Né dans la nature, le trail contribue pourtant trop souvent à la dégrader. À Saint-Siméon-de-Bressieux, dans l’Isère, un événement a décidé d’inverser radicalement la logique. L’Ultra Back to Life (UBTL), dont la prochaine édition se tiendra du 28 au 30 novembre 2025, se présente comme une révolution sportive : une course où l’on ne se contente plus de parcourir le territoire, mais également de le régénérer.
Le trail en faveur de la biodiversité
L’UBTL rompt avec le modèle des compétitions traditionnelles en remettant la biodiversité au centre. Dans cet évènement où le geste sportif devient un geste écologique, chaque kilomètre parcouru est transformé en acte positif sur l’environnement.
Pendant 48h, cette course engagée oppose symboliquement deux équipes : le Poumon Vert (la forêt) et le Poumon Bleu (l’océan), qui en plus de parcourir des kilomètres, transportent des végétaux et de la matière organique, plantent des arbres fruitiers, construisent des haies sèches, créent des mares, posent des nichoirs, dépolluent les chemins.
« Ce mouvement de sportifs conscients refuse une évolution du trail détruisant l’environnement, préférant que la course en extérieur serve à restaurer le monde vivant », commence Clément Chapel, à l’origine du projet, pour La Relève et La Peste.
Dans ce modèle holistique, la performance n’est plus un exploit solitaire mais un outil de réparation et un moment de coopération collectif, capable d’atteindre un impact carbone positif. Une première mondiale.
« L’UBTL calcule son impact, notamment carbone, à travers plusieurs actions concrètes et des indicateurs chiffrables ».
L’événement a créé une classification innovante par points, intégrant le kilométrage réalisé, les actions concrètes pour la biodiversité, l’empreinte carbone individuelle de déplacement et l’engagement pédagogique auprès des enfants. Également les paris vivants, un système de soutien citoyen accessible à distance, remplacent les paris sportifs classiques.
Pour Clément, explorateur du sport engagé depuis six ans, notamment dans la première course de ce type appelée « les 24 heures de l’arbre », où des arbres étaient plantés toutes les heures pour aboutir à la création d’un verger citoyen, « l’UBTL est une étape supplémentaire, en compétition, pour proposer un concept où l’objectif n’est pas de piétiner la biodiversité mais de la régénérer ».
Du sport-spectacle au sport-régénérateur
À l’heure où les évènements sportifs mondiaux peinent à se décarboner, l’UBTL propose un format où chacun peut participer selon ses capacités. Les ultra-traileurs les plus endurants se lancent dans 48 h de course, mais l’évènement est pensé pour être ouvert à toutes et tous : relais de 3 heures, chantiers participatifs pour planter, creuser, dépolluer, ateliers et conférences pour comprendre la biodiversité locale.
« On peut tout réinventer et faire des choses qui ont du sens, sans pour autant oublier le dépassement physique », affirme l’organisateur. « On veut vraiment valoriser le pouvoir du collectif, à travers une forme de compétition saine, où la rivalité est là pour stimuler le challenge et non pour écraser l’autre ».
L’édition pilote de mars 2025 a déjà démontré la faisabilité du concept, avec plus de 200 arbres plantés. Pour novembre, l’ambition explose avec une estimation de 1000 arbres et arbustes plantés, la création de mares et habitats naturels, une dépollution massive, la sensibilisation de 500 enfants, la construction d’un jardin-forêt, le stockage d’au moins 500 tonnes de CO₂ et le lancement d’une dynamique d’autonomie alimentaire.
Et cette expérimentation territoriale, un modèle de transition écologique, a pour vocation d’être duplicable.
« L’UBTL permet d’affirmer un nouveau modèle de course où le trail est utile à la nature, destiné à être réplicable, pour inspirer d’autres organisations sportives », atteste Clément, qui certifie que « si toutes les communes organisaient, ne serait-ce qu’une fois une telle compétition, ce serait un gros bénéfice pour chaque territoire ».
L’UBTL mise également sur l’avenir et l’éducation. Pendant une semaine entière, quatre établissements scolaires de Saint-Siméon-de-Bressieux se mobiliseront autour d’ateliers de terrain, de cuisine, de découvertes sensorielles et de chantiers pédagogiques. Le vendredi 28 novembre, près de 300 enfants s’élanceront pour une course contre la faim afin de soutenir Action Contre la Faim à Madagascar.
L’événement rassemble également des figures majeures du trail engagé. Xavier Thévenard, triple vainqueur de l’UTMB, salue ce retour au sens, tandis que Nicolas Vandenelsken, Olivier Maria, Axel Férard ou Julia Harnie seront présents pour incarner cette nouvelle façon d’incarner le sport.
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