Pesticides : l’Assemblée rejette une nouvelle hausse des crédits du plan chlordécone

Un scandale humain sans précédent.
13 novembre 2018 - Marine Wolf
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Responsabilité de l’État

« Avancer sur le chemin de la réparation ». C’était le souhait formulé par Emmanuel Macron lors de son déplacement aux Antilles en septembre 2018. Le président de la République avait alors estimé que l’État devait «prendre sa part de responsabilité » dans le désastre du chlordécone.

Ce pesticide ultratoxique fut utilisé massivement dans les bananeraies de Guadeloupe et Martinique entre 1972 et 1993. Dès alors, le gouvernement connaissait les dangers de cette substance. Mais cette pollution fut autorisée sciemment pour sauver le pilier économique des Antilles : la banane.

Crédit Photo : Régis Domergue / Biosphoto / Afp – Épandage de pesticide en Martinique

Le scandale

Les cultures étaient en effet attaquées par un petit insecte, le charançon du bananier. Pesticide de la famille du DDT, le chlordécone se révéla très efficace : les cultivateurs en déversèrent des centaines de tonnes sur les plantations. Sa toxicité fut rapidement prouvée, et dès 1976, il fut interdit aux Etats-Unis. Malgré cela, la France continua d’en utiliser jusqu’en 1981. En 1979 et 1980, les plantations antillaises se trouvèrent dévastées par les cyclones David et Allen. Le charançon prolifèra, la solution avancée fut à nouveau le chlordécone.

Le pesticide fut finalement interdit en France en 1990… sauf dans les Antilles. L’entreprise qui vendait le chlordécone aux cultivateurs en possédait encore des stocks importants. Son dirigeant, Yves Hayot, parvint à obtenir une dérogation en agissant personnellement auprès de Jean-Pierre Soisson, ministre de l’agriculture. Et jusqu’en 1993, le poison continua de se déverser sur les sols des deux îles.

Guadeloupe et Martinique empoisonnées pour un demi-millénaire

Des années après, seulement une partie des terres ont été analysées mais l’on sait déjà que 18 000 hectares ont été contaminés, soit environ un quart de la surface agricole utile de Guadeloupe et Martinique.

Crédit Photo : Lotte Löhr
Crédit Photo : Pop & Zebra

Ce n’est pas tout : le chlordécone s’est diffusé dans les rivières et sur les littoraux, rendant la pêche impossible dans certaines zones proches du rivage. Le bétail, les légumes racines sont aussi pollués. Conséquence : il a contaminé la quasi-totalité de la population, et ce pour plus de 500 ans selon les estimations des experts.

Les chiffres rendus publics en janvier 2018 par l’agence Santé publique France montre que « plus de 90 % de la population adulte » en Guadeloupe et en Martinique est touchée.

Or, le pesticide est un perturbateur endocrinien. De très faibles doses suffisent à avoir des effets graves sur la santé, impactant le développement des nourrissons, altérant la fertilité, abîmant le système nerveux, augmentant le risque de cancer. En Martinique, les taux de cancer de la prostate sont les plus élevés du monde.

Financements refusés

En septembre, Emmanuel Macron avait proposé une hausse du financement du plan de lutte contre le chlordécone d’un million d’euros, d’ici 2020. Un amendement en ce sens a été voté en commission des finances.

Crédit Photo : Régis Domergue / BIOSPHOTO / AFP

Cependant, ce 9 novembre, l’Assemblée nationale a rejeté une hausse des crédits du plan chlordécone. Le socialiste Serge Letchimy, élu de Martinique avait enjoint de porter à 4 millions d’euros le plan chlordécone, afin d’accélérer la dépollution des terrains. Celui-ci était établi à 2 millions d’euros dans le cadre du projet de loi de finances pour 2019, un montant stable par rapport à 2018.

Le député avait argumenté que ces deux millions d’euros représentaient « des brindilles financières par rapport à une situation extrêmement grave ». La proposition a cependant été rejetée par 18 voix contre 9.

Les Insoumis, de leur côté, avaient demandé début octobre la création d’une commission d’enquête chargée de s’occuper de ce « scandale humain ». Ils ont tenté en vain de doter le plan chlordécone de 6,4 millions d’euros.

Image à la une : Jacques Demarthon / AFP

13 novembre 2018 - Marine Wolf
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