Selon le gouvernement, aucune mesure ne sera prise pour protéger le climat

Pour L’Affaire du Siècle, ce qui est proposé par le gouvernement sont “des mesurettes”.
18 février 2019 - Sarah Roubato
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Entre l’appel des 15 000 scientifiques en novembre 2017, les marches pour le Climat, la toute récente mobilisation des jeunes suivant le mouvement initié par Greta Thunberg, et les 2 millions de signataires réunis par le mouvement l’Affaire du Siècle réunissant quatre organisations qui assignent l’État français en justice devant le Tribunal administratif de Paris pour inaction face aux changements climatique, le gouvernement du pays qui jadis accueillit les Accords de Paris a du bruit sous ses fenêtres.

Pourtant, après avoir été reçus jeudi dernier par le gouvernement, les représentants des quatre organisations broient du noir. La réponse ferme attendue a été annoncée dans la presse.

Des mesures qui ne sont pas à la hauteur des enjeux selon les quatre associations. “La France ne va pas remplir ses objectifs de réductions d’émissions de gaz à effets de serre”, affirme l’un des représentants, tandis que le gouvernement, dans sa lettre, affirme :

« L’État français est parmi les plus actifs pour lutter contre le dérèglement climatique, et l’un des moins émetteurs par habitant et par unité de PIB des pays développés. Nous respectons nos engagements européens et internationaux ».

Pour L’Affaire du Siècle, ce qui est proposé par le gouvernement sont “des mesurettes”. Des mesures drastiques comme un plan massif pour la rénovation des bâtiments ou un plan pour les transports en commun ne sont pas abordées.

Crédit Photo : Thomas SAMSON / AFP

L’État a par ailleurs préféré rappeler dès le début de la lettre la responsabilité des citoyens et des entreprises :

« L’action de l’État est essentielle, mais ne sera pas suffisante à elle seule pour infléchir la hausse des températures. C’est l’action de chacun qui est nécessaire, en modifiant les comportements, en investissant, financièrement et personnellement, dans les actions protectrices de l’environnement, que nous pourrons collectivement relever ce qui le défi de notre génération. »

Tout en rappelant que la taxe carbone a été remise en question par des citoyens (Les Gilets Jaunes), l’État tente de rallier les citoyens mécontents au Débat National : “Le Gouvernement souhaite inviter tous les signataires de la pétition l’Affaire du siècle à s’investir dans le grand débat national”. La remise en question n’est donc pas à l’agenda du jour.

L’impuissances des citoyens

Au-delà des mesures à prendre, cet épisode montre à quel point les citoyens tentent de reconquérir un pouvoir dont ils se sentent dépossédés. Une action comme L’affaire du siècle est une tentative pour sortir la question écologique du discours gouvernementale et inviter le gouvernement en tant qu’interlocuteur dans un dispositif juridique.

Crédit Photo : Mathias Zwick / Hans Lucas via AFP

Comment peser ? Actions symboliques, blocages, manifestations, pétitions, mouvements en ligne, les citoyens semblent réduits à des actions symboliques qui n’engagent que le temps d’un clic ou d’une marche. Dans le monde de l’image et du brouhaha médiatique, il s’agit de faire du bruit. Pourtant, le mouvement des Gilets Jaunes, né sur les réseaux sociaux et ayant choisi l’action symbolique de blocage des ronds points, a réussi à se faire entendre et à infléchir en partie l’action gouvernementale. Pourquoi cela ne marche-t-il pas pour les enjeux écologiques ?

Sans doute, parce que la catastrophe écologique se situe dans un temps moins immédiat que celui du pouvoir d’achat. Sans doute aussi parce que nous sommes les enfants de cette société que nous remettons en question, et que nous préférons nous engager par un clic ou une marche, que d’aller faire du porte à porte vers nos voisins, nos maires, boycotter des produits ou cesser de payer nos factures.

Nous préférons pratiquer une désobéissance civile en créant des événements potentiellement illégaux comme des blocages, plutôt que, à comme le proposait son théoricien Henry David Thoreau, cesser de remplir ses devoirs. Ne plus réclamer la justice mais devenir juste, affirmer son opposition à l’État en devenant hors-la-loi. Les blocages que nous organisons sont bien loin des grèves de mineurs au XIXe sièscle qui, eux, mettaient en danger leur survie même en bloquant les puits.

Crédit Photo : Mathieu Menard / Hans Lucas via AFP

Nous avons basculé d’une aire de la résistance par les actes, contraignants et difficiles, modifiant notre quotidien et nous mettant en danger, à une aire de la résistance par le symbole agréable et qui soulage. Une résistance qui ressemble parfois à une forme de fête. Un organisateur d’une récente marche pour le climat disait : “Il faut que ça plaise”. La résistance doit-elle plaire pour être efficace ?

L’affaire du siècle a tenté de mener une action concrète et risquée sur le terrain juridique, en s’appuyant sur la symbolique de la pétition. Un pari qui rejoint celui de citoyens et d’associations qui attaquent les États ou les entreprises, comme  la victoire du jardinier Dewayne Johnson contre Monsanto reconnu responsable de son cancer, ou plus récemment en octobre dernier, la victoire de l’ONG Urgenda contre l’État néerlandais sommé de réduire ses émissions de 25 % d’ici à 2020. De quoi faire balancer mais point vaciller l’ordre du monde.

18 février 2019 - Sarah Roubato
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Selon le gouvernement, aucune mesure ne sera prise pour protéger le climat
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