En début d’année, La Relève et La Peste vous racontait le combat du député Jean-Claude Raux pour protéger les captages d’eau potable des pesticides. Suite au moratoire du gouvernement empêchant la protection de l’eau, le député se joint à plus de 300 médecins, professionnels de la santé et personnalités politiques pour exhorter le Premier ministre à se saisir de cet enjeu sanitaire national.
Monsieur le Premier ministre,
Il y a deux mois, vous avez annoncé un moratoire sur les décisions relatives à la politique de l’eau. Cette annonce avait de quoi nous inquiéter. Car ce moratoire pourrait augurer d’un énième recul dans la “reconquête” de la ressource en eau – tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Demain, ces choix politiques engageront notre responsabilité collective, et vous aurez à en répondre devant les citoyens.
Nous – élus, professionnels de l’eau, médecins, scientifiques, citoyens et consommateurs – vous demandons à l’issue de ce moratoire de ne prendre aucune décision qui nuirait davantage à la préservation de la ressource. Forts de rapports interministériels, d’appels au secours des collectivités, d’alertes des scientifiques et médecins, nous rappelons que le temps de l’inaction ou du renoncement ne peut plus être devant nous.
L’eau n’est pas qu’un outil au service de l’agriculture. Elle ne sera pas miraculeusement dépolluée grâce à des solutions technosolutionnistes. Elle appartient au patrimoine commun de la nation et constitue, avant tout, une ressource vitale partagée par tous les Français. Sa protection, sa gouvernance, sa qualité impliquent l’engagement de tous.
Occulter les enjeux sanitaires et environnementaux liés à l’eau revient à hypothéquer l’avenir. Nous mesurons les difficultés que traverse aujourd’hui le monde agricole, et nous croyons en la nécessité de l’accompagner vers un modèle plus pérenne mais aussi plus vertueux pour notre santé collective. Aller à rebours des urgences climatiques, démocratiques et sanitaires auxquelles nous sommes confrontés constituerait une faute majeure. À l’heure où les contre-vérités envahissent le débat public et où les annonces politiques semblent de plus en plus affranchies des faits, nous devons au contraire écouter la science.
Dans ce contexte, serez-vous le Premier ministre qui acte :
- la remise en cause de la démocratie de l’eau ?
- l’incapacité annoncée à garantir une eau conforme aux normes de qualité partout en France ?
- la renonciation au relèvement de la redevance pour pollutions diffuses ?
- la dérogation à la directive nitrates ?
- la multiplication des ouvrages de stockage de l’eau sans cadre ni régulation suffisants ?
- la fin du contrôle obligatoire effectué par les ARS ? Ces questions légitimes ne sont pas des postures idéologiques, elles sont
liées à des faits documentés, qui s’appuient sur la connaissance du terrain : la pollution croissante de l’eau potable et ses conséquences sur notre santé, les déséquilibres dans la gouvernance de l’eau, les conséquences avérées des retenues d’eau artificielles sur les écosystèmes et les équilibres hydrologiques locaux.
La fonction de Premier ministre oblige à faire des choix. Ces choix doivent être orientés vers l’intérêt général, et non vers des intérêts sectoriels. Il vous appartient de tout mettre en œuvre pour protéger notre ressource en eau. Nous y serons attentifs. La liste complète des signataires est accessible ici.
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