui « appellent à attaquer des femmes sur notre territoire pour affirmer une suprématie masculine. »
Les associations féministes sont en première ligne. Le Planning familial a reçu une menace d’attentat-suicide signée d’un incel en octobre 2025. « C’est la première fois depuis 70 ans que nous avons une menace d’attentat suicide », alerte sa présidente Sarah Durocher.
Face à cela, plusieurs dizaines de mineurs ont été identifiés par la DGSI et font l’objet d’une prise en charge par divers services de l’État. Une cinquantaine de magistrats et personnels du parquet antiterroriste ont été formés. Le maillage se déploie en région via 16 délégués spécialisés.
« Ce sont des processus extrêmement complexes sur lesquels je pense que personne n’a encore de solution », admet l’agent de la DGSI interrogé.
La menace terroriste ne doit pas faire oublier une réalité plus quotidienne. En 2025, 164 femmes sont mortes des mains de leur mari ou compagnon, un chiffre en forte progression. En juin 2026, le comptage de l’association Nous Toutes s’élève déjà à 61 féminicides.
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