Un atelier de menuiserie devient un lieu de partage et de création pour penser le monde demain

Ecrevis est un exemple de ces nouveaux lieux interdisciplinaires et intergénérationnels où professionnels et amateurs, personnes en reconversion ou en apprentissage, mettent en commun des locaux, des équipements, des outils, des matières et des compétences, au service de projets qui recréent du lien social dans le respect de l’environnement et la valorisation d’une culture locale.
21 mars 2019 - Sarah Roubato
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C’est une maison dans un quartier résidentiel près d’Annecy. Un hangar avec des lecteurs cassette, des pots en terre, des vynils, des mannequins, un bar, un espace cuisine, des machines de sérigraphie, une salle avec des écrans. En bas, un atelier de menuiserie, une caravane.

Dans cet ancien atelier de menuiserie de 400 mètres carrés bâti dans les années 60, 14 résidents oeuvrent chacun à son projet et vient partager son savoir-faire : un menuisier, un artisan du métal, un plasticien carrossier, un designer, une bijoutière, une céramiste, un artisan du bois musicien, une graphiste sérigraphiste, une couturière, un informaticien. En bas, quelqu’un fabrique sa tiny house. En haut, un autre a installé une boutique d’objets récupérés et revalorisés vendus à prix libre.

Ecrevis, c’est l’acronyme de Espace Commun de Rencontres Extraordinaires Vecteur d’Idées à Suivre. Pourquoi écrevisse ? parce que le lieu se situe dans un havre de la ville où l’écrevisse à pattes blanches est protégée.

C’est un atelier, une boutique, un café associatif, un espace d’expérimentation ouvert à toutes les propositions, où les uns aident les autres, s’inspirent mutuellement, se remettent en question. Outre les résidents, les adhérents à l’association peuvent venir utiliser l’espace pour s’essayer aux différentes activités : menuiserie, coloration végétale, cueillette d’ail des ours, bricolage, vannerie, vidéo, écriture, danse, construction de mobilier de jardin. Et le soir, des conférences, spectacles, débats, projections, témoignages sur le troc, l’éducation, les initiatives écologiques.

Ecrevis est  un exemple de ces nouveaux lieux interdisciplinaires et intergénérationnels où professionnels et amateurs, personnes en reconversion ou en apprentissage, mettent en commun des locaux, des équipements, des outils, des matières et des compétences, au service de projets qui recréent du lien social dans le respect de l’environnement et la valorisation d’une culture locale. Ce sont des lieux où la transmission prend tout son sens, et où l’art l’artisanat et l’intellect, arrachés aux bancs des écoles et des apprentissages sclérosés, reprennent leur place dans la vie sociale.

« Les propriétaires qui habitent toujours la bâtisse ont su nous faire confiance pour mettre en place un projet si nouveau et innovant pour eux et sont aujourd’hui ravis de voir « tout ce beau petit monde » remuer et travailler dans des valeurs qui leur sont chères. » confie l’une des résidentes et membre actif de l’association.

Mais pour faire fonctionner ces bonnes volontés, il faut trouver un modèle économique. C’est là le défi pour tous ces lieux qui réinventent à la fois un modèle de travail, un modèle de transmission mais aussi un modèle économique. À Écrevis, on expérimente la participation consciente. Bières, soirées, boutique sont à prix libre. « Un gros travail pédagogique est à effectuer à chaque nouvel adhérent et chaque événement ». C’est un apprentissage, où l’individu client consommateur doit apprendre à faire de l’argent un outil pour construire du collectif bienveillant où il y trouvera son avantage. L’association paye le loyer avec les loyers des résidents, les adhésions et participations aux événements.

Le modèle de gouvernance lui aussi est en expérimentation constante. La collégialité se négocie à chaque réunion et prise de décisions entre résidents, membres du collège et bénévoles réguliers.

Le défi d’un lieu comme Écrevis est de ne pas rester dans un entre-soi de convaincus, mais de faire venir les personnes les moins sensibilisées. Un défi encore difficile à relever

Comme Écrevis, de nombreux lieux dits alternatifs voient le jour. Ils sont autant d’écrins d’expérimentation pour une autre société possible. À nous d’y participer.

21 mars 2019 - Sarah Roubato
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