Que vous le vouliez ou non, les scientifiques sont formels. Nous venons tous d’Afrique

À vous qui nous lisez, à votre famille ou à vos collègues, à vos voisins ou à vos amis, nous avons quelque chose à vous dire que l’on oublie trop souvent : nous faisons partie de la même famille. Par famille, nous n’entendons pas de liens affectifs, mais bel et bien de la similarité impressionnante de […]
23 juin 2017 - Diane Scaya
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À vous qui nous lisez, à votre famille ou à vos collègues, à vos voisins ou à vos amis, nous avons quelque chose à vous dire que l’on oublie trop souvent : nous faisons partie de la même famille. Par famille, nous n’entendons pas de liens affectifs, mais bel et bien de la similarité impressionnante de notre bagage génétique.

Les généticiens à la conquête de l’Histoire

Le film d’Arte réalisé par Franck Guerin et Emmanuel Leconte nommé « L’ADN, nos ancêtres et nous », nous emmène faire un tour au plus profond de nous-mêmes, et par conséquent, de notre histoire. Cette même histoire trop souvent « ironique » et cruelle, façonnée par des croyances basées sur des différences qui font pourtant notre plus belle richesse. En effet, tous les êtres vivants descendent d’une seule et même espèce vivante, une cellule originelle, apparue sur terre il y a environ 3,8 milliards d’années. Par « être vivant », il faut entendre « toute forme de vie ». Cet organisme formé dans l’eau des océans est à l’origine de l’entièreté de la biodiversité terrestre, c’est-à-dire qu’en prenant deux espèces au hasard, elles n’ont forcément fait qu’une, à un moment ou à un autre de leur évolution.

Par exemple, l’ancêtre commun entre l’homme et la levure a vécu il y a 2,5 milliards d’années; il en résulte 30% de gènes communs entre l’Homme et la levure aujourd’hui. Également, le dernier ancêtre commun entre l’Homme et le champignon existait il y a un peu moins de 700 millions d’années. Il n’y a que très peu de gènes qui sont uniquement propres à l’Homme, pour ainsi dire, la différence de codage ADN entre l’Homme et le chimpanzé n’est que de 1% ! La différenciation et le rythme d’évolution entre ces deux espèces va dépendre de la manière dont les patrimoines génétiques s’expriment. Ah oui, si d’aventure vous entendez des petites phrases telles que « Oui, mais là bas, ils ne sont pas comme nous » ou « Chacun chez soi » ou autres jetés de mots littéralement « racistes », n’hésitez pas à sortir ce qui va devenir votre plus beau contre-argument : si l’on prend au hasard le génome de deux personnes aléatoires sur la planète, il est identique à 99,9% – nous sommes uniquement une petite famille homogène et jeune de 7 milliards d’individus. Nos différences physiques sont donc cachées dans le 0,1% de différence entre un allemand et un malgache, un papou et un inuit, un chinois et un iranien etc.

Nous ne sommes qu’un énoooorme bouquin !

Pour faire plus simple, nous ne sommes que des piles de dossiers ou des cartons d’archives ambulants ! Un corps humain contient une quantité presque inimaginable d’ADN. Pour la petite histoire qui passe bien au dîner, vous pourrez dire que notre ADN déroulé en filament et mis bout à bout atteindrait 12 milliards de kilomètres, soit le diamètre du système solaire. Rien que cela. La quantité d’informations est telle que nous n’en savons finalement que très peu à propos de l’ADN : à peine 2% de l’histoire de l’humanité contenus dans ce filament. Une autre caractéristique incroyable de l’ADN est que sa lecture est universelle : c’est à dire que le système de codage de l’ADN, resté le même depuis des milliards d’années, se lit de la même manière chez l’Homme, l’hibiscus, l’ananas ou la pie.

« L’Homme, contrairement à l’animal, pense ; mais l’animal n’a pas à penser, il sait. » Baptiste W. Foisy

D’ailleurs, le passage de ces données génération après génération admet des « erreurs de copie de données », qui sont en fait l’origine de nos mutations, de notre évolution. En remontant le fil de ces erreurs, les généticiens remontent petit à petit le fil de l’histoire de l’humanité. Une des « erreurs » qui a fondé notre espèce n’est autre que la capacité de réfléchir. Explication :

La population mondiale descend directement d’un tout petit groupe d’individus, soit seulement 10 000 personnes, soit l’équivalent d’une toute petite ville responsable de la diversité humaine qui fait notre richesse. Ce petit groupe à l’origine de ce que l’on appelle « l’Homme moderne », se situait en Afrique, berceau de l’humanité. Une minorité de scientifiques s’accordent pour dire que le berceau serait en fait situé en Europe et non en Afrique, ou encore une nouvelle découverte au Maroc démentirait cette affirmation. Malgré tout ce que nous savons, la modestie est de mise : nos origines ont encore bien des secrets ! (D’ailleurs, la seule chose à garder sûrement en tête est que nous sommes des primates comme les autres.). Bref, CQFD : si nous venons effectivement d’Afrique, la sécheresse et la chaleur de ce continent va pousser le code génétique humain à évoluer pour s’en prémunir. C’est à cette époque que notre tête, notre cerveau s’est développé, s’est complexifié pour réfléchir au lieu de simplement savoir. Le cerveau humain va passer de « savoir » à « savoir qu’il sait » : ré-flex-ion (« miroir », pour ceux qui n’avaient pas compris). C’est cette capacité à réfléchir qui nous différencie des autres animaux et qui permet, entre autres, de nous adapter.

« Pouvez-vous imaginer ce que le monde pourrait devenir si chacun acceptait que nous n’étions qu’une grande famille ? », Desmond Tutu, prix Nobel pour son opposition à l’apartheid en Afrique du Sud.

OK, donc nous venons tous d’Afrique et nous pouvons réfléchir : poursuivons ! C’est d’ailleurs à partir du moment où l’Homme a pu réfléchir qu’il a commencé à migrer. On appelle « l’effet fondateur » lorsqu’un petit groupe se détache d’un plus grand ensemble pour former une nouvelle population. C’est ainsi que sont nées les différences, via les migrations des populations sur plusieurs milliers d’années – les non africains ne sont qu’un échantillonnage, un sous-groupe du grand ensemble d’origine.  L’un des scientifiques interrogés dans le reportage explique avec simplicité que « l’histoire de la migration humaine se fait par tous petits pas. À l’origine, lorsqu’un groupe voyait de la fumée s’échapper d’un camp voisin, c’est qu’il était temps de partir. À raison d’un kilomètre par jour, on fait le tour de la terre en seulement quelques milliers d’années ! ». C’est donc à l’occasion de 3 vagues de migrations majeures il y a 40 000 ans que se sont dessinées les différentes populations humaines :

– Une vers l’Occident, en terres européennes
– Une vers l’Asie jusqu’en Australie
– Une vers le Nord-Est du continent asiatique jusqu’à la Sibérie

Qui a découvert l’Amérique ? (attention au piège)

C’est à ce moment qu’on découvre que Christophe Colomb a découvert l’Amérique : non, c’est lors de cette troisième vague migratoire jusqu’en Sibérie que certains hommes ont profité de la glaciation du détroit de Gehring pour mettre le pied sur un nouveau continent. Sa découverte est donc datée de 20 000 ans. Certains pousseront même leurs migrations jusqu’à la terre de feu, en Amérique du Sud : les pions sont placés, l’histoire d’aujourd’hui et de demain a véritablement commencé. Ces migrations sont le pilier, les fondations de notre humanité. Leurs adaptations aux différents environnements et climats vont définir nos différences physiques dont la plus importante : la couleur de peau. Cette couleur de peau n’est que le résultat des variations de l’ensoleillement. Tous les hommes à l’origine avaient la peau noire.

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Nous (les européens) sommes en fait les descendants de mutants

Nouvelle anecdote sympa à raconter lors des petits diners familiaux : pourquoi les européens sont blancs ? L’éclairement étant plus faible, la peau blanchit car une peau claire est plus apte à fabriquer de la vitamine D. Voilà. Donc à la rigueur, la seule différence entre un homme blanc et un homme noir est que l’homme noir fabrique moins de vitamine D (vu qu’à l’origine, il en a moins besoin). Cependant ! Il serait très réducteur d’expliquer l’immense diversité des populations humaines uniquement avec les environnements, avec ce que l’on appelle la sélection naturelle. En effet – instant coquin -, l’Homme s’est muté notamment avec la sélection sexuelle : c’est à dire que certains traits attirent plus le genre opposé que d’autres selon les régions du monde. En Europe par exemple, on peut penser à la blondeur ou la pilosité par exemple, ce qui augmente la prolifération de ces mêmes traits au sein de notre population. Cette sélection sexuelle renforce d’autant plus la diversité entre les êtres humains.

Morale de l’Histoire

Racisme, discrimination, colonisation, esclavagisme etc , sont des phénomènes basés sur des différences physiques ou culturelles, mais complètement dérisoires puisque nous sommes de la même famille. La multiplicité des individus nous évite toutefois la consanguinité, bien sûr, mais nous venons tous d’une seule et même cellule flottant au fond d’un océan, il y a de cela 3 milliards d’années. L’Homme est donc différent des autres êtres vivants par plusieurs de ses capacités : celle de la réflexion, de la migration et de l’adaptation. Prenons conscience de la futilité des problèmes que nous rencontrons, de l’infime valeur des choses que nous possédons ou désirons et de l’importance de continuer à porter ce message génétique !

Nous sommes des porteurs d’informations pour les générations futures, mais au fond, ne sommes-nous pas la plus grande espèce de parasites qui détruit lui-même ses semblables et l’environnement dans lequel il évolue ?

Retrouvez l’intégralité du reportage ici.

Crédit Photo : Capture d’écran du documentaire « L’ADN, nos ancêtres et nous » de Franck Guerin et Emmanuel Leconte

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