Fin mai sera discuté le projet de loi d'urgence agricole ou loi Duplomb 2, dans laquelle sont à nouveau proposées des dérogations à l’interdiction de l’acétamipride et du flupyradifurone. L’été dernier, le Conseil constitutionnel avait censuré l’article de la première loi Duplomb réintroduisant ces pesticides néonicotinoïdes. C’est dans ce cadre qu’une note scientifique a été commandée à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), puis rejetée avant sa publication. Un recul dénoncé par l'Union Nationale de l'Apiculture Française.
Composé de 18 députés et 18 sénateurs, l’Opecst est, comme son nom l’indique, chargé d’informer le Parlement des conséquences des choix à caractère scientifique et technologique.
Il avait été saisi par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale pour présenter un état des lieux scientifique sur les impacts environnementaux et sanitaires de l’acétamipride.
Pour cela, deux co-rapporteurs, le sénateur du Parti socialiste Michaël Weber et le député du Rassemblement national Emeric Salmon – qui a pourtant voté contre la publication de la note – ont auditionné une vingtaine d’experts : scientifiques, représentants d’organismes de contrôle et d’instituts de recherches publics. Ils ont aussi analysé plus de 80 études.
Des conclusions sans appel
Les deux co-rapporteurs, de bords politiques pourtant bien distincts, étaient parvenus à se mettre d’accord sur des recommandations. Ils proposaient de généraliser au niveau de l’Union européenne les systèmes d’analyse les impacts des produits phytosanitaires sur l’environnement et la santé, de mettre en place une évaluation systématique des effets des pesticides sur la biodiversité à l’échelle de l’UE en fonction des niveau d’exposition à ces produits, d’investir dans la recherche d’alternatives aux pesticides, et de mettre en place des systèmes d’assurances pour les agriculteurs en attendant ces alternatives.
Les deux hommes partageaient en effet les conclusions concernant la dangerosité de ces pesticides, et notamment « des effets écotoxicologiques sublétaux importants et des signaux sanitaires préoccupants, notamment en matière de neurotoxicité, de perturbation endocrinienne et de reprotoxicité. »
« L’acétamipride est bien un neurotoxique, tueur d’abeilles et d’insectes pollinisateurs essentiels à la pollinisation. Il provoque l’effondrement des colonies, la destruction de la durée de vie, la destruction des capacités olfactives, la paralysie du butinage, l’affaiblissement de l’immunité et le blocage du développement larvaire », rappelle l’Union Nationale de l’Apiculture Française.
Déni de science de la part de la droite et de l’extrême droite.
Malgré le consensus, la publication du rapport, soumise à un vote, a été rejetée par des parlementaires des Républicains, d’ Horizons et du Rassemblement national : y compris par l’un des co-rapporteurs du rapport, qui a expliqué son choix par une volonté de réaliser des auditions supplémentaires et par des réserves concernant la présentation du document.
« La non-publication de la note est un signal d’abandon envers l’apiculture, la biodiversité et la démocratie », estime l’Union Nationale de l’Apiculture Française. « Nous dénonçons un blocage délibéré qui prépare le terrain, pour diffuser des contre-vérités avant les débats parlementaires qui auront lieu dès le mois de Mai. »
Depuis des mois, de nombreuses figures médiatiques et politiques de droite et d’extrême droite tentent d’alimenter le doute sur les effets de ce néonicotinoïde.
« Le doute n’est pas raisonnable », tranchait pourtant Philippe Grandcolas, directeur adjoint de l’institut Écologie et Environnement au CNRS sur France Inter le 22 juillet 2025. « Il y a des dizaines de travaux qui montrent que l’acétamipride est toxique, qu’il peut y avoir des toxicités chroniques très importantes sur des insectes pollinisateurs ».
L’écologue spécialiste des insectes, auditionné par l’Opecst, s’alarme régulièrement du « déni de science » dans le débat public autour des impacts des produits phytosanitaires.
« La science et ses conclusions font désormais trop peur pour être écoutées et entendues par nos décideurs », considère l’Union Nationale de l’Apiculture Française. « Nous demandons une opposition politique ferme face aux projets de dérogations à l’interdiction de l’acétamipride et de tout autre néonicotinoïde », ajoute-t-elle.
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