Convaincue que les lieux de vie sont un puissant levier pour une transition écologique et sociale efficace, Label Vie œuvre depuis 2009 pour mobiliser les lieux de vie des jeunes enfants. Dans cette tribune, l’association lance l’alerte sur les risques d’exposition toxiques aux jeunes enfants.
A la naissance, le corps de l’être humain est une éponge. Il lui faut trois années pour constituer une barrière corporelle tenant la route face aux “agressions” extérieures.
Celles-ci sont variées : exposition aux produits chimiques des objets qui l’entourent, alimentation non adaptée et ultra transformée, qualité de l’air intérieur déficiente, produits ménagers et d’hygiène bourrés de substances toxiques, lieux mal isolés face à des températures toujours plus élevées…
Les structures d’accueil de la petite enfance ont donc un rôle crucial à jouer pour améliorer la santé environnementale du jeune enfant et contribuer à son développement dans un cadre durable et sain.
Or ni les grands textes fondateurs, nationaux et internationaux, sur la protection de la sécurité et du bien-être du jeune enfant[i], ni les travaux préparatoires du référentiel national sur la qualité d’accueil du jeune enfant publié le 2 juillet dernier, ne sont à la hauteur de ces enjeux.
Appliqué depuis la rentrée 2025 dans toutes les structures de la petite enfance – accueillant des enfants de 0 à 3 ans –, il gagnerait donc à être enrichi sans tarder. L’association Label Vie formule différentes propositions d’amélioration afin d’y intégrer l’état des connaissances scientifiques en santé environnementale.
Arrêtons d’intoxiquer les tout-petits
La vulnérabilité accrue des enfants de 0 à 3 ans aux produits chimiques s’explique par la formation toujours en cours des protections naturelles du corps et notamment de la peau, les voies respiratoires, les systèmes de détoxification…
La posture de découverte (toucher, marche à quatre pattes, ras du sol, mise à la bouche…), spécifique à ces âges, augmente les contacts du jeune enfant avec son environnement immédiat.
A poids égal un enfant inspire plus d’air, ingère plus de nourriture, boit plus de liquide qu’un adulte.
Nous alertons donc les pouvoirs publics sur la nécessité de faire de cet enjeu un sujet prioritaire du référentiel commun ! Car à ce stade, si les autorités ont pris conscience des impacts des produits industriels utilisés à l’occasion de l’entretien des locaux (produits d’entretien) ou des protocoles d’hygiène (change, lavage des mains « à l’eau et au savon simple » et suppression de « l’usage de produits cosmétiques et nettoyants »), ces recommandations sont encore trop partielles.
Label Vie souhaiterait profiter de la mise à jour continue du référentiel pour alerter sur la nécessité que les professionnels de la petite enfance arrêtent d’utiliser des produits ou formulations contenant des ingrédients toxiques.
Les tout-petits doivent manger sain et durable
Cette intoxication se fait également par le biais de l’alimentation donnée aux jeunes enfants. Dans un contexte où les pesticides sont largement utilisés dans l’agriculture conventionnelle et que leur impact sur notre santé n’est plus à démontrer, il convient d’intégrer ce risque actuellement omis par le référentiel.
La section alimentation invite seulement à privilégier « la vaisselle en verre, en inox ou porcelaine en particulier pour la cuisson, la remise en température et le service » et remplacer les matériaux en plastique commençant à être usagés par d’autres, plus adaptés.
En effet, les 0-3 ans sont plus sensibles à la toxicité des produits ingérés. Et dans les produits issus de l’agriculture intensive on retrouve des substances cancérogènes, perturbateurs endocriniens, toxique pour les reins, le foie…
La transmission de pathogènes résistants aux antibiotiques utilisés dans les élevages industriels par le biais d’une alimentation carnée, pose également problèmes.
Alors que les résidus de pesticides sont moins présents dans les produits bio qu’en conventionnel, il est urgent d’inviter les professionnels à éviter au maximum voire à proscrire les aliments pouvant contenir des traces de pesticides et les remplacer par des produits issus de l’agriculture biologique.
Le référentiel devrait également inclure une invitation à végétaliser les assiettes (au moins 3 repas végétaux sur 5 hebdomadaires), solution permettant par la même occasion de participation à l’atténuation du changement climatique, à limiter l’effondrement de la biodiversité et à éduquer les jeunes enfants à un régime alimentaire plus durable.
Enfin, cuisiner sur place dans les établissements où cela est possible favorise la transformation ambitieuse de l’alimentation des enfants en améliorant considérablement la qualité de leur repas. En 20 ans, le réseau des écolo-crèches mobilisées avec Label Vie a pu démontrer l’agilité de cette dernière solution.
Ne pas offrir que du béton aux jeunes enfants
Les bénéfices du contact à la nature sont désormais bien connus et documentés pour le développement des jeunes enfants tant sur le plan immunitaire (enrichissement de leurs microbiotes), créatif, neuro-comportemental et sanitaire en général (encouragement de l’activité physique).
Si le référentiel intègre « l’éveil à la variété environnementale » pour « développer chez l’enfant l’émotion esthétique », l’organisation de « temps dans les espaces extérieurs à proximité » et un contact direct « quotidien » avec la nature, celui-ci doit aller plus loin pour inciter les professionnel.les à sortir les jeunes enfants au moins deux fois par jour.
Afin de favoriser un contact plus long et régulier avec la nature, la végétalisation des espaces extérieurs du lieu d’accueil est primordiale. Cette végétalisation contribuera également à rafraîchir le lieu de vie lors des fortes chaleurs et s’inscrit dans une politique d’adaptation au changement climatique.
Prendre soin de ceux/celles qui prennent soin de nos tous petits
Comme tous les métiers dans le secteur du soin, les professionnel.les de la petite enfance souffrent d’un manque de reconnaissance de la part de la société. L’engagement dans une démarche de transition écologique et sociale contribue de manière efficace au bien-être des équipes.
Cela a été démontré par l’étude commandée par Label Vie sur la qualité de vie au travail dans l’accueil collectif de la petite enfance, réalisée par le sociologue Pierre Moisset, spécialiste du secteur, en 2019.
Si le référentiel mentionne le bien-être des équipes comme facteur d’amélioration de la qualité d’accueil des jeunes enfants, cette condition préalable de la politique de la petite enfance doit être renforcée et étoffée.
Cela passe par la formation des professionnel.les pour leur permettre d’être outillé(e)s sur des pratiques plus durables, et casser de nombreuses idées reçues à propos de la sécurité sanitaire du jeune enfant.
Cela passe également par la montée en compétence des gestionnaires de structures pour la mise en place de pratiques managériales environnementales et participatives. Il s’agit de prérequis à la cohésion d’équipe et à sa mise en action durable au profit d’une transition au combien nécessaire et souhaitable !
Si ce premier référentiel est un signal très positif pour insuffler une démarche de progression continue pour la montée en qualité d’accueil, ces sujets devront davantage être priorisés lors des prochaines mises à jour du référentiel, mais aussi être intégrés dans le référentiel commun des connaissances et compétences des professionnels de la petite enfance qui est en cours de préparation.
Label Vie s’emploie chaque jour à mobiliser les plus de 11 000 professionnel.les de son réseau pour une transition vertueuse pour le bien-devenir du jeune enfant. L’association continuera d’alimenter les autorités publiques sur l’ensemble de ces sujets afin de diffuser ces pratiques à l’ensemble du secteur de la petite enfance.
[i] la Convention internationale des droits de l’enfant (1989), les besoins fondamentaux universels de l’enfant (conférence de consensus, 2017), l’interdiction des violences éducatives ordinaires (Loi du 10 juillet 2019), la charte nationale pour l’accueil du jeune enfant (arrêté du 23 septembre 2021), la définition de la maltraitance d’origine individuelle, collective ou institutionnelle (loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants)