Une vingtaine d’îles indonésiennes rayées de la carte… L’extraction du sable est une catastrophe écologique

L’extraction de sable, un fléau encore méconnu
20 juin 2018 - Laurie Debove
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Le sable est la 2ème ressource la plus exploitée au monde, après l’eau. Avec le développement frénétique de nos sociétés urbaines, nous épuisons son stock à une vitesse jamais connue auparavant. Aujourd’hui, il a autant de valeur que le pétrole. Son extraction et sa vente redessinent peu à peu les cartes de nouveaux rapports géopolitiques, entraînant la multiplication de marchands de sable sans scrupules.

L’extraction de sable, un fléau encore méconnu

En août 2017, Arte diffusait le documentaire du journaliste Denis Delestrac : « Le Sable, enquête sur une disparition ». Nous vous expliquions alors la catastrophe écologique que représente l’extraction du sable, un fléau méconnu.

Crédit Photo : Keith Hardy

S’il est utilisé pour fabriquer du verre, des puces informatiques, du dentifrice ou encore des panneaux solaires, c’est surtout le secteur du BTP qui a un besoin essentiel de sable pour le transformer en béton. Il est également utilisé pour la poldérisation : la conquête de terres sur la mer ou les zones humides par endiguement, à l’image mondialement connue des Palm Islands, ces îles artificielles en forme de palmier construites avec du sable à Dubaï.

Recul de terres, disparition des plages, perte de terres arables, pollution des nappes phréatiques à cause de la montée des eaux salées, dévastation des fonds marins et, ironiquement, fragilisation des infrastructures construites par l’homme à cause de l’érosion : les dangers de cette surconsommation de sable sont gravissimes. Déjà, des îles entières ont disparu : 20 petites îles indonésiennes ont ainsi été rayées de la carte !

« A l’origine, le sable de mer provient d’un lit de rivière fossilisé, immergé depuis des dizaines, voire des centaines de milliers d’années : il constitue une ressource non-renouvelable désormais stratégique », éclaire Elodie Martinie-Cousty, pilote du réseau Océans, mers et littoraux de l’association France nature environnement (FNE), pour l’Express.

Les marchands de sable sortent les armes

Nous extrayons aujourd’hui plus de sable que ce que la Terre n’est capable d’en produire. Alors que le sable a toujours été perçue comme une denrée inépuisable par son abondance, moins de 5 % du sable présent sur la Terre est utilisable pour les travaux de construction.

Ce secteur utilise toujours plus de sable en raison de l’augmentation de la population mondiale et d’un mode de vie urbain qui nécessite des routes et des immeubles. En 30 ans, la demande de sable a augmenté de 360 % !

Pour arriver au même niveau que les pays occidentaux, la Chine a ainsi consommé autant de ciment que les Etats-Unis en 100 ans. Cet appétit gargantuesque a donné naissance à de véritables mafias du sable, prêtes à tout pour profiter des mannes financières de cette demande.

L’Asie est particulièrement touchée, en raison de l’expansion démographique galopante du territoire. Singapour, premier importateur du continent, a vu son approvisionnement se complexifier lorsque la Malaisie, l’Indonésie, le Cambodge et le Vietnam ont interdit leurs exportations pour protéger leurs côtes.

Cependant, Singapour s’approvisionne toujours sur les territoires par le biais de mafias locales au Cambodge, en Indonésie et en Malaisie. C’est en Inde que les trafiquants de sable sont les plus nombreux, représentant l’une des mafias les plus puissantes et les plus violentes. Le journaliste Sandeep Sharma a ainsi été assassiné en mars 2018, alors qu’il enquêtait sur la mafia du sable.

Au Maroc, où la demande du secteur de la construction est en plein boom, 40 % du sable est volé sur les plages. Elles perdent environ 45 millions de tonnes de sable chaque année. Le volume d’extraction du sable de plage devrait atteindre 60 millions de tonnes en 2020, contre 16 millions de tonnes en 2009, rapporte le quotidien Al Massae. Pire, les marchands de sable marocains n’hésitent pas à recruter des enfants pour ramasser le sable dans l’océan. L’ONG Coastalcare a ainsi recensé plus de 150 actions illégales partout dans le monde concernant l’exploitation du sable (extraction illégale, vol, surexploitations, criminalité).

Aucune régulation internationale

Entre ONG et citoyens, des voix commencent à s’élever pour exiger l’instauration d’une régulation internationale stricte, empêchant ces déviances.

En France, depuis 2012, le peuple des dunes en Trégor, un collectif d’associations de protection de l’environnement, s’oppose à l’extraction du sable dans la baie de Lannion, à 5 km des côtes du Finistère et des Côtes-d’Armor. Ce projet prévoyait d’extraire 400 000 m3 de sable par an sur 20 ans, soit au total 8 millions de m3, d’une dune sous-marine située à moins d’un kilomètre de deux zones classées Natura 2000, sanctuaires d’une faune et d’une flore marine très riche.

Crédit Photo : Johannes Schwaerzler

Par leur vigilance et leur détermination, le collectif a réussi à suspendre toute extraction pour le moment. Cependant, l’extraction peut reprendre à tout moment sur feu vert du gouvernement.

Bien que de grands accords internationaux tels que l’Agenda pour le développement durable de 2030 et la Convention sur la diversité biologique prônent une allocation responsable des ressources naturelles, il n’y a aucune législation internationale pour réglementer l’extraction, l’utilisation et le commerce du sable.

Pascal Peduzzi, directeur scientifique du GRID, la base de données des ressources mondiales du programme des Nations Unies pour l’environnement, à Genève, explique ce fait par l’augmentation exponentielle de l’utilisation du sable ces dernières années.

Il est en faveur de la création d’une organisation internationale faisant le suivi de la quantité de sable extraite et échangée, afin de décider d’une stratégie mondiale.

« Il faut qu’on réalise que le sable a une valeur beaucoup plus importante que celle qu’on lui accorde actuellement. Il est temps d’utiliser cette ressource non-renouvelable avec intelligence pour éviter des situations catastrophiques dans le futur. »

20 juin 2018 - Laurie Debove
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