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Stéphane Ravacley : une grève de la faim qui dure pour son apprenti Laye Fodé Traoré

Laye, lui, travaille depuis un an et demi au fournil, se lève à 3h du matin, a appris le français, suit ses cours de CAP et devrait être diplômé en juin.

Cela fait une semaine que Stéphane Ravacley a entamé sa grève de la faim. Ce boulanger, patron de La Hûche à pain, à Besançon, a décidé de protester contre l’expulsion de son apprenti Laye Fodé Traoréiné. Un bel exemple de solidarité de la France qui accueille.

Le jeune guinéen se trouve en effet sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Né en 2002, il a fui la Guinée pour rejoindre l’Europe en passant par le Mali et la Libye. Arrivé en Italie à 16 ans, après avoir traversé la Méditerranée en bateau gonflable.

Il a embarqué au hasard à bord d’un train qui l’a conduit en France. Accueilli en tant que mineur isolé à Besançon, il a été pris en contrat d’apprentissage à la boulangerie en septembre 2019. Cependant, Laye étant à présent âgé de 18 ans, il a été sommé de quitter le territoire.

« À 18 ans, les gendarmes débarquent parce qu’ils ont vu sur leur ordinateur qu’il était majeur, mais ils ne savent pas qu’il travaille bien et que c’est un bon gars. C’est une politique de courte durée que je ne comprends pas. » témoigne son employeur.

Débouté lors d’un premier recours en référé en décembre, Laye a saisi le tribunal administratif de Besançon pour contester l’OQTF et le refus d’octroi de titre de séjour par la préfecture de la Haute-Saône. Son recours doit être examiné le 26 janvier.

C’est après avoir attesté en vain que Laye a un travail et ne devrait pas être expulsé, et devant l’absence de réponse de la préfecture du Doubs, que Stéphane Ravacley a choisi de se lancer dans une grève de la faim. Une décision qui n’est pas anodine pour cet homme de 50 ans.

« J’ai fait trois embolies pulmonaires en trois ans, mon médecin me dit que je suis fragile, mais je m’en fous, je sais que j’ai raison » affirme-t-il. « S’il le faut, je m’aliterai. »  

Laye Fodé Traoré et Stéphane Ravacley – Capture d’écran sur France 3 (Alexandre Rémond/France 3)

« On perd 70% des jeunes après le CAP parce qu’ils n’ont plus envie ou parce que les patrons ne s’occupent pas bien d’eux » explique le boulanger.

Laye, lui, travaille depuis un an et demi au fournil, se lève à 3h du matin, a appris le français, suit ses cours de CAP et devrait être diplômé en juin.

« Pourquoi on n’accepte pas ces gamins qui meurent de faim dans leur pays et veulent travailler chez nous ? Ils ne prennent pas la place des Français ».

C’est d’ailleurs suite une annonce dans l’Est Républicain en 2019 intitulée « Boulanger recherche apprenti désespérément » que Stéphane Ravacley avait embauché Laye. Largement satisfait de son travail, celui-ci avait ensuite proposé au jeune homme de faire une mention complémentaire et un brevet professionnel dans sa boulangerie, lui assurant un emploi pour plusieurs années.

Depuis la semaine dernière, des médias de toute la France se sont emparés du sujet. Stéphane Ravacley a donné des dizaines d’entretiens en quelques jours et l’histoire a eu un retentissement inattendu. La pétition lancée sur Change.org a reçu plus de 200 000 signatures.

L’affaire a aussi pris une tournure politique. L’eurodéputé Raphaël Glucksmann l’a mentionné sur Instagram, tandis qu’Anne Vignot, maire de Besançon, a écrit une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

« Abandonnons cette vision administrative qui consiste à accueillir, protéger, former pour, au premier jour de la majorité, rejeter et expulser », a-t-elle plaidé.

Vendredi 8 janvier, la ministre du Travail Elisabeth Borne a été interrogée sur le sujet.

« Quand on accueille des mineurs non accompagnés qui s’engagent dans des formations, au bout de deux ans, si tout s’est bien passé, alors ils peuvent continuer à travailler en France », a-t-elle déclaré. « Mais là c’est un cas particulier. Il y a une contestation sur sa situation ».

Car pour la préfecture, les documents d’identité de Laye ne sont pas authentiques. Or, lorsqu’à sa majorité un mineur isolé formule une demande de titre de séjour, la loi pose plusieurs conditions à son obtention. Parmi celles-ci, la justification de son identité pour prouver sa minorité lors de la prise en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE).

Dans le cas du jeune Guinéen, la préfecture s’est basée sur un rapport de la police aux frontières pour prendre sa décision.

« Je pense que la teneur du rapport ne tient pas juridiquement », affirme Amandine Dravigny, son avocate. « On a beaucoup de mineurs isolés qui remplissent les conditions et pour qui les préfectures tentent de renverser l’authenticité des documents d’identité ».

crédit photo couv : SEBASTIEN BOZON / AFP

Marine Wolf

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