Un million de milliards d’être vivants auraient été tués par les méga-feux en Australie

« Avec les feux en Australie, nous voyons un signe de ce que pourraient être les conditions normales dans un monde à +3°C. Ces feux nous avertissent de ce à quoi pourrait ressembler notre futur proche. Cela remet en perspective ce que signifie vraiment le changement climatique. » explique Richard Betts, professeur au service national de météorologie britannique et l’un des auteurs de la revue publiée sur le site ScienceBrief de l’université d’East Anglia (Royaume-Uni).
16 janvier 2020 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 130 pages
- Impression : France

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L’Australie brûle encore et 2019 vient d’être déclarée deuxième année la plus chaude (après 2016) depuis 1880. Les rapports scientifiques et les événements extrêmes s’enchaînent pour nous prévenir : nous entrons dans l’Age du Feu.

Chaque être vivant compte

L’Australie brûle depuis des mois, et alors que le monde regarde cette catastrophe le souffle coupé, les chiffres s’accumulent pour tenter de comprendre l’ampleur des dégâts : dix millions d’hectares de terres brûlées, 400 millions de tonnes de CO2 relâchés dans l’atmosphère, 100 000 personnes évacuées d’urgence, d’autres privées d’eau ou de nourriture, presque trente personnes mortes,  et le chiffre qui a été relayé partout : plus d’un milliard d’animaux auraient péri dans les flammes.

En réalité, ce serait plutôt un million de milliards d’être vivants qui auraient été tués par les méga-feux : car oui, en plus des mammifères que sont les koalas ou kangourous, d’autres vertébrés plus discrets ont eux aussi péri dans les flammes comme les amphibiens (grenouilles, crapauds, etc.), les mollusques et les arthropodes parmi lesquels on trouve les insectes. Pourtant, ces petits êtres sont tout aussi importants que les mammifères : les scientifiques n’ont de cesse de nous alerter sur le rôle primordial qu’ils jouent dans le maintien d’un écosystème.

Pour les scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle, « l’ensemble de ces disparitions va impacter sérieusement les populations d’espèces et en particulier celles restreintes à de petites aires de répartition en Nouvelle-Galles du Sud, augmentant ainsi pour bon nombre d’entre elles leur probabilité de déclin, voire d’extinction. »

Chaque dixième de degré compte

Ainsi, il est trop tôt. Trop tôt pour savoir quelles espèces endémiques vont disparaître à jamais et quels nouveaux écosystèmes pourront se créer ensuite, les arbres ayant été brûlés jusqu’à leur houppier (la partie la plus haute du branchage), un très mauvais signe pour la préservation et la propagation de leurs semences.

Crédit illustration : Aui Meesri

Pourtant, un chiffre est connu qui devrait parler de lui-même, une mesure qui n’est pas assez relayée partout pour mieux comprendre les bouleversements planétaires auxquels nous faisons face : avant le début des méga-feux, la température moyenne en Australie était de +1,4°C, soit bien plus que la moyenne globale de +1,1°C

« Avec les feux en Australie, nous voyons un signe de ce que pourraient être les conditions normales dans un monde à +3°C. Ces feux nous avertissent de ce à quoi pourrait ressembler notre futur proche. Cela remet en perspective ce que signifie vraiment le changement climatique. » explique Richard Betts, professeur au service national de météorologie britannique et l’un des auteurs de la revue publiée sur le site ScienceBrief de l’université d’East Anglia (Royaume-Uni).

Même son de cloche par l’Organisation météorologique mondiale : à ce rythme, nous fonçons vers un monde à +3°C ou +5°C d’ici la fin du siècle. Et 2020, ainsi que les décennies à venir, vont nous voir vivre de plus en plus de phénomènes météorologiques extrêmes, « alimentés par des niveaux records de gaz à effet de serre qui retiennent la chaleur dans l’atmosphère », a souligné le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Petteri Taalas, dans un communiqué.

Crédit Photo : sirtravelalot

Pour rappel, +5°C est ce qui nous sépare de la dernière ère glaciaire. A son extrême opposé, nous entrerions alors dans l’Age du Feu : le Pyrocène, selon l’hypothèse de Stephen J. Pyne, historien de l’environnement. Il distingue dans son travail trois types de feux : le feu naturel dont le cycle vital de nombreux végétaux et animaux dépend, le feu de l’humanité qu’il s’agisse de la cuisson des aliments ou d’aménager les territoires, et le troisième feu, celui qui brûle les énergies fossiles, qui ne respecte aucune limite planétaire, qui asservit le vivant, et qui est en train de se retourner contre nous.

Apprendre de nos erreurs

« Alors que les scientifiques ont établi un lien indiscutable entre le climat et ces méga feux sans précédent, le gouvernement conservateur de Scott Morrison continue de minimiser la menace du réchauffement climatique. Il devrait agir en pompier et se conduit en pyromane. Parce que le charbon représente 70% des exportations du pays, il continue de défendre ces industries fossiles qui provoquent l’emballement climatique. Nos modes de production et de consommation, en ne respectant pas les droits de nature mettent en danger les communs naturels et la vie sur la planète. Persister dans la voie du déni et de l’inaction est criminel. L’Europe peut agir. L’Europe doit agir. Il est temps d’enrayer la catastrophe et de pénaliser vraiment les crimes environnementaux. Il est temps de revoir nos règles économiques, nos traités de libre-échange, et de penser une économie post croissance basée sur le respect des limites planétaires. Il est temps de prendre nos responsabilités. » a réagi l’euro-députée Marie Toussaint au Parlement Européen

Si l’intensité des méga-feux en Australie provient de différents facteurs, nous en connaissons bien la cause principale : un modèle économique fondé sur l’exploitation du charbon, mais aussi l’oppression de la population aborigène. En effet, les aborigènes ont longtemps pratiqué les techniques de brûlis maîtrisé consistant à démarrer de petits feux pour nettoyer les espaces et créer des zones où le feu ne pourrait plus se répandre.

Il s’agit aujourd’hui d’apprendre de nos erreurs : aucun pays n’est à l’abri, arrêter de compter en terme financier quand les pertes pour le vivant sont inestimables, retrouver et valoriser le savoir des peuples autochtones, garder des outils précis de mesure du climat est désormais vital, et surtout créer une nouvelle civilisation, pour enfin sortir d’un mode de production et de consommation capitaliste qui nous conduit droit à notre perte.

Nous avons joué avec le feu en pensant que nous saurions ne pas nous brûler, il s’agit maintenant d’apprendre à le respecter pour limiter la taille des futurs brasiers. Car ils viendront.

16 janvier 2020 - Laurie Debove
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