Un lieu de quartier entièrement gratuit pour des relations sans argent

Initié par une ancienne compagnie de théâtre, le Laboratoire Ecologique Zéro déchet (LEØ) a ouvert fin août 2018 dans une ancienne imprimerie de 1000m2 qui était à l’abandon depuis une dizaine d’années.
14 décembre 2018 - Laurie Debove
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- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France

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Dans un monde dominé par l’argent, des utopies naissent pour recentrer nos liens sur les rencontres humaines. Le Laboratoire Ecologique Zéro déchet est l’une d’elles : un lieu gratuit et ouvert à tous, réussite de mixité sociale, loin des clichés « écolo bobo ». Expulsé de Noisy Le Sec, le LEØ va se réinventer ailleurs au printemps.

Inventer un monde sans argent

Initié par une ancienne compagnie de théâtre, le Laboratoire Ecologique Zéro déchet (LEØ) a ouvert fin août 2018 dans une ancienne imprimerie de 1000m2 qui était à l’abandon depuis une dizaine d’années. Axé autour de la lutte contre le gaspillage, le LEØ proposait plusieurs activités entièrement gratuites. En quelques mois, le lieu était devenu une réussite en terme d’expérimentation sociale et écologique originale, que les habitants du quartier se sont appropriés.

Crédit Photo : Igor Babou

Le LEØ comprenait une gratuiterie où les gens pouvaient prendre librement ce que d’autres n’avaient plus besoin, pour éviter le gaspillage de ressources aussi bien matérielles, textiles ou de transport. En 30 ouvertures, le LEØ a ainsi récupéré et redistribué 2 tonnes d’objets.

Pour lutter contre l’obsolescence des objets, un Repair Café se tenait chaque jeudi et dimanche pour aider les habitants à apprendre à réparer vélos, matériel électroniques ou informatiques. Une cuisine à prix libre permettait aux visiteurs de déguster tisanes et spécialités préparées de manière bio. Les mets proposés provenaient d’invendus de magasins bio, toujours dans un souci de lutte contre le gaspillage. Enfin, une AMAP s’était constituée pour rapprocher producteurs et consommateurs, elle comprenait 20 familles adhérentes.

« On a créé ce lieu car on estime que l’écologie doit être joyeuse et agréable pour tout le monde. Au lancement, les gens venaient d’un peu plus loin, puis petit à petit les locaux se sont vraiment emparé de l’endroit. De nombreuses personnes témoignaient de leur soulagement de pouvoir se détendre et partager dans un endroit où il n’y a pas besoin d’argent. » Michel Courret, co-fondateur du LEØ

Un lieu de mixité sociale

Le projet est ainsi suivi par Igor Babou, professeur à l’université Paris Diderot, et laboratoire Ladyss. Il a réalisé une enquête ethnographique dans ce quartier populaire de la ville de Noisy Le Sec. Dans une tribune publiée sur Médiapart pour plaider contre l’expulsion du collectif, il raconte :

Crédit Photo : Igor Babou

« Le public qui fréquente ce lieu est loin de correspondre au cliché du « bobo-écolo » issu de la gentrification des quartiers populaires. On a plutôt affaire à des personnes issues de l’immigration ou des classes populaires. Les mots clés du « climat » ou de la « biodiversité » apparaissent rarement dans les entretiens, et c’est plutôt la réduction de la consommation, le refus du gaspillage, et le besoin d’une alimentation saine qui sont mis en avant. Entre 30 et 70 personnes viennent à chaque ouverture publique, y restant souvent plusieurs heures, y revenant pour amener des amis, des parents, des enfants. Chacune des personnes interrogées explique que le LEØ répondait à un manque de lieux de convivialité et de débat à Noisy Le Sec et au-delà. »

Les associations de la ville pouvaient ainsi organiser des réunions et des activités en toute liberté au LEØ : les ruchers de Romainville ont commencé à fabriquer des ruches, de jeunes mamans SDF étaient accueillies par OumNeedHome, le laboratoire de la non-violence active de Noisy-le-sec y organisait des débats, des massages ayurvédiques étaient proposés…

Quels tiers-lieux pour demain ?

Hélas, le Maire de Noisy le Sec a tout de même décidé d’expulser ce formidable lieu de création, sans jamais vouloir leur accorder la moindre accréditation. Les fondateurs du projet ne voulaient pas que le lieu soit considéré comme un squat, et avait fait des demandes de régulation qui n’ont jamais reçu de réponses.

Crédit Photo : Igor Babou

Alors que l’occupation d’un bâtiment vide en elle-même n’est pas illégale, l’huissier a argué que le collectif était entré par effraction pour pouvoir valider l’expulsion, ce que les organisateurs réfutent. Loin de se laisser décourager, le collectif a déjà deux nouveaux lieux potentiels pour déménager le projet.

« Nous avons une bonne piste avec convention officielle à Romainville, à 2,5 km du lieu d’origine. On a cherché dans ce coin-là pour garder les liens créés avec les habitants et les différentes associations. Il existe de nombreux bâtiments vides ou terrains en friches partout en Ile-de-France, mais les liens humains sont irremplaçables. On voudrait repartir avant le printemps car deux mamans sont à la rue, c’est honteux. » Michel Courret, co-fondateur du LEØ

Le but du prochain lieu sera donc de continuer à proposer de l’hébergement d’urgence en attendant d’avoir des solutions plus pérennes pour les personnes en difficulté, et bien sûr de continuer les activités gratuites autour de la lutte contre le gaspillage, qu’il soit alimentaire ou matériel. Et puis, le collectif rêve de créer une ferme déménageable avec une basse-cour et des légumes, pour un projet pédagogique et esthétique.

14 décembre 2018 - Laurie Debove
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"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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