Un projet de loi veut interdire certains vols intérieurs

Loin de s’en réjouir, François Ruffin et les député-e-s signataires de la proposition de loi tirent la sonnette d’alarme sur ce que représente réellement cette croissance aérienne : une « injustice climatique, sociale, fiscale et territoriale » qui nous éloigne encore plus de l’objectif des 1,5°C que l’humanité se doit de tenir à tout prix si elle veut maintenir des conditions de vie pérennes sur Terre.
4 juin 2019 - Laurie Debove
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Face à l’augmentation des trajets intérieurs en avion, le député François Ruffin propose d’interdire ceux dont le temps de trajet est équivalent au train. Ce projet de loi est lancé en même temps que s’ouvre le débat parlementaire sur la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) en France, dont aucun amendement ne prévoyait la régulation du secteur aérien.

Les vols intérieurs, une aberration écologique

Cette proposition de loi fait suite à l’annonce du président de l’Union de l’Aviation Française, Thomas Juin, lorsqu’il se réjouissait que l’année 2018 avait « franchie pour la première fois le cap des 200 millions de voyages » en avion. Les vols aériens intérieurs ont même augmenté de 4% pour pallier à l’absence de trains transversaux. Ce record rappelle celui établi la même année lorsque 202 157 avions ont volé en une seule journéedans le monde.

Loin de s’en réjouir, François Ruffin et les député-e-s signataires de la proposition de loi tirent la sonnette d’alarme sur ce que représente réellement cette croissance aérienne : une « injustice climatique, sociale, fiscale et territoriale » qui nous éloigne encore plus de l’objectif des 1,5°C que l’humanité se doit de tenir à tout prix si elle veut maintenir des conditions de vie pérennes sur Terre.

Crédit Photo : Ross Parmly

Injustice climatique d’abord, quand on sait que, selon l’éco-calculateur de la direction de l’aviation civile, un aller-retour Paris-Marseille en avion émet 195 kg de C0² par passager, contre 4,14 kg de C0² en TGV, environ 50 fois moins. Or, le rapport du GIEC est sans appel : nous devons réduire les émissions de CO2 d’au moins 55 % d’ici 2030 pour s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C en France.

La proposition de François Ruffin est donc d’interdire les vols intérieurs quand ils ne font pas économiser plus de 2h30 de trajet, pour les remplacer par le train. Cela interdirait une série de vols comme le Paris-Marseille, le Paris-Renne, le Paris-Bruxelles (1h27 en train, contre 55 min en avion), mais maintiendrait le Paris-Toulouse et le Paris-Biarritz. Plus de 70 vols intérieurs seraient ainsi supprimés.

« Nous devons changer de philosophie générale : l’avion doit être un transport d’exception, et la norme doit être le train. Le déplacement fait partie du voyage. Je lisais ce matin que l’objectif de Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, est d’accélérer les flux de marchandises et d’information. Face à ce désir d’accélération de l’oligarchie, on doit au contraire avoir un désir de ralentissement des flux de personnes et de marchandises. La solution technique n’existe pas et n’existera pas, il n’y a pas « d’avion vert », l’alternative c’est forcément le ferroviaire. » François Ruffin dans sa conférence de presse du lundi 3 juin 2019

Crédit Photo : Andrew Palmer

Lors de cette conférence de presse était notamment présente Suzanne Kröger, députée hollandaise et écologiste qui a proposé aux Pays-Bas de supprimer les vols entre Bruxelles et Amsterdam, le tout premier vol au monde supprimé pour une raison climatique.

« Pendant longtemps, « sky was the limit ». Cette position d’exception trouve son origine dans la Convention de Chicago où il était considéré comme une grande importance pour la paix universelle que le plus grand nombre de personnes puissent voyager et créer des liens partout dans le monde. Les choses ont changé. La crise climatique exige que de plus en plus de personnes arrêtent de prendre l’avion : il faut donc mettre en place des taxes sur le kérosène et chiffrer la réduction des émissions de GES dus à l’aviation de façon précise. » Suzanne Kröger, députée hollandaise et écologiste

Enfin taxer l’aviation pour que puisse renaître le réseau ferroviaire

Aux Pays-Bas comme en France, les parlementaires en faveur de la suppression des vols intérieurs souhaitent que le secteur de l’aviation soit enfin régulé et non plus subventionné à outrance comme c’est actuellement le cas.

« Cette proposition de loi arrive le jour où commence le débat sur LOM qui est un texte très insuffisant pour les ONG environnementales, où il n’y avait aucune mesure concernant le transport aérien ! Dans l’aviation, l’absence de taxe sur le kérosène et la TVA réduite continuent de détruire le train. Nous défendons une vision du transport écologique et populaire. Il faut se rappeler que si les compagnies aériennes peuvent être low-cost, c’est sur le dos des salariés comme Ryanair qui a été condamné pour du travail dissimulé. »Mathilde Panot, députée La France Insoumise

Pour passer de l’aviation aux ferroviaires, les députés porteurs du projet de loi proposent donc de rénover les lignes ferroviaires, relancer le train de nuit, et encourager une collaboration européenne plus étroite sur le sujet.

« La taxation du secteur aérien sert juste à mettre fin aux exemptions dont bénéficie l’aviation car les stratégies sur lesquels le billet d’avion est moins cher que le train est une aberration écologique. Il faut comprendre qu’on est dans une évolution générationnelle et structurelle dans le rapport à l’avion. Face à la « honte de prendre l’avion », même les grands patrons du secteur aérien se disent très inquiets, ils feraient mieux de l’anticiper. » Delphine Batho, Présidente de Génération Ecologie

Quand un journaliste demande lors de la conférence de presse à François Ruffin si la SNCF est prête à accueillir les passagers aériens sur le ferroviaire, le député explique que c’est aux politiques de mettre en place et favoriser les alternatives proposées aux citoyen-ne-s pour leurs déplacements.

« La SNCF veut supprimer 2100 postes cette année, ça n’émeut pas le grand public qu’on continue à massacrer l’outil qui devrait nous permettre de basculer vers des transports plus écologiques (pour les personnes et le fret). On continue à foncer droit dans le mur. Pour remplacer 17 vols Paris-Marseille, l’obstacle n’est pas technique, il est politique : qu’est-ce qu’on décide de faire ensemble pour notre société. Je suis convaincu de l’urgence d’appuyer sur le frein et de changer de direction. » François Ruffin, député La France Insoumise

Face à la réaction de François de Rugy ce matin, les députés porteurs du projet sont conscients qu’il ne sera pas accepté en l’État. Leur but est de pousser les enjeux autour du secteur aérien pendant le débat sur LOM, et d’avoir une avancée idéologique sur le sujet.

4 juin 2019 - Laurie Debove
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Tout va bien enfin, ça va aller Synopsis: En ce début d’année, l’économie mondiale est en chute libre et le climat social s’effrite de plus en plus. Des banques qui ne délivrent plus d’argent, une pénurie d’essence et des coupures d’électricité à répétition vont amener nos deux héros à prendre conscience que l’effondrement est à leur porte. Que faire quand tout s’effondre ? Quand partir ? Et surtout, où aller ?
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