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Les renards ont des baby-sitters pour s’occuper de leurs petits

« La femelle qui aide le couple dominant aura plus de chances de devenir une bonne reproductrice plus tard. Mais cela pourrait aussi lui permettre de conserver le droit de chasser sur le territoire. »

Longtemps considéré comme un canidé solitaire, le renard roux (Vulpes vulpes) dévoile aujourd’hui un visage bien plus sociable. On l’observe fréquemment parcourir seul les champs et les lisières de forêts à la recherche de rongeurs, ses proies favorites. Mais cette image dissimule des relations sociales complexes.

«  Dans les années 70, on a commencé à faire du radio-pistage », explique Marc Giraud, naturaliste et auteur d’une cinquantaine d’ouvrages sur la faune sauvage. « On s’est aperçus que les renards vivaient souvent en groupe. » 

Néanmoins, il est difficile de tirer des généralités sur le goupil tempère le naturaliste : « C’est un animal très plastique, jamais typique, au comportement extrêmement souple ». 

De grandes familles

La base et l’essentiel de la vie sociale du renard repose sur sa structure familiale.

« Il y a un couple dominant qui fait les petits, mais c’est plus souple que chez les loups », explique Marc Giraud, co-auteur de notre livre-journal ANIMAL.

« Parfois, le mâle peut se reproduire et partir, mais il peut aussi rester auprès de la femelle pour la nourrir », ajoute Mickaël Paul, co-président du Pôle Grands prédateurs, une association dédiée à la protection du lynx, du loup, et aussi du renard.

« C’est pour ça qu’il existe une certaine monogamie de base », précise Marc Giraud, « mais d’autres adultes peuvent également aider le couple à s’occuper des petits et à leur amener de la nourriture. »

Renardeau tout jeune – Crédit : Mickaël Paul

Certains jeunes adultes, souvent des femelles issues du couple dominant, restent ainsi au sein du groupe pour assister les parents.

« On appelle ces individus des allomères, c’est-à-dire des “babysitters” », explique Marc Giraud. « Les biologistes avancent plusieurs hypothèses : la femelle qui aide le couple dominant apprend à s’occuper des petits et aura plus de chances de devenir une bonne reproductrice plus tard. Mais cela pourrait aussi lui permettre de conserver le droit de chasser sur le territoire. »

Ces schémas de reproduction restent cependant variés et complexes. Une renarde peut avoir des petits de plusieurs pères au sein d’une même portée, et il arrive que deux femelles allaitent des jeunes simultanément au sein d’un même terrier.

En moyenne, ces renards forment des groupes de quatre à six individus. « Dès qu’il y a autour de cinq individus, a priori, le groupe se divise », précise Marc Giraud.

Le nombre d’individus s’adapte notamment à la disponibilité en proies sur le territoire.

« Normalement, au bout de six à sept mois, les jeunes renards sont censés partir chercher leur propre territoire », explique Mickaël Paul. « Mais s’il y a suffisamment de proies, des jeunes peuvent rester dans le giron familial : principalement des femelles mais pas uniquement. »

Crédit : Patrice RAYDELET

Les goupils, de bons voisins 

Si la notion de territoire est utilisée pour désigner l’espace vital des goupils, ces derniers se montrent plus tolérants envers leurs voisins que d’autres canidés. Chez les loups, par exemple, les conflits pour le contrôle d’un espace peuvent mener à des combats sanglants.

« Quand les renards se croisent, soit ils sont indifférents, soit il y a un petit rapport social, un peu comme chez les chiens. Soit le dominé va coucher les oreilles, rabattre la queue, soit il s’en va, soit il se fait chasser par l’autre », explique Marc Giraud. « Mais la plupart du temps c’est une parfaite indifférence ». 

« Les renards évitent généralement les conflits », ajoute Mickaël Paul. Mais il peut y en avoir, surtout si le territoire est pauvre en proies. 

« Parfois ils se dressent, pattes avant contre pattes avant, et se poussent un peu, la gueule grande ouverte, en se sifflant. Cela arrive parfois même au sein d’un même groupe. Mais les renards ne se tuent pas, ils essaient d’intimider ».

Crédit : Patrice Raydelet

Pour éviter les rencontres inopportunes, le territoire d’un groupe est marqué à l’aide d’excréments ou grâce à des glandes odoriférantes produisant des sécrétions contenant des phéromones. Ces marquages ne constituent pas pour autant une frontière infranchissable.

« Ce n’est pas seulement un marquage spatial, c’est aussi un marquage horaire », explique Marc Giraud. « Cela signifie : “Je suis passé là à tel moment, donc c’est mon heure”, et les autres essaient d’éviter de passer en même temps. Ce n’est donc pas forcément une interdiction de circuler, et tout cela reste très fluctuant au fil des saisons et des déplacements des renards. »

S’ils vivent généralement dans une paix relative avec leur voisin de la même espèce, ils cohabitent aussi avec d’autres petits prédateurs. Ils s’invitent ainsi dans les terriers creusés par les blaireaux, y trouvant parfois refuge en même temps que leurs hôtes. 

Enfin, les renards peuvent aussi cohabiter avec les humains, à condition que ceux-ci acceptent leur présence et renoncent aux campagnes de destruction systématique dont ils font encore l’objet. Les goupils se sont ainsi parfaitement acclimatés aux zones urbaines : vivant dans les parcs et jardins, fouillant les poubelles.

« Ce sont des animaux très souples en termes de peur de l’humain », affirme Marc Giraud. « Si on voulait, mais ça n’est pas éthique, on pourrait les apprivoiser. Parfois des renards entrent dans des tentes, sont curieux. » 

Renardeau – Crédit : Mickaël Paul

La communication entre les renards 

Par le marquage de leur territoire, les renards communiquent entre eux. Le dépôt d’excréments, d’urines et de phéromones ne sert pas seulement à signaler leur passage ou à délimiter un espace : il constitue un véritable langage chimique.

Ces messages olfactifs transmettent diverses informations aux congénères, comme l’identité de l’individu, son statut social, mais aussi sa disponibilité reproductive.

«  C‘est un peu leur système de messagerie, c’est leur réseau social, et c’est leur manière de communiquer à distance, » explique Marc Giraud.

Les renards communiquent aussi par les sons grâce à un répertoire riche de plusieurs dizaines de vocalisations : jappements secs, glapissements perçants, couinements, hurlements stridents, etc.

Crédit : Patrice Raydelet

Enfin, ils échangent par la gestuelle : les mouvements et les positions corporelles jouent un rôle essentiel.

« La position couchée au sol c’est une position de soumission, ou de grande confiance, notamment chez les jeunes renards, » estime Mickaël Paul.

« Ils ont aussi une certaine expression faciale. Surtout avec les oreilles qui sont très expressives », complète Marc Giraud.

La sociabilité des renards apparaît ainsi bien plus riche que ne le laissaient entendre les représentations d’un animal solitaire, rusé et fourbe, longtemps ancrées dans l’imaginaire collectif.

Si le goupil est aujourd’hui largement réhabilité dans les discours scientifiques et dans l’opinion publique, il reste cependant classé parmi les espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD) et peut être tué toute l’année dans l’essentiel des départements français.

Ainsi, plus de 500 000 renards seraient abattus chaque année en France : un classement en ESOD combattu par plusieurs associations signataires d’une pétition publiée sur le site de La Relève et La Peste.

Leur pétition a été déposée à l’Assemblée nationale pour demander la fin du classement des renards roux en tant qu’ « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (ESOD) dans 88 départements à ce jour. Leur but : mettre fin aux abattages massifs des goupils.

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Eloi Boye

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