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« 85 % des captures des chalutiers de fonds pourraient être transférées vers des techniques dites passives »

Selon les scientifiques, les navires de moins de 40 mètres utilisant le chalutage de fonds totalisent 94 280 tonnes de poissons pêchés chaque année. 39 % de ces volumes, soit 36 700 tonnes, sont « facilement transférables » vers les arts dormants : casier, ligne et filet. Les espèces aisément pêchables avec ces techniques de pêches passives sont le merlu, la sole, ou encore le bar. 

« Cette idée selon laquelle il n’existe pas d’alternative au chalut est un mythe » ! A quelques mois de la conférence des Nations Unies sur l’océan qui se tiendra à Nice, l’ONG Bloom présente le rapport « s’affranchir du chalutage de fonds ».

En France, les navires industriels de plus de 25 mètres, qui représentent 3,4 % de la flotte nationale, totalisent près de la moitié des volumes pêchés. Depuis les années 50 et leur subvention massive par l’Etat pour augmenter les rendements, les captures des poissons de fonds ont été divisées par 3, le nombre de marins pêcheurs a été divisé par 7.

Et pour cause, leur technique de pêche racle les fonds marins à l’aide de gigantesques filets pour capturer le maximum d’individus, détruisant les « forêts de coraux, éponges et autres organismes qui offrent un lieu de vie et de reproduction aux poissons » détaille Raphaël Seguin, doctorant en écologie marine à l’université de Montpellier et chargé de recherche sur la pêche industrielle dans les aires marine protégées pour Bloom. 

« Debunker le mythe de la transition impossible » 

Les scientifiques de l’Institut Agri pour une transition écologique et sociale, dont les premiers résultats sont rapportés par Bloom dans ce rapport, se sont donc attelés à « debunker le mythe de la transition impossible », selon les mots de Claire Nouvian, directrice générale de Bloom. Est-il possible de sortir du chalutage tout en préservant les volumes pêchés et en permettant une prolifération des ressources? 

Selon les scientifiques, les navires de moins de 40 mètres utilisant le chalutage de fonds totalisent 94 280 tonnes de poissons pêchés chaque année. 39 % de ces volumes, soit 36 700 tonnes, sont « facilement transférables » vers les arts dormants : casier, ligne et filet. Les espèces aisément pêchables avec ces techniques de pêches passives sont le merlu, la sole, ou encore le bar. 

Les prises de merlan, la sèche, le maquereau ou la langoustine, qui représentent 46% (43 300 tonnes) des volumes de pêches au chalut, sont « potentiellement transférables » vers les arts dormants.

Crédit photo : Dugornay Olivier via IFREMER, pôle Images.

La pêche de la cardine, de la crevette grise, du calmar côtier, de l’encornet rouge ou du vanneau est quant à elle « difficilement transférable ». Mais les résultats sont là ! Selon Bloom, « une révolution halieutique est à notre portée ». 

« Faible création d’emploi et de richesse pour la société » 

Autre argument phare des scientifiques, la « faible création d’emploi et de richesse de la pêche » au chalut. « Pour une tonne débarquée, on crée jusqu’à 10 fois plus d’emplois avec les petits bateaux » soutient Harold Levrel, professeur et chercheur en sciences halieutiques et écologie marine à L’Institut Agro. 

Selon le rapport, les art dormants sont les navires qui génèrent le plus d’emplois « toutes tailles de navires confondues », de 2 fois plus à 10 fois plus pour 1 000 tonnes pêchés en fonction de la longueur du bateau et des techniques de pêche utilisées. 

Pourtant, malgré ce constat économique, les chalutiers restent les principaux bénéficiaires des subventions publiques, captant 135 millions d’euros, soit 70 % des aides liées au secteur. Une somme corrélée à leurs importantes dépenses en carburant. Or, ces navires sont « les moins rentables par kilo pêché et par euro de capital investi » indique le rapport.

Crédit photo : piola

« La très grande majorité des chaluts et sennes pélagiques de plus de 24 mètres ainsi que des chaluts et sennes de fonds de plus de 12 mètres, ont une rentabilité qui dépend directement des aides publiques » selon les chercheurs. 

A l’inverse, « les arts dormants créent 10€ de richesse pour 1 euro de subvention » enfonce Harold Levrel, « on subventionne tous ceux qui amènent des coûts pour nos sociétés ». La pêche industrielle vit « sous perfusion », abat Claire Nouvian. 

Émissions carbones et renouvellement des populations 

Ces données sont d’autant plus significatives que les chaluts, qui utilisent d’importantes quantités de gasoil, sont à l’origine de 72% des émissions de C02 de la flotte française selon le rapport. Les autres flottilles sont 2 à 3 fois moins polluantes en fonction des bateaux. 

Le chalutage de fonds est également à la source d’une pollution qui passe plus inaperçue. En raclant les fonds marins à l’aide de leurs filets, ils secouent les sédiments qui stockent le CO2. Environ 370 millions de tonnes de carbone seraient « remis en suspension chaque année après leur passage » d’après Raphaël Seguin. 

Une technique de pêche polluante et non sélective. Les gigantesques filets déployés par les chaluts sont à l’origine de 70% de la pêche de poissons juvéniles, ne pouvant pas faire le tri entre les individus matures et non matures, empêchant ainsi le « renouvellement des populations ». 

Destruction des fonds marins 

« Les écosystèmes marins sont recouverts non pas de végétaux mais d’animaux proches des méduses. Ils abritent la vie, les zones de pontes. Un seul passage d’un chalut de fonds suffit pour détruire les forêts marines » alerte Raphaël Seguin.

La déforestation marine est 20 à 47 fois supérieure à la déforestation terrestre selon le scientifique, alors même que ces forêts captent 93% des excédents de chaleur terrestre, et un tiers des émissions de co2. 

Près de la moitié de cette déforestation se déroule en Europe. En Norvège, 50% des récifs ont été détruits par le chalutage. 670 000 km2 de fonds marins sont abrasés par les flottes françaises chaque année sur le territoire national. D’après l’Institut Agro et le Muséum national d’Histoire naturelle, les chalutiers de fonds sont responsables de 90 % de cette abrasion. 

« Le concept de déforestation marine n’existe pas dans l’imaginaire politique » déplore Raphaël Seguin. 

A l’approche du sommet sur l’océan qui se tiendra à Nice entre le 9 et le 13 juin 2025, les associations de protection de l’océan accélèrent leur pression. L’enjeu est la sauvegarde même de la pêche française et des écosystèmes marins. « Le pire ennemi du pêcheur est la surpêche » conclut Enric Sala, directeur exécutif de National Geographic Pristine Seas.

Florian Grenon

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